Le théâtre modernise les contes d'Andersen

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 22/11/2014 à 10H51
Filage de la pièce "La petite fille aux allumettes" au théâtre de la Comédie Française

Filage de la pièce "La petite fille aux allumettes" au théâtre de la Comédie Française

© DELALANDE RAYMOND/SIPA

Les contes du Danois Hans Christian Andersen sont propulsés dans la modernité avec deux pièces de théâtre à l'affiche à Paris, inspirées de son univers humaniste et merveilleux, "La Petite Fille aux allumettes" au studio théâtre de la Comédie Française et "Sirènes" au Théâtre du Rond-Point.

Olivier Meyrou n'a pas craint d'affronter la cruauté de "La petite fille aux allumettes", morte de froid la nuit de Noël après avoir brûlé une à une toutes les allumettes qu'elle tentait de vendre aux passants. L'utilisation du son et de la vidéo lui permet d'évoquer avec délicatesse les rêves et émotions de la petite fille "sans édulcorer le contenu de l'histoire, qui est d'une cruauté terrible", convient-il.
              
Le père pousse le chariot de supermarché d'un SDF d'aujourd'hui et on entend l'abbé Pierre lancer à la radio son appel de février 1954 en faveur des pauvres. Avec un décor fait de trois bouts de ficelle - cartons, vieux papiers - le metteur en scène nous fait partager le quotidien de milliers de sans-abri, la faim, le froid, la peur. 
Filage de la pièce "La petite fille aux allumettes" au théâtre de la Comédie Française

Filage de la pièce "La petite fille aux allumettes" au théâtre de la Comédie Française

© DELALANDE RAYMOND/SIPA
Anna Cervinka interprète la petite fille avec une grâce mêlée de cocasserie qui évoquent Charlie Chaplin. Céline Samie et Nazim Boudjenah sont parfaits dans le rôle des parents trop fragiles pour protéger leur enfant. Destinée aussi bien à un public d'enfants que d'adultes, la pièce ne tombe jamais dans le misérabilisme.

Pour "Sirènes", les acteurs ont participé à l'écriture de la pièce

Au Théâtre du Rond-Point, c'est "La Petite Sirène" qui a trotté dans la tête de Pauline Bureau. La metteure en scène de 36 ans s'inspire aussi des sirènes de l'Odyssée, qui chantent pour ensorceler les marins.
              
Au coeur de sa pièce "Sirènes", un capitaine au long cours, séduit par une sirène de 17 ans dans un bar, décide un jour de 1966 de ne plus rentrer à la maison, abandonnant femme et enfant. Un traumatisme qui se répercute sur trois générations, avec trois portraits de femmes blessées qui s'entrecroisent au fil des tableaux qui composent l'histoire. Entre deux chansons -la petite fille est chanteuse de rock- le spectateur complète peu à peu les bribes de l'histoire familiale. Les acteurs ont participé à l'écriture de la pièce à partir de la trame composée par la jeune metteure en scène et auteure ("Sirènes" est publié chez Actes Sud-Papiers).

Dans le conte d'Andersen, la petite sirène amoureuse d'un prince "terrien" troque sa voix mélodieuse contre une paire de jolies jambes. Ici, c'est la jeune chanteuse de rock (Marie Nicolle, qui a aussi composé la plupart des chansons) qui perd la voix. Elle ne la retrouvera que sur le divan de l'analyste, en reconstruisant l'histoire familiale. La mise en scène très maîtrisée et l'utilisation de la vidéo, jamais envahissante.
              
"Sirènes", joué jusqu'au 6 décembre 2014 au Théâtre Rond-Point, sera en tournée à Cesson-Sévigné (35), Elancourt (78) et Chevilly-Larue (94) en mars 2015. 
"La Petite Fille aux allumettes", jusqu'au 4 janvier 2015, au studio théâtre de la Comédie Française.