Le "Tartuffe" sans foi ni loi de Luc Bondy aux Ateliers Berthier

Par @sophiejouve1 Rédactrice en chef adjointe de Culturebox, responsable de la rubrique Théâtre-Danse
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 31/03/2014 à 14H03
Clotilde Hesme (Elmire) et Micha Lescot (Tartuffe)

Clotilde Hesme (Elmire) et Micha Lescot (Tartuffe)

© Thierry Depagne

Courez voir ce Tartuffe de Luc Bondy qui sème l'effroi et qui résonne si juste. Avec un formidable trio d'acteurs : Clotilde Hesme, Gilles Cohen et Micha Lescot.

La salle à manger d'une belle demeure, avec trophées animaliers au mur, crucifix, et ici ou là une tête humaine en terre cuite. On entrevoit à l’étage le couloir qui dessert les chambres. Un beau décor de Richard Peduzzi qui mêle les styles, et met en valeur un sol en damier, pour mieux nous faire comprendre qu’il va s’y jouer une partie d’échec.
 
La pièce démarre par un petit déjeuner où chacun vient prendre sa place dans un silence tendu. L'on sent que tous appréhendent le retour de Tartuffe, le faux dévot qui vampirise leur famille.
Françoise Fabian, la mère d'Orgon

Françoise Fabian, la mère d'Orgon

© Thierry Depagne
 
Un tiercé gagnant
Pour le trio Orgon- Elmire-Tartuffe, Luc Bondy a fait un choix audacieux qui se révèle un tiercé gagnant.
 
En Orgon, Gilles Cohen est bien plus qu'une marionnette. Avec son  costume trois pièces et son attaché-case, c'est un père de famille autoritaire, prospère et bedonnant mais isolé par son aveuglement, son obsession pour Tartuffe.
Cohen est cet homme sous emprise, absent, déconnecté de son entourage, insensible à leur sort au point de vouloir donner sa fille Marianne en mariage à Tartuffe.
 
Clotilde Hesme donne une grâce et une profondeur rare à Elmire, une femme sur le qui vive, lucide, prête à se battre pour sauver son couple.

Un Tartuffe inédit
La plus grande surprise vient de Micha Lescot qui campe un Tartuffe inédit. Grand échalas pieds nus et tout de noir vêtu, cheveux long plaqué autour du visage, c’est un prédateur jouant avec sa proie, un homme sans foi ni loi aux allures de vampire. 

Buste incliné, presque en déséquilibre, tête penchée, regard sournois. Micha Lescot utilise tout son corps pour incarner ce Tartuffe.  Chacun de ses gestes dessine sa personnalité complexe : celle d’un homme fielleux et fascinant, intelligent et dangereux.    
Gilles Cohen et Micha Lescot

Gilles Cohen et Micha Lescot

© Thierry Depagne
Il y a bien de l’effroi dans la fameuse scène où Elmire cache Orgon sous la table, pour lui faire entendre la duperie de Tartuffe. Car celui-ci dans la mise en scène de Bondy, a tout du violeur, du psychopathe.
 
Si une bonne mise en scène consiste à bien choisir ses acteurs, celle-ci est réussie. Il faudrait tous les citer. Mais on retiendra en dehors du trio principal, Lorella Cravotta, magnifique Dorine et Pierre Yvon qui interprète avec un touchant désespoir Damis, le fils malmené.
Micha Lescot et Pierre Yvon.

Micha Lescot et Pierre Yvon.

© Thierry Depagne
 
Tout ici résonne tellement juste qu’on en oublie qu’il s’agit d’une pièce en vers, écrite il y a plus de 300 ans.
 
A la fin Tartuffe sera confondu, la famille se recompose autour de la table en chantonnant plaisir d’amour, mais après ce tsunami, Orgon lui, n'est plus qu’un revenant.
 
Ce Tartuffe monté à la hâte avec une partie de la troupe qui devait initialement jouer "Comme il vous plaira" de Shakespeare avec Chéreau est une belle surprise, un superbe hommage à la modernité de Tartuffe.
 

"Tartuffe" à l'Odéon Ateliers-Berthier
32 boulevard Berthier, Paris XVIIe
Tél : 01 44 85 40 40
Jusqu’au 1er juin