"Le Retour" d'Harold Pinter : famille je vous hais !

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 19/10/2012 à 00H28
"Le Retour" d'Harold Pinter

"Le Retour" d'Harold Pinter

© Ruth Walz

"Le Retour", écrit en 1965, est une pièce majeure d'Harold Pinter, le plus éminent des "jeunes hommes en colère", qui ont révolutionné la scène et la littérature anglaise dans les années 60. Ce soir, jeudi 18 octobre, à la sortie de la Première, on peut la commenter à l’infini, tant elle désarçonne, interroge. L’écrivain Philippe Djian nous en propose une nouvelle traduction. Pour la servir le metteur en scène Luc Bondy, nouveau directeur du théâtre de l’Odéon, a réuni de gros calibres. Et il ne s'est pas trompé: Bruno Ganz, Louis Garrel, Pascal Greggory, Jérôme Kircher, Micha Lescot et Emmanuelle Seigner transpirent tout le malaise, tout le poison Pintérien.


L’histoire : Après 6 ans passés aux Etats-Unis, un homme vient présenter son épouse à son père et à ses frères. En pleine nuit et sans avoir prévenu. Un retour qui va renverser tous les jeux sociaux et familiaux.

Le décor qui empiète sur les premiers rangs, plonge le spectateur dans un intérieur défraichi où vivent Max (Bruno Ganz), ses deux fils (Louis Garrel et Micha Lescot) et son beau frère (Pascal Greggory). Vivre c’est beaucoup dire, tant chacun semble claquemurés, autistes, inquiétants. Derrière les échanges les plus anodins se cachent traumatismes, non- dits, violence terrible. Chacun semble vouloir prendre le pouvoir sur l'autre.

Max (Bruno Ganz ( et son fils Lenny (Micha Lescot)

Max (Bruno Ganz ( et son fils Lenny (Micha Lescot)

© Ruth Walz

C’est dans ce climat au couteau, que déboule le fils absent depuis des années (joué par le trouble Jérôme Kircher ) et Ruth, son épouse (Emmanuelle Seigner, sorte de Marie Madeleine entre figure de l'ange et prostitué). Seule femme au milieu de ces hommes, elle semble incarner tous leurs fantasmes. "Une salope de femme", résume Max, l'étonnant Bruno Ganz.

Le comédien suisse, abime de menace et de violence vénéneuse, porte en lui toute les nuances voulues par Pinter. Sa relation avec son fils Lenny, incroyable Micha Lescot, en disent long sur ses frustrations.

Ruth (Emmanuelle Seigner), seule femme au milieu des 5 hommes

Ruth (Emmanuelle Seigner), seule femme au milieu des 5 hommes

© Ruth Walz

Après un premier acte au rythme un peu lent, l'acte 2 nous livre un retournement des plus glaçant. Garrel, Greggory, Kircher, Lescot, et Seignier, distillent des aspects de leur personnalité qui bouleversent la vision que l'on avait d'eux. Qui sont- ils vraiment ? Victime ou bourreau ? Philosophe ou maquereau ? Sans doute un peu les deux, se console le spectateur, secoué par tant de noirceur.

C'est la deuxième fois ces jours ci que l'on vous parle d'un "jeune homme en colère". Mais loin de la critique sociale de Joe Orton dans "Que faire de Mr Sloane ?", on est cette fois dans l'étude de l'âme humaine et de ses perversions. La mise en scène de Luc Bondy est frappante, mais à force de pousser au plus loin les personnages, ceux-ci finissent par nous laisser au bord de la route. Reste le bonheur absolu d'entendre un des plus grands acteurs européen, Bruno Ganz, sur une scène française et en français.


Le Retour de harold Pinter, mise en scène de Luc Bondy
Odéon-Théâtre de l’Europe, du 18 octobre au 23 décembre 2012
Place de l’Odéon. Paris VIe

Location : 01 44 85 40 40

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