Le harcèlement scolaire au coeur de la pièce "Cross" à la Comédie de Valence et dans la région

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 01/04/2016 à 12H54
Pierre Cuq dans "Cross ou la fureur de vivre" à la Comédie de Valence.

Pierre Cuq dans "Cross ou la fureur de vivre" à la Comédie de Valence.

© JEFF PACHOUD / AFP

La Comédie de Valence s'est emparée du harcèlement scolaire après une résidence dans un collège. Au premier rang, des élèves de sixième ne perdent pas une miette de l'histoire, celle de Blake, 12 ans, harcelée pour rien, pour un "like" d'une photo sur Facebook.

Le centre dramatique organise chaque année des controverses sur des thèmes  d'actualité. Ici, deux jeunes femmes, créatrices de la Compagnie La Maison, ont choisi le harcèlement.

Le harcèlement scolaire, un "vrai sujet de société" 

"On avait envie de travailler sur la confiance en soi, la croyance en soi" et tout est parti d'un fait divers découpé dans Libération, raconte à l'AFP Lucie Rébéré, la metteure en scène. Un vrai sujet de société, qui touche 12% des écoliers, 10% des collégiens, selon le gouvernement. Sans compter le cyber-harcèlement qui concerne un élève sur cinq.
Pierre Cuq et Louka Petit-Taborelli dans "Cross ou la fureur de vivre" à la Comédie de Valence et dans la région.

Pierre Cuq et Louka Petit-Taborelli dans "Cross ou la fureur de vivre" à la Comédie de Valence et dans la région.

© JEFF PACHOUD / AFP

Dans le décor d'une chambre d'ado, le spectateur assiste à la semaine de Blake. Dimanche, elle "crée" son profil Facebook. Elle indique alors qu'elle aime - "like" - la photo d'une camarade de classe qui lui répond immédiatement "Dégage". Lundi, elle "marche" et "le temps passe lentement" ce jour-là. Un mot sur son bureau : "Salut planche à pain". Et le harcèlement qui s'insinue partout, sans raison, même dans la façon dont on lui passe le ballon en sport. Mardi, elle "rampe" et jeudi elle "court".

Beaucoup de justesse dans la pièce

Sur scène, deux comédiens remarquables, Pierre Cuq et Louka Petit-Taborelli, jouent tour à tour tous les rôles à la manière des humoristes : celui de Blake, de ses bourreaux, de ses parents, des professeurs.

Il y a un côté BD, Riad Sattouf, dans la façon dont sont représentés les adultes. La mère hystérique, monstrueuse presque, qui étouffe sa fille de bisous. Le prof dinosaure, le proviseur complètement dépassé par les vénements. Et tous ces adultes impuissants voire aveugles face aux problèmes de l'adolescente. Beaucoup de justesse, également, dans la description des lieux d'inconfort  des élèves: "un couloir infini", les toilettes, la honte d'être seul au self, pour entrer au collège.

Des éléments de vécu probablement piochés lors de la semaine passée par Lucie Rébéré et l'auteure de la pièce, Julie Rossello-Rochet, dans le collège du Cheylard. Cette immersion a également permis la réalisation de vidéos des élèves, qui sont projetées sur scène comme pour dire que le harcèlement, ça arrive à Blake mais ça pourrait aussi arriver à lui ou à elle. A la fin de sa semaine, l'héroïne trouve les ressorts pour reprendre l'ascendant. C'est le titre de la pièce : "Cross ou la fureur de vivre".  Traverser, redresser la tête.

Des solutions suggérées

Au passage, pendant une heure, les comédiens auront proposé aux jeunes  spectateurs, l'air de rien, des solutions à ce problème : un numéro vert, se confier à quelqu'un, parler. "Allez raconte, sinon je pourrai pas t'aider".

Une pièce utile où la catharsis est à l'oeuvre. Après la représentation dans une Maison pour tous d'un quartier prioritaire de Valence, les questions des enfants fusent et certains demandent comment se termine l'histoire. Samedi,  elle "aime" et dimanche elle "rêve". Mais lundi, de retour au collège, que va-t-il se passer ? La question reste ouverte et passera de villes en villages dans la Drôme et  l'Ardèche jusqu'au 14 avril, avant de retrouver La Fabrique de la Comédie de Valence les 20 et 21 avril. Ensuite, la troupe espère que la pièce essaimera dans d'autres régions.