Le blues des théâtres subventionnés, menacés par la crise

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 26/10/2012 à 10H05
Olivier Poubelle (à droite) et Olivier Mantei (à gauche), les codirecteurs du théâtre des Bouffes du Nord à Paris (25 novembre 2010)

Olivier Poubelle (à droite) et Olivier Mantei (à gauche), les codirecteurs du théâtre des Bouffes du Nord à Paris (25 novembre 2010)

© François Guillot / AFP

Petits ou grands, les théâtres subventionnés souffrent : les financeurs publics, Etat et collectivités locales, sont plus regardants en période de crise. Boucler les fins de mois est un « combat », résume Olivier Meyer, directeur de théâtre à Boulogne et à Suresnes.

"Il y a un terrible effet de ciseau entre les dépenses qui augmentent constamment, et les subventions qui n'augmentent pas, voire qui diminuent", explique Olivier Meyer. Parce qu'un théâtre, c'est avant tout "du personnel, 7 jours sur 7, des techniciens, des équipes permanentes, des règles administratives de plus en plus complexes" qui s'accommodent mal de la prise de risques et de la création artistique, souligne le directeur du Théâtre de Suresnes et du Théâtre de l'Ouest parisien à Boulogne.

Paris-Villette en cessation de paiement
A Alfortville (Val de Marne), le metteur en scène Christian Benedetti dit ne plus arriver à faire tourner son Théâtre-Studio avec 400.000 euros annuels de subventions publiques et seulement trois permanents. Une situation "schizophrène" veut que ses pièces (La Mouette, Oncle Vania)  marchent très bien et partent en tournée jusqu'en 2014, alors que le théâtre  tombera le rideau en décembre, faute d'effectifs pour le faire vivre.

Le théâtre Paris-Villette est en cessation de paiement après le retrait du  soutien de la Ville de Paris, qui justifie sa décision par une faible  fréquentation, alors que son directeur Patrick Gufflet défend une programmation  exigeante, qui a lancé Yasmina Reza ou Joël Pommerat. Ce dernier animera un atelier gratuit lors d'une "journée manifeste" dimanche.

Pour le théâtre de création, la subvention publique est un élément indispensable, même si la plupart se démènent en plus pour co-produire, ce qui  mutualise les coûts, louer leurs salles, rechercher des mécènes.

Les théâtres recherchent des mécènes
A Paris, le Théâtre de l'Odéon a décroché un mécénat original avec la plateforme vidéo Dailymotion, qui, outre un apport de fonds, ouvre un espace  dédié pour diffuser des interviews, extraits de pièces etc. Le Théâtre de la Cité Internationale (TCI) va pouvoir montrer quatre créations grâce au mécénat de la fondation d'entreprise Hermès.

Mais les mécènes, eux aussi touchés par la crise, ne se précipitent pas vers les petites structures, a fortiori en banlieue. "Il vaut mieux être l'opéra de Paris ou le Châtelet !", lance Olivier Meyer, dont le Théâtre de Suresnes et le Théâtre de l'Ouest parisien à Boulogne peuvent compter sur le soutien fort des municipalités.

Pierre Bergé est très sollicité: Christian Benedetti lui a envoyé un dossier. Le directeur du Théâtre de la Ville et du Festival d'automne Emmanuel Demarcy-Mota l'a convaincu de financer pour moitié la venue à Paris en 2013 d'artistes du bunraku, un art traditionnel japonais ancestral, qu'il espère co-produire avec des théâtres de Lisbonne. "Il faut absolument partager  les artistes", souligne-t-il, évoquant "la crise grave qui menace la culture chez nos voisins européens".

Aux Bouffes du Nord, la subvention publique a chuté de 40%
Mécénat, recherche active des publics, coproductions: tout est bon aux Bouffes du Nord pour compenser la baisse de 40% de la subvention publique tombée il y a deux ans, lorsque Peter Brook a passé la main à Olivier Mantei et Olivier Poubelle. Avec 650.000 euros de subvention, le théâtre est sur le fil du rasoir. Il a pourtant assuré 250 représentations l'an dernier, et 250 dates de tournée, en France et à l'étranger (Le Bourgeois Gentilhomme de Denis Podalydès, La Flûte enchantée de Peter Brook...)

"L'Etat et la Ville de Paris vont devoir très vite se poser la question de l'avenir des Bouffes du Nord", lance, inquiet, Olivier Mantei.