"La Vénus à la fourrure" : le sado masochisme côté farce

Par @sophiejouve1 Rédactrice en chef adjointe de Culturebox, responsable de la rubrique Théâtre-Danse
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 14/11/2014 à 12H10
Marie Gillain dans "La Vénus à la fourrure"

Marie Gillain dans "La Vénus à la fourrure"

© Fabienne Rappeneau

Quatre après sa création à Broadway, un an après son adaptation au cinéma par Polanski, voici la pièce de l'américain David Ives sur une scène française, avec à l'affiche un duo d'acteurs intrigant : Marie Gillain qui n'était pas remontée sur scène depuis 2002 (elle jouait Hystéria sous la direction de John Malkovitch) et Nicolas Briançon, talentueux acteur-metteur en scène.

L'action se passe dans un théâtre (le théâtre dans le théâtre). Un metteur en scène new yorkais, Thomas Novachek, veut adapter le roman de Sacher-Masoch, "La Vénus à la fourrure". Sacher-Masoch le fameux "inventeur" du masochisme. Après une journée de casting catastrophique pour trouver le rôle féminin, dépité il est sur le point de quitter son bureau lorsqu'une surgit une étrange créature, plutôt vulgaire, Vanda Jordan. La jeune femme réussit à convaincre Novachek de faire un essai en lui donnant la réplique.

Débute alors un troublant jeu de rôle au cours duquel les deux acteurs se piquent au jeu, au point de se prendre pour leur personnages et de vivre réellement la relation perverse décrite par Sacher-Masoch.

Quelle belle surprise de retrouver Marie Gillain sur scène, flamboyante, ambigüe, terriblement sexy, à mille lieux de ses rôles au cinéma. Sa présence ravageuse, sa gouaille donne une vivacité folle au spectacle. "Vous n'avez rien à m'apprendre sur le sadomasochisme, je fais du théâtre" s'exclame Vanda, plus fine mouche qu'il n'y paraît.

Face à elle, Nicolas Briançon, macho autoritaire, joue davantage dans la nuance, tout à la fois arrogant et pathétique, très drôle lorsqu'il se met dans la peau du personnage féminin. 
Nicolas Briançon et Marie Gillain

Nicolas Briançon et Marie Gillain

© Fabienne Rappeneau
Les rapports dominant-dominé ne cessent de s'inverser dans cette pièce à la fois cruelle et drôle dans laquelle les deux comédiens évoluent avec une vraie fluidité de la réalité à la fiction.

Reconnaissons que l'on passe un vrai bon moment. Mais on peut reprocher au metteur en scène Jérémie Lippmann d'avoir volontairement oublié toute psychologie au profit de la farce. Du coup, le message qui se veut féministe finit par se diluer. Le talent de Marie Gillain a beau être grand, on retient d'abord son côté plantureux et sa personnalité détonante. Quand à l'homme, il est plus victime de ses préjugés que des pièges de Vanda, qui manquent un peu de mystère et de perversité.

Marie Gillain était l'invité des 5 dernières minutes dans le 13h de France 2 :
La Vénus à la fourrure au Théâtre Tristan Bernard
64 rue du Rocher
Tél : 01 45 22 08 40
Du mardi au samedi, horaires en alternance