La petite musique de Duras portée par Emmanuelle Riva dans "Savannah Bay"

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 11/02/2014 à 09H57
Emmanuelle Riva prête sa  grâce à "Savannah Bay"

Emmanuelle Riva prête sa  grâce à "Savannah Bay"

© JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP

Emmanuelle Riva, 86 ans, prête toute sa grâce à "Savannah Bay" de Marguerite Duras, mise en scène au Théâtre de l'Atelier jusqu'en mars par Didier Bezace, avec deux autres pièces à l'occasion du centenaire de la naissance de l'écrivain.

Des trois pièces montées à l'Atelier ("Marguerite Duras, Les trois âges"), c'est Savannah Bay qui suscite l'émerveillement. Le décor - un simple ponton de bois qui s'avance dans la pièce - la lumière filtrée par les volets, le ressac de la mer, tout concourt à un voyage dans ce pays de "Siam" de l'enfance de Duras.

Une vieille femme est là, perdue dans les souvenirs ou dans l'oubli, car la mémoire lui fait défaut. Une toute jeune femme (Anne Consigny, très juste) vient la voir, demande qu'on lui raconte "l'histoire". "Une jeune fille s'est donnée la mort, une nuit, ici, dans la mer, autour du lieu évoqué, la maison qu'habite encore Madeleine, la mère de la jeune fille": c'est ainsi que Marguerite Duras elle-même résumait la pièce, créée en 1983 au Rond-Point pour Madeleine Renaud. "Elle avait 17 ans, elle s'appelait Savannah".

Savannah se tue "du bonheur d'aimer". Elle nage avec son amant vers le large, alors qu'elle vient de donner naissance à une petite fille. C'est cette enfant, devenue jeune fille, qui vient pour qu'on lui raconte "l'histoire". Entre la vieille femme et la jeune fille se construit un lien ténu, fait de petits riens: une robe qu'on arrange avec son col d'organdi, une chanson, un petit rire. Emmanuelle Riva incarne la vieille dame, qui a été comédienne tout sa vie, avec un naturel gracieux, une douleur muette, le délicat phrasé de la prose épurée de Duras. Elle a de temps en temps de petits gestes de la main, un air mutin irrésistibles.

Avec Savannah Bay, Emmanuelle Riva accomplit une sorte de boucle dans sa carrière: en 1959, elle se faisait connaître dans le monde entier par son interprétation dans "Hiroshima mon amour" d'Alain Resnais et Marguerite Duras. Elle fait ici résonner à merveille l'écriture musicale de l'écrivain, décédée en 1996. Si Savannah Bay est un poème, "Le Square", écrite en 1955, tranche par son écriture sèche, presque "terre à terre". Clotilde Mollet et Didier Bezace incarnent avec justesse ce dialogue entre une "bonne à tout faire" et un voyageur de commerce, dans un square. Le spectateur peut voir les trois pièces données en intégrale le dimanche, comme une traversée au long cours.

"Marguerite Duras, Les trois âges" au Théâtre de l'Atelier
Du 11 février au 9 mars
1 Place Charles Dullin, Paris XVIIIe
Tél : 01 46 06 49 24


"Le Square" à 19h les mardis, jeudis, samedis
"Marguerite et le président" à 19h les mercredis et vendredis
"Savannah Bay" à 21h du mardi au samedi
Dimanche, l'intégrale : Marguerite et le président à 15h, Le square à 17h et Savannah Bay à 19h
L'affiche de Marguerite Duras, les trois âges

L'affiche de Marguerite Duras, les trois âges

© DR