"La Grenouille avait raison", l’œuvre totale de James Thierrée

Par @Culturebox
Mis à jour le 09/12/2016 à 11H28, publié le 02/12/2016 à 14H11
"La Grenouille avait raison" © Richard Haughtom

Pour son retour à la scène trois ans après "Tabac rouge", James Thierrée nous offre au théâtre du Rond-Point une création totale, poétique et absurde, sans jamais tomber dans l’excès.

Un spectacle total. C’est ce qu’il nous a été donné de voir au théâtre du Rond-Point qui accueille pendant les travaux du théâtre de la Ville, la nouvelle pièce de James Thierrée. Sans doute la meilleure depuis sa "Symphonie du hanneton" en 1998, où il mêlait déjà le mime au théâtre, à la danse, au chant ou au violon.
 
Voilà le petit-fils de Charlie Chaplin, que nous avions laissé au cinéma avec "Chocolat" où il partageait l’affiche avec Omar Sy, de retour en chef de bande. Et quelle bande ! Sa petite sœur de scène interprétée par la contorsionniste espiègle Valérie Doucet, un auguste facétieux joué par le comédien Jean-Luc Couchard, inoubliable dans "Dikkenek", une créature comme venue d’ailleurs aux déplacements sublimes et macabres incarnée par la danseuse Thi Mai Nguyen, Samuel Dutertre, en rodeur étrange et névrosé, sans oublier le charme envoûtant et jazzy de la chanteuse Mariama.
"La Grenouille avait raison". © Richard Haughtom


Artiste total

Et puis surtout, James Thierrée, en artiste, lui aussi, total. Capable à la fois de virevolter majestueusement dans les airs, de jouer à un violon qui lui colle aux mains, puis au piano, de laisser échapper de ses oreilles une fine pluie de sel et de s’entremêler avec sa contorsionniste de sœur. Elle lui échappe des mains, ils s’égratignent et leur combat de nous rappeler les étreintes sensuelles et étourdissantes auxquelles se livrait le comédien dans "Mes séances de lutte" avec Sara Forestier.  
 
Le mime-magicien-acrobate-musicien-danseur-comédien-clown et meneur de troupe donc, James Thierrée, s’inspire là du "Roi Grenouille", le conte énigmatique des frères Grimm, pour une création qui ne l’est pas moins. Un univers onirique et fascinant, entre rêve et cauchemar, qui nous perd un peu parfois.
 
Car l’essentiel ne semble pas de tout comprendre mais bien de ressentir le souffle de cette représentation impressionnante et hors du temps. Sur scène, un escalier suspendu en colimaçon, interminable et permettant de somptueux ballets aériens. Des plateformes d’acier sur lesquelles se meut la danseuse, elles aussi suspendues et menaçantes pour ceux qui restent en bas. Un parterre constitué de tapis en mousse, se rapprochant visuellement de la pierre, sur lequel trône un bassin perpétuellement rempli par les personnages, et un grand piano baroque et poussiéreux, terrain de jeux des contorsions de Valérie Doucet. James Thierrée semble vouloir repousser les limites de la représentation et la rendre tout à la fois aérienne, terrestre et aquatique.
"La grenouille avait raison"... © Richard Haughtom

 
"Je n’en sais rien"

Il nous parle d’une malédiction dont serait victime une fratrie, de personnages enfermés dans un songe dont ils voudraient sortir. De grands enfants comme emprisonnés dans leur jeunesse.  Avec ses machineries très fête foraine semblant sorties tout droit du cirque poétique et itinérant de ses parents, Victoria Chaplin et Jean-Baptiste Thierrée, nous voilà entre le récit inquiétant et fantasmagorique de "Vingt mille lieues sous les mers" et le fantastico-absurde d’un Tim Burton.

Mais alors, et la grenouille dans tout ça ? Pourquoi avait-elle raison ? "Je n’en sais rien", répond James Thierrée. "Je fais du théâtre pour ne pas avoir à expliquer ce qui remue à l’intérieur, mais pour rôder autour". Autour de l’excès aussi parfois. Mais, tel un équilibriste, sans jamais y tomber.