Isabelle Huppert irrésistible dans "Les Fausses confidences"

Par @sophiejouve1 Rédactrice en chef adjointe de Culturebox, responsable de la rubrique Théâtre-Danse
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 20/01/2014 à 12H09
"Les Fausses confidences" : Louis Garrel, Isabelle Huppert

"Les Fausses confidences" : Louis Garrel, Isabelle Huppert

© Pascal Victor

Avec « Les Fausses confidences », Luc Bondy, le patron de théâtre de l’Odéon, aborde sa quatrième mise en scène de Marivaux, un des spectacles les plus attendus de cette saison. Après trois ans d’absence sur les planches, Isabelle Huppert nous offre une irrésistible Araminte.

On attendait d’autant plus ce spectacle que la précédente prestation d’Isabelle Huppert au théâtre avaient été diversement reçue (Un Tramway nommé désir). La voici dans un grand rôle à sa mesure, entourée d’une belle troupe : Louis Garrel, le héros romantique que les cinéaste s’arrachent, les fidèles compagnons de Bondy, Bulle Ogier, Bernard Verley…
 
L’intrigue est un concentré de Marivaux : fou d’amour pour la riche Araminte, Dorante (Louis Garrel) se fait embaucher comme intendant et sans trop d’espoirs s’en remet à l’habile valet Dubois (Yves Jacques) pour se faire aimer de sa belle. En trois actes et moult rebondissement comment va-t-il remporter la partie ?

L'interview d'Isabelle Huppert par Laurent Delahousse, dans le 20 heures de France 2, dimanche 19 janvier : 
 
Les infinies nuances d'une très grande actrice
Huppert –Araminte est donc une veuve riche, consciente de sa valeur. Mais dès lors que Dubois le manipulateur lui révèle l’amour de Dorante, le bel ordonnancement de sa vie et de ses sentiments s’en trouve chamboulé. Elle vacille, hésite, avec les infinies nuances d’une très grande actrice : un frisson, une démarche moins assurée, un miroir plus souvent sollicité, un nuage de parfum, un soupir : « Il a des expressions d’une tendresse… ».

Huppert fait ressentir magnifiquement combien le non dit crée chez elle une attirance, une obsession. Dès qu’elle sent la présence de Dorante, sa sensualité s’épanouie, son charme et sa fausse désinvolture sont ravageurs.
 
Huppert-Araminte est tout à la fois prise au piège et bourreau délicieux. Car si elle découvre les surprises de l’amour, elle en savoure très vite ses jeux, trouvant un certain plaisir à voir souffrir Dorante, à le faire dévoiler sa passion.
 
Garrel, un Dorante intrépide, fougueux, désespéré et terriblement crédible
Garrel est sans doute l’acteur le plus doué de sa génération pour exprimer les délices de la passion et la fatalité de l’amour. L'amour qui lui donne un mélange troublant de fragilité et de force. Son Dorante est fougueux, intrépide, désespéré, et terriblement crédible dans le couple qu’il forme avec Huppert.
 
Luc Bondy, assaisonne l’intrigue principale de délicieuses trouvailles de mise en scène, jouant à fond l’esprit de troupe en évitant soigneusement, y compris pour le couple principal, la tentation du numéro d’acteur.
 
Mais on ne peut s’empêcher de distinguer parmi eux, la mère d’Araminte, campée par une Bulle Ogier inattendue et désopilante, qui veut mordicus que sa fille s’élève en épousant un comte
 
En fond de scènes des souliers de femmes sont rangés en cercles, vitrine luxieuse ou dressing richement achalandé... On imagine combien il est difficile de trouver chaussure à son pied.
 
Le dénouement nous offre la scène la plus sensuelle qui soit : Dorante et Araminte, silencieux, à bout de force, vaincus par la violence de leurs sentiments réciproques, saouls d’un désir encore inassouvi…
 
 
"Les Fausses confidences" au Théâtre de l'Odéon
Mise en scène Luc Bondy
Du 16 janvier au 23 mars 2014
2H10
Place de l'Odéon, Paris VIe
Réservation : 01 44 85 40 40