Isabelle Adjani en mode mineur : "Kinship" à défaut de Phèdre

Par @sophiejouve1 Rédactrice en chef adjointe de Culturebox, responsable de la rubrique Théâtre-Danse
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 24/11/2014 à 10H23
Niels Schneider et Isabelle Adjani dans "Kinship"

Niels Schneider et Isabelle Adjani dans "Kinship"

© San Bartholomé

Isabelle Adjani dit avoir été séduite par cette pièce de l’Américaine Carey Perloff, qui n’avait encore jamais été jouée. Du théâtre hors des grands textes, proche des séries télé, avec son découpage en épisodes et son thème très contemporain, celui d'une femme qui se consume pour un homme plus jeune qu'elle.

Kinship (traduisez "affinités") raconte la passion d'une rédactrice en chef d’un journal de province, bien établie et mère de deux enfants, pour un jeune scénariste qui s'essaye au journalisme (Niels Schneider). Le jeune homme va s’avérer être le fils de sa meilleure amie (Vittoria Scognamiglio).

Aimer au risque de tout perdre, la peur vieillir… Des thèmes qui parlent à la grande Adjani et lui ont donné envie de remonter sur scène, huit ans après « La dernière nuit pour Marie Stuart ».

Hélas, si les trois comédiens ne déméritent pas, le texte qu’ils défendent est bien inconsistant. Dans le jeu amoureux puis dans les affres de la passion Adjani est davantage une midinette qu’une femme de pouvoir. Et l’on peine à comprendre le revirement du jeune homme, son brusque désamour. On passera sur l’épisode (tiré par les cheveux) du curée pédophile qui lui permet de gagner ses galons de journaliste. 
Isabelle Adjani dans une comédie contemporaine

Isabelle Adjani dans une comédie contemporaine

© San Bartholomé
Et du coup on attend avec impatience le dénouement du drame, annoncé par les grands titres de journaux qui se découpent en fond de scène « Culpabilité, crime, amour… ». Mais finalement la montagne accouchera d’une souris, ce qui n’est pas plus mal car on échappe ainsi au pathos redouté.

Et puis il y a le parallèle avec Phèdre, en partie représentée sous les yeux de la mère et du fils, le procédé du théâtre dans le théâtre, ici complètement plaqué et maladroit. D’autant que l’héroïne de Racine qui aurait du être incarnée par Adjani, comme le prévoit le texte, l'est par une danseuse.

Il y a comme une psychanalyse de la part d’Adjani, qui il y a quelques années a refusé à Chéreau de jouer ce rôle (ce fut finalement Dominique Blanc qui l’avait incarné).

C’est ainsi que « Kinship » restera sans doute d'avantage dans les annales pour les péripéties qui ont émaillé sa création : le metteur en scène initial Julien Collet Vlaneck a été remplacé par la costumière Dominique Borg qui signe sa première mise en scène. Carmen Maura, l'actrice fétiche d'Almodovar qui a déclaré forfait a du être remplacée au pied levé par Vittoria Scognamiglio. L’Italienne par son timbre, son brio et sa drôlerie, est celle du trio qui tire le mieux son épingle du jeu.

On gardera en mémoire cette photo d’Adjani se consumant  tantôt sous les flammes tantôt sous les flots, cette voix unique, la fragilité et les infinis nuances d’une grande interprète qui fascine toujours autant et qui mérite tellement mieux… Le rôle de Phèdre par exemple.

« Kinship » au Théâtre de Paris
15 rue Blanche, Paris IXe
Tél : 01 48 74 25 37
Du mardi au samedi à 21h, samedi à 16h et dimanche à 15h30