"Moi et François Mitterrand", une pépite hilarante au Théâtre du Rond Point

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 15/10/2016 à 11H44
Olivier Broche dans "Moi et Mitterrand" au Théâtre du Rond Point.

Olivier Broche dans "Moi et Mitterrand" au Théâtre du Rond Point.

© Théâtre du Rond Point

Les lettres d'amour de François Mitterrand à Anne Pingeot ont ému, celles d'Hervé Le Tellier au président font rire: "Moi et François Mitterrand" balaye avec humour 30 ans de politique française au Théâtre du Rond-Point. A voir jusqu'au 20 novembre, avant d'autres représentations à la Pépinière l'an prochain.

Hervé écrit comme à un ami au président, qui lui répond

"Je n'en fais pas une affaire d'Etat et n'en tire aucune gloire personnelle, mais à partir de 1983, François Mitterrand et moi avons entretenu une correspondance assidue" écrit l'auteur, membre de l'Oulipo et pilier de l'émission de France Culture "Les papous dans la tête".
 
La pièce, adaptée d'un petit livre publié en mars chez JC Lattès et mise en scène par Benjamin Guillard, s'ouvre comme une conférence dans un bureau quasi présidentiel, avec la photo officielle de François Mitterrand sur le mur du fond. Hervé (interprété par Olivier Broche) écrit au président comme à un ami, partage son chagrin d'amour, la perte de sa chatte Tchoupette, le chômage. "François" répond. Toujours la même lettre formatée, mais où Hervé décèle "pudeur", "affection" dans le "style inimitable de François".

La bande annonce de "Moi et François Mitterrand" réalisée par le théâtre du Rond Point :

 

Jacques, Nicolas puis François

Plus tard, Hervé écrit à Jacques (Chirac), Nicolas (Sarkozy) et François (Hollande), mais jamais il ne retrouvera "le balancement alterné de la phrase, la prosodie presque classique" de l'écriture mitterrandienne...
 
Tout le sel de la pièce tient au contraste entre la triste banalité des missives bureaucratiques et la chaleur de l'expéditeur, persuadé de nouer une amitié singulière avec le chef de l'Etat. "C'est la correspondance d'un homme seul, qui a une foi absolue dans la République. Cette sincérité le rend éminemment sympathique et contraste avec l'hypocrisie de la vie politique", explique Hervé Le Tellier.
 
Le spectateur voit défiler à travers la correspondance fictive toute l'histoire politique depuis 1983, des écoutes pratiquées par François Mitterrand pour protéger sa famille secrète au "Casse-toi pauvre con" de Nicolas Sarkozy.
 
Sur le mur, la valse des portraits est particulièrement hilarante: à un Mitterrand hiératique succède un Chirac un peu moins imposant, suivi d'un miniportrait de Sarkozy et de celui, irrémédiablement de travers, de François Hollande.

Un spectateur : "c'est moi qui écrivait les lettres"

Les lettres portent le véritable en-tête de la présidence de la République et empruntent la calligraphie du courrier présidentiel, et de nombreux lecteurs se sont laissés abuser. Mais le texte ("Ne doutez pas, cher Monsieur, que vos remarques recevront toute l'attention qu'elles méritent"...) est parfaitement inventé.
  
"Un jour, alors que la pièce se jouait à Angers, un homme a levé la main et a crié: "C'est moi qui écrivait les lettres", raconte Hervé Le Tellier.  "C'était Michel Hénoq, qui dirigea le service du courrier de l'Elysée de 1983 à 1986 et qui m'a assuré que jamais une réponse aussi standardisée n'aurait été possible".
 
La pièce mise en scène par Benjamin Guillard est jouée jusqu'au 20 novembre au Rond-Point et sera reprise en début d'année pour 60 représentations au Théâtre de la Pépinière.