"Golgota Picnic" au théâtre du Rond Point : Première sous tension

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 07/12/2011 à 09H51
Jean-Michel Ribes, directeur du Théâtre du Rond-Point à Paris

Jean-Michel Ribes, directeur du Théâtre du Rond-Point à Paris

© BALTEL/SIPA

Première jeudi 8 décembre, au théâtre du Rond Point de « Golgota Picnic », du sulfureux Rodrigo Garcia. Réflexion décapante autour de la crucifixion du Christ que l'auteur et metteur en scène argentin relie à son obsession du capitalisme trivial et de certaines déviances de l'église. Cette manière d'aborder un point essentiel de la religion catholique a provoqué les foudres de l'institut Civitas, lié à la Fraternité Saint-Pie-X, une des branches les plus intégriste de l'église. 5 questions à Jean Michel Ribes, directeur du théâtre du Rond Point. Suivez la Première sur twitter avec Culturebox

Sophie Jouve : Ces attaques contre le théâtre d’avant-garde ce n’est pas franchement nouveau ?

Jean-Michel Ribes : Là je ne dirai pas que c’est une attaque contre le théâtre d’avant garde, c’est une croisade, c’est un retour au Moyen Age. La France doit être catholique, la France doit être chrétienne. Tout cela est extrêmement manipulé par des mouvements d’extrême droite. C’est une armée d’extrême droite déguisée en curé. Je pense que tout cela est grave pour l’image de l’église catholique. Ces gens, la maintiennent dans ses pensées calcifiées.

SJ : Ce spectacle "Golgota picnic" peut- il être considéré comme une réflexion spirituelle ?

JM.R : Les spectateurs en jugeront. Ce que je crois c’est qu’on ne peut pas nier aujourd’hui que Dieu c’est fait homme. Jésus est un homme parmi les hommes, un homme public. Je ne vois pas pourquoi il ne serait pas soumis à une contestation, d’autant que son église catholique est dans le réel , le concret, elle condamne l’avortement, le préservatif… Elle peut donc être soumis à des contradicteurs et à des artistes qui sont là pour faire sauter tous les dogmes, tous les schémas répressifs.

"Golgota Picnic" de Rodrigo Garcia

"Golgota Picnic" de Rodrigo Garcia

© DR

SJ : Etes-vous surpris par la violence des attaques contre Rodrigo Garcia ?

JM.R : Ce qui est violent c’est de trouver des types qui ont tous les codes de notre sous sol, en train de péter les systèmes d’alarme munis de marteaux, là ça va un peu loin. Mais ça ne m’a pas surpris car c’est un vrai malentendu. Sans jeu de mot c’est de la mauvaise foi. Ca donne une publicité considérable à un groupe d’extrémistes, qui je crois ne représente pas du tout la chrétienté.

SJ : Il est conseillé aux spectateurs d’arriver une heure en avance ?

JM.R : Face aux menaces, la préfecture de police a prévu un système de filtrage assez important. Ce qu’il faut c’est que le public vienne, que le public fasse corps, qu’il y ait une solidarité autour de la création artistique et surtout qu’il n’ait pas peur. Il n’y aura  pas d’attentat ! Nous avons sécurisé absolument tout le théâtre. A l’extérieur par la préfecture de police et nous à l’intérieur par des sociétés de surveillance privées. Je n’ai rien contre les manifestations autorisées de ces gens, ce sont les arguments employés, le discours extrêmiste, ce retour en arrière énorme… Ce qui me fait peur dans tout ça, c’est que sous la pression les artistes finissent par se faire de l’auto censure

SJ : Comprenez-vous que certains intégristes parlent de christianophobie ?

On ne profane pas, c’est une satire. Au théâtre du Rond Point il y aura bientôt une pièce sur Jeanne d’Arc, l’année dernière dans « Sacrifices », une actrice beur, Nouaria Naghouche, dénonçait l’intégrisme dans sa propre communauté. L’année dernière encore, Europe Israel critiquait le spectacle « Harper Regan ». Je n’ai de leçons à recevoir de personne. Nous n’empêcherons pas de croire et on ne nous empêchera pas de penser.