Gisèle Casadesus, la doyenne des actrices françaises, s'est éteinte

Par @Culturebox
Mis à jour le 25/09/2017 à 19H47, publié le 25/09/2017 à 08H44
Gisèle Casadesus à son 100e anniversaire, le 14 juin 2014

Gisèle Casadesus à son 100e anniversaire, le 14 juin 2014

© Baltel / SIPA

C'était une "demoiselle" de 103 ans au sourire charmant. La doyenne des comédiennes françaises, Gisèle Casadesus, "s'est éteinte paisiblement ce 24 septembre en son domicile parisien" a annoncé son fils le chef d'orchestre Jean-Claude Casadesus. Gisèle Casadesus avait gardé la fraîcheurdes rôles d'"ingénue et soubrette légère" pour lesquels elle a été engagée à la Comédie -Française en 1924.

"A l'époque on appelait les sociétaires Mademoiselle, c'est une vieille coutume, ça date de la nuit des temps où les comédiennes ne pensaient même pas qu'elles pouvaient avoir un enfant", racontait-elle récemment à l'AFP, alors qu'elle fêtait ses cent ans, assise bien droite dans son fauteuil de velours. Mais dès l'enfance, Gisèle Casadesus, née le 14 juin 1914 "à 4 heures du matin" précisait-elle, savait déjà qu'elle "ferait du théâtre et aurait des enfants".



Elle avait croisé beaucoup de vedettes, de Pierre Fresnay à Raimu et Gabin au cinéma, et récemment Gérard Depardieu, dans "La tête en friche" de Jean Becker (2010). "On a envie de le prendre dans les bras, c'est un gros nounours. Il a été tout à fait sympathique et charmant, on s'est très bien entendu", avait-elle dit.

Engagée à la Comédie-Française en 1934

400e sociétaire de Molière, elle avait été engagée à la Comédie-Française à vingt ans, en 1934. Elle y resta jusqu'en 1962 en jouant Rosine du "Barbier de Séville" de Beaumarchais et y passe trente ans, avec un emploi qui évolua de l'ingénue et jeune première du répertoire à la soubrette de Marivaux et à la jeune femme piquante de Feydeau.

Gisèle Casadesus en "Pierrette"  dans "La coupe enchantée" en 1953 à la Comédie-Française

Gisèle Casadesus en "Pierrette"  dans "La coupe enchantée" en 1953 à la Comédie-Française

© GEORGES RETIF DE LA BRETONNE / PHOTO12

 
Le sociétariat lui a été conféré en 1939 après notamment sa participation à la création d'"Asmodée" de Mauriac (rôle d'Emmanuelle) de "Madame Quinze" de Jean Sarment (rôle de Mme de Céran). Après son départ du Français, elle joua sur d'autres scènes Anouilh, Ionesco, Roussin, Beckett, Duras et encore Pirandello lors de la saison 2002-2003, ce qui lui valut un Molière d'honneur.

La doyenne d'une famille d'artistes

Dans la famille Casadesus, on est musicien, comédien, chanteur ou artiste. Ses quatre enfants sont d'ailleurs devenus respectivement chef d'orchestre (Jean-Claude Casadesus), comédienne (Martine Pascal), peintre (Béatrice Casadesus) et compositeur (Dominique Probst). "Chez nous , c'était le conservatoire d'abord", rappelait-elle. 

Encore au conservatoire, elle partage l'affiche dans une pièce avec Pierre Fresnay. "Un grand trac pour une jeune comédienne de 19 ans!" s'exclamait-elle. "Il y avait une scène d'amour, où Pierre Fresnay me prenait dans ses bras, il me renversait en arrière, il mettait son pouce sur ma bouche et il embrassait son pouce! Ca m'arrangeait très bien, d'autant qu'il y avait (sa compagne) Yvonne Printemps dans la salle !".

Dans son appartement montmartrois - elle vivait depuis toujours dans le même immeuble - Gisèle Casadesus était entourée de bustes de Molière et de photos de la ravissante jeune première des débuts à la Comédie-Française.
100 ans de Gisèle Casadesus © PHOTOPQR/LE PARISIEN

Le secret de la longévité

Lorsqu'elle entre au "Français" en 1934, c'est Madeleine Renaud qui joue les "ingénues". "Elle m'a fait don des rôles de jeunes filles aimablement", disait-elle délicatement. "J'avais une telle admiration pour Madeleine Renaud!". La Comédie-Française est un petit monde, où les rivalités ne manquent pas, mais Gisèle Casadesus sait survoler les mesquineries avec élégance: "J'ai eu la chance de passer au travers, de ne pas le voir et de ne pas en souffrir", disait-elle.

Est-ce le secret de la longévité? Gisèle Casadesus ne retenait que les bons souvenirs. Comme ce rôle dans la première pièce de François Mauriac, "Asmodée", qui lance sa carrière. Ou les anecdotes sur les souffleuses, "personnages d'une grande autorité". "Quand j'ai débuté au Français, il n'y avait pas vraiment de metteur en scène, c'était une souffleuse qui indiquait où devaient se placer les comédiens", racontait-elle. "Elles vous disaient facilement: Untel faisait comme ceci, et nous on disait et bien moi, je ferai comme cela!"
2003 : Niels Arestrup, Anne Kreis et Gisèle Casadesus, répètent le 03 janvier 2003 à Orléans, la pièce de l'auteur italien Luigi Pirandello "A chacun sa vérité"

2003 : Niels Arestrup, Anne Kreis et Gisèle Casadesus, répètent le 03 janvier 2003 à Orléans, la pièce de l'auteur italien Luigi Pirandello "A chacun sa vérité"

© ALAIN JOCARD / AFP

Elle allait toujours beaucoup au théâtre, était invitée aux premières à la Comédie-Française, sa "maison". "Il y a une très bonne troupe. Ils savent tout faire les jeunes, maintenant!" Gisèle Casadesus ne jouait plus au théâtre depuis quelques années, mais acceptait très volontiers des rôles au cinéma. "Ah oui, je tourne! Ca m'amuse, et puis on s'occupe bien de vous", souriait-elle.

Deux ouvrages de souvenirs avaient été publiés pour son centenaire, "Cent ans, c'est passé si vite" (Le passeur éditeur) et "Gisèle Casadesus, Le jeu de l'amour et du théâtre" (Philippe Rey).
Gisèle Casadesus dans les années 50

Gisèle Casadesus dans les années 50

© AFP


Gisèle Casadesus ou l'élégance de jouer


La comédienne Gisèle Casadesus "incarnait l'élégance et le bonheur de jouer", a salué la ministre de la Culture Françoise Nyssen lundi sur Twitter.  "Son immense talent, son regard, sa voix nous manquent déjà", a écrit Françoise
Nyssen.

 

La maire de Lille Martine Aubry a fait part de sa "peine et tristesse pour cette grande dame, cette artiste exceptionnelle", témoignant de son affection à ses proches et notamment à son fils Jean-Claude Casadesus, qui avait dirigé l'Orchestre national de Lille.
Gisèle Casadesus à Lille avec son fils Jean-Claude et Martine Aubry

Gisèle Casadesus à Lille avec son fils Jean-Claude et Martine Aubry

© PHOTOPQR/VOIX DU NORD

 

"Le cinéma français perd une formidable actrice, une grande dame", a salué de son côté Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France, sur le réseau social.
 
L'écrivain Tatiana de Rosnay a dit sur Twitter avoir "une pensée émue pour Gisèle Casadesus, merveilleuse dans "Elle s'appelait Sarah" (un film adapté d'un de ses romans). "Goodbye wonderful lady RIP".

Des obsèques à l'île de Ré

La comédienne sera inhumée jeudi 28 septembre sur l'île de Ré, où elle résidait régulièrement depuis ses plus jeunes années, a indiqué sa famille. Son fils, le chef d'orchestre Jean-Claude Casadesus, précise qu'une cérémonie aura lieu à 15 heures, au temple protestant de Saint-Martin-de-Ré, "dans l'intimité".

"C'est le point de chute (...). Tout le monde s'y retrouve", avait souligné la sociétaire honoraire de la Comédie-Française, évoquant ses souvenirs de l'île de Ré, avec ses quatre enfants, ses petits-enfants, et arrière-petits-enfants.