Giorgio Albertazzi, l'homme-théâtre de l'Italie pendant 65 ans

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 30/05/2016 à 11H50
Giorgio Albertazzi en 2014 lors d'un show télévisé de la RAI, "Ballando con le stelle". 

Giorgio Albertazzi en 2014 lors d'un show télévisé de la RAI, "Ballando con le stelle". 

© Mauro Fagiani / NurPhoto

Il fut célèbre au cinéma grâce à sa participation à « L’année dernière à Marienbad », et sûrement l’une des premières stars de la télévision en Italie. Mais Giorgio Albertazzi fut surtout, comme l'a salué le quotidien La Repubblica, le « dernier empereur du théâtre ». Un immense comédien dont le nom est associé à de grandes productions comme les « Mémoires d’Hadrien » de Yourcenar.

A la fois classique et à contre-courant

Giorgio Albertazzi s’est éteint à l’âge de 92 ans samedi 28 mai, dans son domicile en Toscane. Le monde de la culture, mais aussi les grandes institutions italiennes ont salué cet immense homme de théâtre : le président de la République italien Sergio Mattarella a honoré ce maître pour des générations d’acteurs et de metteurs en scène. A la fois classique et à contre-courant, ajoute Matteo Renzi, président du conseil italien, toscan comme lui et ancien maire de Florence. Cela le caractérise bien. 

Personnage complexe, tour à tour très séducteur et quelque peu bougon, homme à femmes et philosophe, le caractère fort et le verbe souvent provocateur : dans une émission de télévision, ne parlait-il pas récemment du théâtre comme d’un moment ennuyeux s’il n’est pas porté par des acteurs particulièrement engagés et puissants, et de la mort comme d’un grand moment d’hilarité ? Classé à droite par le milieu politique (il s’était présenté à l’Assemblée soutenu par le centre-droit), lui préférait se qualifier « d'anarchiste », « et plus précisément anarchiste du centre ». Humour, distance. Son amitié avec une autre grande carrure du théâtre, très indépendante d'esprit, Dario Fo, n'est pas anodine...  

Entré au théâtre en 1949 avec Visconti

Né à Fiesole, non loin de Florence, en 1923. A l’âge de 20 ans, en 1943, Giorgio Albertazzi s'engage dans la République de Salò mussolinienne avec le grade de lieutenant, et est emprisonné pour avoir commandé un peloton d'exécution. Amnistié, il est libéré en 1947.

Elève de monstres sacrés comme Renzo Ricci et Memo Benasse, il entre au théâtre dès 1949 par la grande porte, avec « L'Histoire de Troïlus et Cressida » de William Shakespeare, mis en scène par… Luchino Visconti. Et depuis ce moment-là, l’homme n’a jamais cessé d’être en première ligne et de s’investir dans le grand répertoire, de Shakespeare à Ibsen, en passant par Dante, d’Annunzio (l’un de ses poètes préférés) et Pirandello. Parmi ses autres dates clé : 1964, à l’occasion du 400e anniversaire de Shakespeare, il joue « Hamlet », à l’Old Vic Theater de Londres (!) dirigé par Franco Zeffirelli. 
Giorgio Albertazzi avec Dario Fo, prix Nobel de littérature en 1997.

Giorgio Albertazzi avec Dario Fo, prix Nobel de littérature en 1997.

© Andrew Medichini/AP/SIPA

Inoubliable sa collaboration avec le metteur en scène Maurizio Scaparro, notamment dans les « Mémoires d’Hadrien » de Marguerite Yourcenar qu’il propose jusqu’à presque 1000 fois, en Italie comme à l’étranger. C’est grâce à cette collaboration d’ailleurs que la France a pu voir Albertazzi sur scène à de nombreuses reprises, dans le cadre de la saison appelée « Le théâtre des Italiens ». En 1994 il crée et dirige le « Laboratoire d’arts scéniques » de la ville de Volterra, de 2002 à 2007 il dirige le Théâtre de Rome. Ses dernières apparitions au théâtre dans « Le marchand de Venise », « La tempête » et « Mémoires d’Hadrien ».

"L’année dernière à Marienbad" 

L’Italie l’a connu comme véritable star du petit écran, grâce à des productions de télévision qui resteront : « L'idiota » en 1959 d’après le roman de Dostoïevski, « Jekyll » en 1969. Au cinéma, Albertazzi joue dans une quarantaine de films, parmi lesquels « L’année dernière à Marienbad » d’Alain Resnais (1961), où il interprète Monsieur « X » face à Delphine Seyrig ou encore « L’assassinat de Trotsky » (1971) de Joseph Losey, mais également un grand nombre de films mineurs.