Le Festival d'Avignon comme si vous y étiez, avec Simon McBurney et Sophie Calle

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 08/07/2012 à 13H31
Palais des Papes, samedi 7 Juillet, "Le Maître et Marguerite" ouvre le festival

Palais des Papes, samedi 7 Juillet, "Le Maître et Marguerite" ouvre le festival

© S.Jouve

Attention, la programmation 2012 du festival d’Avignon va mettre tous vos sens en alerte, avec un théâtre qui invente, expérimente, parce qu’il n’y a pas qu’une façon d’imaginer le monde. Arts visuel, musique, danse, performance inspirent les dramaturges qui, tels des alchimistes, mêlent les disciplines. Un esprit d’ouverture initié dès 1966 par Jean Vilar le fondateur du festival, qui convie la danse, avec Béjart, le cinéma avec Godard. Le très attendu spectacle du britannique Simon McBurney (comédien, scénariste, réalisateur et metteur en scène), samedi soir, dans la Cour d’honneur est bien l’illustration de ce nouveau langage. Son « Maître et Marguerite » de Mikhaïl Boulgakov a vampirisé chaque interstice de la Cour d’honneur.


22h au pied du Palais des Papes, alors la chaleur ne semble pas vouloir tiédir, la foule des Premières s’engouffre dans la cour dès la sonnerie des trompettes. Et c’est parti pour 3 heures d'une œuvre folle et monstrueuse.

Car « Le Maître et Marguerite » contient 3 récits qui s’entrelacent et s’éclairent peu à peu : la venue dans le Moscou des années 30 du diable qui s’amuse à tirer les ficelles, le face a face à Jérusalem du procurateur Ponce Pilate et du Christ, l’amour de Marguerite pour un écrivain, appelé le Maître, dont les écrits déplaisent à la critique russe.

Le Maître et Marguerite

Le Maître et Marguerite

© Robbie Jack
 Un livre en train de s’écrire
On plonge d’abord dans le monde hallucinant du Moscou stalinien, avant de découvrir que le Maître retrace les derniers jours de Jésus. Entre réalité et fiction, son livre est en train de s’écrire sous nos yeux.
Le Maître et Marguerite

Le Maître et Marguerite

© Robbie Jack
3 heures d’un tel étourdissement, en anglais sous-titré autorise quelques décrochages ! Mais McBurney, merveilleux créateur d’image est là, utilisant en magicien la vidéo, les lasers et le potentiel de la Cour. Il multiplie les effets : en quelques instantanés nous voilà transportés de Jérusalem jusqu’en enfer. Il faut voir le haut mur de la cour d’honneur se fissurer, des chaises en bois se transformer en un cheval volant, avant que la cour ne s’écroule dans un bruit assourdissant. Le ludion Burney nous en met plein les yeux et le public se laisse emporter.
Des effets visuels ébouriffants

Des effets visuels ébouriffants

© Festival 2012

Une ville transformée en théâtre
Un peu plus tôt dans la ville transformée en théâtre, les compagnies du Off ont pris leurs marques et retrouvées leurs bonnes vieilles habitudes : parade, tractage, alpagages des passants. Avec plus d’un millier de spectacles programmé cette année, plus que jamais, elles doivent se battre pour exister. Mais la passion est là et l’inventivité, qui force le respect, sans cesse renouvelée.

Des tracts pour séduire les festivaliers

Des tracts pour séduire les festivaliers

© S.Jouve
L'artiste Sophie Calle rend un hommage public à sa mère
15h grande inauguration à l’Eglise des Célestins. Sophie Calle artiste exposée dans le monde entier, est invitée pour la première fois au festival. Elle, qui fait de sa vie une œuvre en associant photographie, film et écrits, rend un hommage public à sa mère dont elle a filmé les dix dernières minutes de vie en 2006. "Rachel Monique", ce travail sur la disparition, déjà présenté à Venise et Paris, mais sans cesse enrichi de nouveaux matériaux artistiques, trouve dans l’église avignonnaise une résonance troublante.
Sophie Calle au premier plan, hortense archambault, co-directrice du Festival

Sophie Calle au premier plan, hortense archambault, co-directrice du Festival

© S.Jouve

L'évocation des derniers instants de "Rachel Monique" et de ses derniers mots

L'évocation des derniers instants de "Rachel Monique" et de ses derniers mots

© S.Jouve
« Ma mère aimait qu’on parle d’elle", explique Sophie Calle. "Sa vie n’apparaît pas dans mon travail. Ça l’agaçait. Quand j’ai posé ma caméra au pied du lit dans lequel elle agonisait, parce que je craignais qu’elle n’expire en mon absence, alors que je voulais être là, entendre son dernier mot, elle s’est exclamée : « Enfin ». Il en résulte un parcours à la fois grave et loufoque, conforme à la personnalité de Monique, excentrique et bonne vivante. La photo du cercueil contenant tous les objets que Monique aimait est particulièrement touchante.

En Avignon, l’artiste a décide de lire pour la première fois le journal intime de ma mère : "le lire en public me permet de le mettre à distance" précise Sophie Calle. Si vous passez par là, peut être tomberez vous sur l'artiste, assise sur une petite chaise, lisant à voix très basse. « Je suis un fan » me confie le Chanteur Stephan Eicher, « je suis son travail depuis le début, c’est une artiste vraie, sincère, courageuse».


La chaise sur laquelle Sophie Calle lit le journal de sa mère

La chaise sur laquelle Sophie Calle lit le journal de sa mère

© S.Jouve
Des tableaux, des stèles...

Des tableaux, des stèles...

© S.Jouve
Dimanche soir l’événement du In ce sera « Nouveau Roman »
Ce spectacle conçu par Christophe Honoré, fera revivre sur scène des écrivains de ce courant littéraire animé par Robbe-Grillet, injustement négligé selon le cinéaste. On y verra notamment Ludivine Sagnier en Nathalie Sarraute, Anais Demoustier en Duras. Culturebox y sera !