La crise financière s'invite au festival d'Avignon

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 18/07/2012 à 11H38
Première d'"Un ennemi du peuple" par Thomas Ostermeier, le 17 juillet 2012

Première d'"Un ennemi du peuple" par Thomas Ostermeier, le 17 juillet 2012

© Anne-Christine Poujoulat/AFP

Alors que le festival d’Avignon arrive à la mi-temps, la crise financière et ses conséquences s’invitent sur les planches du festival, qui a toujours fait écho aux tensions du monde. Mais cette année pour aborder cette thématique, plusieurs metteurs en scène ont choisi la forme du théâtre documentaire. Dans toutes les propositions il y a une volonté de dépasser l’aridité du langage économique, pour susciter interrogations, étonnements ou rires.

Pour « 15% » Bruno Meyssat est allé à la rencontre des acteurs de la crise financière aux Etat-Unis

Avec "15%", donné à partir de jeudi, le Français Bruno Meyssat se penche sur la crise des subprimes, les crédits immobiliers à risque, qui a éclaté aux Etats-Unis en 2008. Le titre faisant référence au taux de rentabilité souvent exigé par les investisseurs. Bruno Meyssat s'est rendu aux Etats-Unis avec son équipe pour rencontrer les acteurs de cette crise et collecter sur le vif le maximum d'informations.
 
"L'écriture ne part pas d'une pièce mais d'une réalité partagée", explique le metteur en scène. Pour lui donner vie, les membres de la troupe ont improvisé à partir de ce qu'ils ressentaient. "On travaille à partir d'un matériel aride mais on crée des transpositions visuelles auxquelles s'ajoutent des textes, tous originaux, ou des propos tenus par des responsables économiques ou politiques sur les crises récentes", assure-t-il.

Crise des subprimes, krach de Wall Street, affaire Madoff et Kerviel, le spectacle brasse tout cela. « La finance adore dire qu'elle est extrêmement scientifique, fiable et en fait les économistes qu'on a entendus nous disent que c'est un jeu de passions et aussi un jeu idéologique. C'est-à-dire qu'on met des choses rationnelles derrière des choses qui sont pulsionnelles », assure Bruno Meyssat.

« Les Contrats du commerçant » de Nicolas Stemann : un texte sans cesse remodelé avec sur scène, une part d’improvisation

La crise financière, un sujet également évoqué par l'Allemand Nicolas Stemann, à partir de samedi, dans "Les contrats du commerçant, une comédie économique". Une pièce en allemand surtitré, réalisée à partir d'un texte de l'auteure autrichienne Elfriede Jelinek, Prix Nobel de littérature (auteure de la Pianiste adapté au cinéma par Michael Haneke).

Nicolas Stemann démythifie l'économie à partir du texte d'Elfriede Jelinek, prémonitoire de la crise des subprimes. Il fait "une farce" de "la tragédie" de gens qui ont pensé pouvoir gagner de l'argent en se montrant intelligents. "Ce système monétaire, on pense que c'est un système rationnel parce qu'il utilise des chiffres", assure-t-il. "Mais sans la confiance, il ne fonctionne plus."
  
Le spectacle, dont c'est la première en France, est réadapté en permanence par l’auteure et donc constamment ouvert à l'improvisation, le metteur en scène la dirigeant "live" sur la scène. "La manière de la comprendre est corporelle et énergétique", dit-il, avec son "choeur des petits actionnaires" et celui "des grands actionnaires", comme dans la tragédie grecque. 
       
« Un Ennemi du peuple » d’après Henrik Ibsen, adapté à notre société sur-économisée par Thomas Ostermeier

"Un ennemi du peuple" d'après Henrik Ibsen

"Un ennemi du peuple" d'après Henrik Ibsen

© Anne-Christine Poujoulat/AFP

L'Allemand Thomas Ostermeier présente à partir de mercredi une pièce d'Henrik Ibsen, "Un ennemi du peuple", qui raconte la lutte d'un médecin pour faire éclater la vérité sur la pollution d'une station thermale face aux intérêts économiques.

Pour Thomas Ostermeier, qui a réécrit 80% du texte original d'Ibsen pour l'adapter à notre époque, l'interrogation essentielle porte "sur le pouvoir de la vérité dans une société sur-économisée", où le profit est érigé en principe dominant.

"Les politiciens dans cette pièce parlent tous de la démocratie mais les vraies décisions sont prises en dehors de la majorité", déclare le metteur en scène. "Une fois les décisions prises, alors seulement on essaie de trouver une majorité...C'est une question fondamentale aujourd'hui de savoir comment continuer avec ce système économique, qui est en fait diabolique", affirme Thomas Ostermeier, qui qualifie son théâtre de "sociologique".

« 15% » de Bruno Meyssat
Salle Montfavet à 18h00
Du 19 au 26 juillet

"Les contrats du commerçant" de Nicolas Stemann
Cour du Lycée Saint- Joseph à 21h30
Du 20 au 26 juillet

"Un Ennemi du peuple" de Thomas Ostermeier
Opéra-Théâtre
Du 18 au 25 juillet à 22 h00

Site du Festival d'Avignon