Eric Ruf nommé administrateur de la Comédie-Française

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 15/07/2014 à 20H17
Eric Ruf lors du Festival de la correspondance à Grignan, en juillet 2013.

Eric Ruf lors du Festival de la correspondance à Grignan, en juillet 2013.

© Pascal Fayolle/SIPA

Eric Ruf a été nommé administrateur général de la Comédie-Française, mercredi en Conseil des ministres, a indiqué le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll. Il succède à Muriel Mayette-Holtz, restée huit ans à la tête de la maison de Molière.

Eric Ruf, nommé mercredi en conseil des ministres, tenait la corde avec le directeur du théâtre de la Colline Stéphane Braunschweig depuis quelques semaines. Les deux hommes ont été reçus personnellement par François Hollande. Le dossier de l'autre candidat de poids, le directeur du TNP Villeurbanne Christian Schiaretti, se serait "perdu" entre le ministère de la Culture et l'Elysée, au grand dam de l'intéressé.
 
Eric Ruf, 45 ans, est très proche de Denis Podalydès, figure de la Comédie-Française, qui a soutenu François Hollande lors de la campagne présidentielle. François Hollande a imposé son choix face au candidat défendu par sa ministre de la Culture Aurélie Filippetti.
 
Aurélie Filippetti aurait préféré un outsider
 
Cette dernière avait sollicité Stéphane Braunschweig, estimant qu'un outsider aurait fait entrer un peu d'air dans la maison, après les tensions qui ont marqué la fin du mandat de Muriel Mayette-Holtz, elle-même issue du sérail.
 
Première femme nommée en 2006 à la tête de la Comédie-Française, Muriel Mayette a connu une fin de mandat difficile, marquée par la contestation d'une partie de la troupe. En décembre, la fuite dans le Figaro d'une lettre des sociétaires adressée à la ministre de la Culture demandant "une autre étape", ouvrait la succession. On lui reprochait le manque de qualité artistique de certains spectacles.
 
Eric Ruf était parti bon premier dans la course, fort du soutien de Denis Podalydès. Ce dernier aurait certainement obtenu le poste s'il l'avait brigué, mais il préfère se consacrer pour encore quelques années exclusivement à ses  projets, tant au théâtre qu'au cinéma.
 
Eric Ruf, un acteur, un metteur en scène et un scénographe
 
Eric Ruf, le "prince" de la Comédie-Française, est à la fois un acteur, un metteur en scène et un décorateur-scénographe de talent. Après avoir joué les jeunes premiers, il a endossé les rôles d'hommes mûrs, y imposant son autorité.
 
Il joue en ce moment Don Alphonse d'Este dans "Lucrèce Borgia" mis en scène par son ami Denis Podalydès, et a aussi signé les décors de la pièce.
 
Il a également joué et conçu les décors du triomphal "Cyrano de  Bergerac" monté par Denis Podalydès en 2006 et repris plusieurs fois depuis avec un égal succès. Il a reçu en 2007 les Molières du  décorateur et du second rôle masculin pour Cyrano.
 
Le sort de Muriel Mayette incertain
 
En tant que metteur en scène, il a marqué avec un "Peer Gynt" d'Henrik Ibsen proposé en version bi-frontale (le public est de part et d'autre de la  scène) en 2012 au Grand Palais.
 
Le sort de Muriel Mayette reste incertain. Elle "se verra proposer prochainement par le gouvernement des fonctions à la mesure de ses réalisations", indique le ministère de la Culture.
 
Son prédécesseur Marcel Bozonnet avait été débarqué sans préavis. Le  ministère de la Culture a pris plus de gants avec Muriel Mayette, dont le bilan est salué. Elle a su renouveler la troupe, engageant la moitié des comédiens actuels, dont de jeunes talents très demandés au cinéma, comme Pierre Niney ou Laurent Laffitte. Elle l'a ouverte à l'audiovisuel et peut se targuer d'un bilan flatteur en termes de fréquentation.
 
Peu de moyens pour insuffler plus d'audace
 
La Comédie-Française, fondée par ordonnance royale de Louis XIV en 1680,  est la seule troupe permanente de cette ampleur en France, avec 64 pensionnaires et sociétaires à ce jour. Ses trois salles (Salle Richelieu, Vieux Colombier et Studio Théâtre) font presque toujours le plein.
 
Muriel Mayette avait choisi d'associer les comédiens aux économies imposées par l'Etat (1,5 million en trois ans) en leur confiant davantage de mises en scène. Son successeur, qui prend ses fonctions le 4 août, devra composer avec un budget serré, tout en ouvrant la maison à de "grands metteurs en scène internationaux", selon le communiqué du ministère, pour insuffler davantage d'audace dans la vénérable maison.