Carnet de bord d'une création #3 : "En attendant Godot" à la Comédie de Caen

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 25/02/2014 à 16H43
Jean Lambert-wild et Marcel Bozonnet

Jean Lambert-wild et Marcel Bozonnet

© Tristan Jeanne-Valès

Les répétitions de « En attendant Godot » de Samuel Beckett, sous la direction de Jean Lambert-wild (Lucky), Lorenzo Malaguerra et Marcel Bozonnet (Pozzo) se poursuivent. A trois semaines de la première, le travail est ponctué de nombreux soupirs mais aussi de rires libérateurs. En résumé nous passerons ici de la figure de l'oignon à celle du clown...

Jean Lambert-wild, auteur de ce carnet de bord avec Lorenzo Malaguerra, est l'un des 3 metteurs en scène du spectacle, il incarne également le rôle de Lucky.

Comme un oignon peler Godot peut être douloureux
A trois semaines de la première, l’image finale du spectacle se dessine de plus en plus nettement. Notre méthode de travail - que nous appelons en plaisantant « peler un oignon » - nous conduit à faire de longues traversées de la pièce avec des arrêts sur chaque réplique ou presque. Chaque jour, nous parvenons à enlever une couche de cet oignon beckettien dont le cœur sera, si tout se passe bien, dévoilé le jour de la première représentation. Et comme un oignon, peler Godot peut être douloureux. 
Fargass Assandé et Michel Bohiri

Fargass Assandé et Michel Bohiri

© Tristan Jeanne-Valès
Beckett a noté le moindre déplacement, décrit la plus petite action
Nous avons déjà dit que l’écriture de Beckett fait mise en scène, au sens où l’auteur a noté le moindre déplacement, décrit la plus petite action, donné son rythme à la succession de chaque réplique. Notre répétition est ainsi ponctuée de cris venus de la salle : « Temps », « Silence », « Long silence », « Repos » ! Si ce travail est habituel aux musiciens, il l’est beaucoup moins pour les acteurs qui doivent abandonner en coulisse toute velléité de faire œuvre de leur partition. L’économie des silences et de leur valeur est essentielle chez Beckett car elle crée successivement le vide métaphysique, l’arrêt d’une parole devenue insoutenable, l’oubli ou le rêve et permet d’aménager des ruptures de ton qui multiplient les motifs de l’attente. Nous répétons ainsi jour après jour que « ce n’est qu’en suivant scrupuleusement le texte et ses indications que la liberté sera au bout du chemin. »

Des répétitions aussi hors les murs...
 
Pozzo (soudain furieux) : Vous n’avez pas fini de m’empoisonner avec vos histoires de temps ? C’est insensé ! Quand ! Quand ! Un jour, ça ne vous suffit pas, un jour pareil aux autres, il est devenu muet, un jour je suis devenu aveugle, un jour nous deviendrons sourds, un jour nous sommes nés, un jour nous mourrons, le même jour, le même instant, ça ne vous suffit pas ?
 
Le comique envahit enfin le plateau
Ce travail, cause de nombreux soupirs, est aussi source de joie quand tout à coup un passage longtemps poussif s’éclaire d’un rire libérateur. Il en est ainsi de l’irruption sur scène des personnages de Pozzo et Lucky, qui intervient quelques minutes après le début du spectacle. Ce n’est que par la minutie d’une chorégraphie avec ses causes et ses conséquences où s’enchaînent un cri terrifiant faisant lâcher une carotte à Estragon, une fuite éperdue en coulisses, un retour d’Estragon pour ramasser la carotte puis sa chaussure perdue, une traversée diagonale de 20 mètres de Lucky ployant sous ses bagages et disparaissant hors plateau avant même que Pozzo n’apparaisse et ne crie « Arrière ! » faisant tomber Lucky et des dizaines de bidon simulant la chute de Rome que le comique envahit enfin le plateau. 
    Jean Lambert-wild et Michel Bohiri

    Jean Lambert-wild et Michel Bohiri

© Tristan Jeanne-Valès
Beckett et l'art du clown
Il n’est pas anodin de savoir que Beckett connaissait l’art du clown sur le bout des doigts et qu’En attendant Godot est une pièce truffée de références à des numéros célèbres. Nous avons ainsi visionné tous les films des Marx Brothers, Charlie Chaplin, Buster Keaton, les fameux « Clowns » de Fellini, les spectacles de Grock, les Russes de Licedei et les descriptions des premiers augustes et clowns blancs de l’histoire, tels Footit et Chocolat. Ce travail d’imprégnation préparatoire a été essentiel pour bien cerner les personnages, leurs façons de bouger et de jouer ; essentiel aussi pour bien comprendre la pièce, qui est tout sauf un exercice de style sur l’ennui.
 
Ainsi, nos répétitions passent des larmes aux rires et il nous arrive même de pleurer de rire quand Michel Bohiri, l’acteur qui joue Vladimir et dont nous parlerons dans un prochain carnet, met sur sa tête le minuscule chapeau rouge de Lucky à l’Acte II. Sur scène, un Grock africain vient de naître.
  Michel Bohiri

  Michel Bohiri

© Tristan Jeanne-Valès

 

Retrouver ici les biographies de Jean Lambert-wild, Marcel Bozonnet et Lorenzo Malaguerra


"En attendant Godot" à la Comédie de Caen, Théâtre d'Hérouville
Du mardi 18 mars au vendredi 28 mars 2014
1, square du Théâtre, 14200 Hérouville Saint-Clair
Réservation : 02 31 46 27 29


Tournée :
Le 31 mars et le 1er avril 2014 – Scène Nationale 61, Alençon
Le 8 avril 2014 – Scène Nationale d'Evreux-Louviers
Les 6 et 7 mai 2014 – MAC d'Amiens
Les 15 et 16 mai 2014 – TPR, La Chaux de Fonds (Suisse)
Le 20 mai 2014 – Bienne (Suisse)
Le 22 mai 2014 – Théâtre du Crochetan, Monthey (Suisse)
Le 24 mai 2014 – Fully (Suisse)
Le 27 mai 2014 – Théâtre du Préau – CDR de Vire
Les 26 et 27 septembre 2014 – Festival les Francophonies en Limousin
Du 2 au 4 octobre 2014 – La Filature-Mulhouse
Le 9 octobre 2014 – Les Treize Arches-Brives
Le 7 novembre  2014 Val de Reuil
Semaine du 24 au 29 novembre 2014 – CDN de Nancy 
Du 3 au 29 mars 2015 Théâtre de l'Aquarium-Paris
Le 31 mars 2015 Théâtre de Chelles