Carnet de bord d’une création #1 : "En attendant Godot" à la Comédie de Caen

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 18/02/2014 à 10H17
Jean Lambert-wild, Michel Bohiri, Fargass Assandé 

Jean Lambert-wild, Michel Bohiri, Fargass Assandé 

© Tristan Jeanne-Valès

Pendant un mois nous vous proposons d’être en temps réel les témoins d’une création : « En attendant Godot » de Samuel Beckett, sous la direction de Jean Lambert-wild, Lorenzo Malaguerra et Marcel Bozonnet. Trois hommes de théâtre qui partageront avec nous leur travail, leur joie, leurs doutes, jusqu’à la première le 18 mars 2014. Rejoignez nous pour suivre cette belle aventure !

Carnet de bord de Lorenzo Malaguerra et Jean Lambert-wild, mardi 18 février 2014

En attendant Godot résonne aujourd'hui avec une forme d'évidence. En ces temps de flux migratoires, où des populations entières cherchent à échapper aux guerres fratricides, aux famines, à la pauvreté, à l'absence concrète d'une possibilité d'avenir, ce sont des hommes et des femmes qui accomplissent le chemin mouvementé de l'exil.

Il en est aussi qui, lors du trajet, s'empêtrent dans des lieux sans identité, pour toute une série de raisons : attente du passeur, attente d'un visa, attente d'un renvoi, attente d'une sœur ou d'un fils. Ces situations où le but recherché s'efface devant la nécessité de rester là nous ramènent au cœur d'En attendant Godot. Vladimir et Estragon pourraient être ces migrants, collés à une route et sous un arbre, dans l'attente de quelque chose ou de quelqu'un qui leur est indispensable pour aller ailleurs, vers la vie rêvée. Des êtres qui, pour rendre supportables l'insupportable, s'inventent des jeux, des dialogues, des compères, des lunes, des nuits et des jours.   

L'attente d'un visa

En attendant Godot n'a rien d'absurde, si ce n'est l'absurde du monde à l'intérieur duquel on cherche à créer du sens. Ancrer la pièce, sans en réduire la portée universelle, dans la tragédie d'aventures humaines qui se déroulent à nos portes – et parfois sous nos yeux – nous permettra, c'est notre projet, de la faire entendre sous un jour nouveau à nos contemporains.

Ce spectacle est produit par un Centre Dramatique National, il est joué par des acteurs africains et français, mis en scène par des Français et un Suisse. On devrait toujours se méfier des pièces qu’on monte, tant elles ont la capacité à se confondre avec le réel. Macbeth est paraît-il une pièce maudite, En attendant Godot a failli le devenir avant même que nous commencions à répéter.  

Michel Bohiri, Fargass Assandé, Jean Lambert-wild 

Michel Bohiri, Fargass Assandé, Jean Lambert-wild 

© Tristan Jeanne-Valès

Ainsi, nous avons nous aussi expérimenté durant plusieurs mois l’attente d’un visa pour Michel Bohiri, l’acteur ivoirien jouant Vladimir, obtenu finalement de haute lutte et en haut lieu. L’estime portée à cet homme par l’administration consulaire aurait été vécue comme un fait inacceptable par n’importe lequel d’entre nous. Et pourtant, une telle attente semble être monnaie courante pour nombre de femmes et d’hommes africains.    

Michel Bohiri, Fargass Assandé 

Michel Bohiri, Fargass Assandé 

© Tristan Jeanne-Valès

Nous avons connu le scrutin suisse dont le texte de l’initiative prévoit de contingenter non seulement les travailleurs étrangers mais aussi les réfugiés, les familles et toutes les personnes qui, pour une raison ou une autre, souhaitent migrer dans ce pays. Nous connaissions la Suisse comme un pays riche, préservé de la crise par l’intelligence de sa gestion, la créativité de ses entrepreneurs et la richesse de ses banques mais voilà ce pays transformé en terrain d’expérience où se seraient alliés Beckett et Kafka pour créer une machine bureaucratique infernale. Un des plus célèbres auteurs helvétiques, Friedrich Dürrenmatt, n’a-t-il pas dit d’ailleurs dans un discours adressé à Vaclav Havel que les Suisses étaient à la fois les prisonniers et les gardiens de leur prison ?  

Marcel Bozonnet au centre

Marcel Bozonnet au centre

© Tristan Jeanne-Valès


D’ailleurs, n’est-ce pas une magnifique définition qui caractérise la situation de Vladimir et Estragon, sautillant d’une jambe sur l’autre et ne pouvant ni rester là ni partir ? Vladimir et Estragon, clowns malgré eux, prisonniers de l’attente mais gardiens de l’insupportable attente devenue également leur seul espoir. Tel est le monde dans lequel nous vivons, tel est le défi lancé à notre scène.
 

Retrouver ici les biographies de Jean Lambert-wild, Marcel Bozonnet et Lorenzo Malaguerra


"En attendant Godot" à la Comédie de Caen, Théâtre d'Hérouville
Du mardi 18 mars au vendredi 28 mars 2014
1, square du Théâtre, 14200 Hérouville Saint-Clair
Réservation : 02 31 46 27 29


Tournée :
Le 31 mars et le 1er avril 2014 – Scène Nationale 61, Alençon
Le 8 avril 2014 – Scène Nationale d'Evreux-Louviers
Les 6 et 7 mai 2014 – MAC d'Amiens
Les 15 et 16 mai 2014 – TPR, La Chaux de Fonds (Suisse)
Le 20 mai 2014 – Bienne (Suisse)
Le 22 mai 2014 – Théâtre du Crochetan, Monthey (Suisse)
Le 24 mai 2014 – Fully (Suisse)
Le 27 mai 2014 – Théâtre du Préau – CDR de Vire
Les 26 et 27 septembre 2014 – Festival les Francophonies en Limousin
Du 2 au 4 octobre 2014 – La Filature-Mulhouse
Le 9 octobre 2014 – Les Treize Arches-Brives
Le 7 novembre  2014 Val de Reuil
Semaine du 24 au 29 novembre 2014 – CDN de Nancy 
Du 3 au 29 mars 2015 Théâtre de l'Aquarium-Paris
Le 31 mars 2015 Théâtre de Chelles