Emmener ses ados voir "Inconnu à cette adresse"

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 22/02/2012 à 16H24
Gérard Darmon et Dominique Pinon

Gérard Darmon et Dominique Pinon

© Artcomart/Victor Tonelli

C’est un tout petit livre, vite devenu un énorme best seller. Un échange épistolaire qui dit tout de l’âme humaine : l’amitié, la lâcheté, la peur, la méchanceté, la douleur, la vengeance… Un texte éminemment théâtral, écrit par une femme après la deuxième guerre mondiale et redécouvert lors de sa réédition dans les années 90. Sur la scène du Théâtre Antoine, Gérard Darmon et Dominique Pinon donnent encore davantage de résonance à ce texte choc.

Max Eisenstein, juif américain, écrit à son ami allemand, Martin Schulze reparti s’installer à Munich. Tout deux dirigent une galerie d’art. Les deux hommes ont un lien fraternel, une complicité parfaite. Mais au fil des échanges, Martin se métamorphose, d’abord méfiant, il est peu à peu empoisonné par les idées d’Hitler : « La race juive est un bouc émissaire universel, il doit y avoir une raison à cela », « Je suis un patriote allemand ».

Au théâtre Antoine, le public toutes générations confondues retient son souffle et oublie de tousser. Gérard Darmon donne de la dignité à cet intellectuel juif, profondément blessé et terrible dans sa vengeance. Mais c’est Dominique Pinon qui impressionne et fait glisser un courant d’air froid le long de notre échine.  « Je ne veux rien avoir à faire avec les Juifs, mis à part les virements bancaires » assène Martin qui met fin à leur correspondance, tandis que le pire est à venir.

A côté de moi, Henri, 13 ans, qui a trainé un peu les pieds pour m’accompagner (depuis le début des vacances, il dégomme la terre entière sur Call of  Duty). En classe de 4e, il vient de lire "Inconnu à cette adresse"  et il m'a confié, lui pourtant peu loquace, combien ce livre l’a marqué. « Comment on peut mettre ça en scène au théâtre ? » me répond-il lorsque je lui propose d’aller voir la pièce. « C’était bien » murmure le pré ado, alors que le rideau tombe, « on comprend toutes les intentions des personnages, l’évolution de leur amitié ».

Cette pièce courte (une heure), d’une efficacité diabolique, permet d’ouvrir le dialogue avec ses enfants de façon concrète : les répercussions de la guerre, l’idéologie de la haine… Un très grand texte de Kressmann Taylor que respecte à la lettre, la mise en scène élégante et sobre de Delphine de Malherbe.

Thierry Lhermitte et Patrick Timsit succéderont à Gérard Darmon et Dominique Pinon en mars.

« Inconnu à cette adresse », au Théâtre Antoine, 14 bd de strasbourg, Paris Xe. Tél. : 01.42.08.77.71
Du mardi au samedi, à 19 heures.