Emmanuelle Béart se trouve dans "Se trouver" de Pirandello

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 05/04/2012 à 18H42
La Troupe de "Peer Gynt" mise en scène par Eric Ruf

La Troupe de "Peer Gynt" mise en scène par Eric Ruf

© Brigitte Enguérand

Elle dit qu’elle sort d’une expérience théâtrale « brulée, bouffée, ravagée ». 7 rôles seulement en 25 ans, mais quels auteurs ! Anouilh, Marivaux, Musset, Molière, Strindberg, Camus, Pirandello. Aujourd’hui Emmanuelle Béart est Donata Genzi, grande actrice de théâtre, adulée par un public qui l’a empêché d’avoir une vie privée. Mais voilà : l’amour tombe sur elle comme la foudre. Pourra-t-elle se donner à un homme comme elle se donne à ses spectateurs ?

Le rôle est exigeant. L’actrice qui l’incarne doit avoir la dimension d’une diva version Sarah Bernhardt. On est en 1932. Le cinéma balbutie encore et les stars toutes simples qu’il nous présente dans Gala, leurs maris compréhensifs, leurs enfants adorables, leurs potagers bio sont-ils envisageables à l’époque ? Ce sont d’autres codes, dont certains nous paraissent désuets. Une prima donna de théâtre peut-elle abandonner son art pour devenir une mère et une épouse soumise ? En revanche d’autres questions restent parfaitement actuelles : comment être la femme d’un seul homme et l’actrice offerte à tous les regards. Les spectateurs que nous sommes écoutent une Donata écartelée, ballotée, incertaine, avec une ambiguité ravie. Mais qui écoutons nous, qui regardons nous, Donata ou Emmanuelle ?

Longueurs et fulgurances

La pièce a des défauts, bien trop longue, répétitive, d’une langue compliquée que la traduction de Jean-Pierre Manganero n’aide pas à rendre fluide. Et puis parce que c’est Pirandello, de soudaines fulgurances. La mise en scène de Stanislas Nordey a ses qualités et ses défauts. Décors écrasants, acteurs figés comme des pions sur cet immense plateau du théâtre de la Colline de sorte qu’ils font figures de porte voix d’une œuvre déjà bien didactique. En revanche, clarté absolue de la diction « trop même, au détriment du naturel » mais que c’est agréable et « pas si fréquent » de tout saisir d’un texte ! A ce jeu,  Béart, entourée pourtant de comédiens familiers de la scène, les dépasse tous. Magistrale dans des phrases parfois impossibles, naturelle dans le sophistiqué, humaine simplement quand il s’agit d’amour. On saura gré à Nordey de l’avoir conduite à ce niveau de rayonnement, si digne de son personnage. Parmi ses partenaires, parfois inégaux, Claire Ingrid Cottenceau est Frédéric Leidgens sont, eux, très bien.

"Se trouver" de Pirandello, mis en scène par Stanislas Nordey. Jusqu'au 14 avril.
La Colline, Théâtre National. 15 rue Malte Brun. Paris 20e
Location : 01 44 62 52 52