Dieudonné rejoue le même spectacle, expurgé des charges antisémites

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 14/01/2014 à 09H11
Dieudonné au théâtre de la Main d'Or le 11 janvier pour annoncer qu'il ne jouera plus "Le mur", interdit.

Dieudonné au théâtre de la Main d'Or le 11 janvier pour annoncer qu'il ne jouera plus "Le mur", interdit.

© DESSONS/JDD/SIPA

Dieudonné a donné lundi soir à Paris un spectacle présenté comme nouveau, après avoir été interdit de scène pour ses sorties antisémites, mais qui reprend entièrement la trame du précédent en l'expurgeant des attaques les plus frontales contre les Juifs, a constaté l'AFP.

Le décor est le même, avec un mur en parpaings qui coupe la scène en deux, mais si Dieudonné fait toujours mine d'uriner, ce n'est plus sur le Mur des lamentations comme il le disait avant. Les rires d'une grande partie du public au moment de cette disparition soudaine montrent d'ailleurs que beaucoup de ses fans avaient déjà vu son spectacle précédent.

Plus de référence explicite au maréchal Pétain, qui apparaissait auparavant comme le président "préféré" de" Dieudonné , face à François Hollande. Le journaliste de France Inter Patrick Cohen est encore mentionné mais sans les références aux chambres à gaz qui avaient choqué et mobilisé notamment le ministère de l'Intérieur.

Quenelle adressée à François Hollande

De la même façon, Dieudonné ne dit plus "Je n'ai pas à choisir entre juifs et nazis, je suis neutre dans cette affaire", un des passages qui avaient choqué dans son spectacle Le Mur. "Je n'étais pas né, qu'est-ce qu'il s'est passé? Qui a volé qui? J'ai ma petite idée...", a aussi disparu de la nouvelle version.

La salle, pleine à craquer, a montré son soutien au polémiste, l'acclamant debout à la fin de la représentation. Au lieu de "Shoananas", une chanson d'Annie Cordy détournée pour ridiculiser la Shoah, "Asu Zoa" se termine sur une chanson dans laquelle Dieudonné et le public "glissent" une "quenelle" à "François" Hollande, sur l'air du chant des partisans. Le "nouveau" spectacle dure 1h10, quelques minutes de moins que "Le Mur".

"Je ne suis pas antisémite (...) Pas le temps, d'autres choses à faire"

Si les charges antisémites les plus dures ont disparu, les Juifs restent présents. "Je ne suis pas antisémite, personne dans cette salle n'est antisémite. Parce qu'on n'a pas envie, on n'a pas le temps, on a d'autres choses à faire", dit Dieudonné dans "Asu Zoa". Le sketch mettant en scène Manuel Valls à genou dans le bureau d'Alain Jakubowicz, le président de la Licra, est toujours là.

Après avoir interdit les représentations du "Mur" à Paris samedi, dimanche et lundi, la préfecture de police de Paris avait autorisé la représentation lundi soir d'"Asu Zoa", estimant qu'il s'était écoulé un "délai raisonnable" depuis que Dieudonné avait annoncé travailler sur un nouveau spectacle. Elle avait aussi pris acte de son engagement public de "ne pas réitérer des propos contraires à la dignité de la personne humaine". 

La préfecture avait toutefois prévenu que si des propos "tombant sous le coup de la loi venaient à être tenus" lors de ce nouveau spectacle, "toutes les conséquences en seraient tirées tant au plan judiciaire qu'administratif".

Un spectacle sans racisme autorisé

Après les interdictions, validées par le Conseil d'État, d'une série de représentations du "Mur" en France, Dieudonné avait annoncé samedi qu'il renonçait à ce spectacle pour se consacrer à "Asu Zoa", un titre qui signifie "la face de l'éléphant" en langue Ewondo du Cameroun. L'artiste controversé avait déclaré que le show évoquerait "la position de l'Afrique dans le monde, son histoire" et les "ancêtres" de Dieudonné , né il y a 47 ans d'un père camerounais et d'une mère bretonne.

Lundi, Manuel Valls s'était dit "sceptique" sur les "remords soudains" de Dieudonné , condamné à plusieurs reprises pour antisémitisme. Mais le ministre de l'Intérieur, en pointe dans l'offensive gouvernementale contre le polémiste, avait souligné que "s'il s'agit d'un spectacle complètement nouveau dans lequel il n'y a pas de propos racistes ou antisémites, oui, il peut avoir lieu".

L'Union des étudiants juifs de France (UEJF) est "dubitative

L'association remarque que Dieudonné continue de diffuser sur Internet des messages vidéos racistes et antisémites via sa chaîne Youtube", écrit-elle dans un communiqué diffusé dans la nuit de lundi à mardi. L'UEJF, qui dit avoir porté plainte contre le polémiste pour des propos tenus dans une vidéo intitulée "2014 sera l'année de la quenelle", "met en demeure le site Youtube de supprimer au plus vite les autres vidéos illégales ayant été publiées par Dieudonné ".

D'autres ennuis attendent Dieudonné, qui est sous la menace d'une éventuelle expulsion de ce théâtre parisien qu'il loue depuis 1999. Judiciairement il fait également l'objet d'enquêtes sur des soupçons d'organisation frauduleuse de son insolvabilité et de blanchiment d'argent.

Un fils de Dieudonné interpellé avec un couteau devant le théâtre de la Main d'Or

Il a été interpellé dans la nuit de lundi à mardi avec un couteau devant le théâtre de la Main d'Or à Paris, où son père venait de se produire après plusieurs annulations, a-t-on appris de sources proches de l'enquête. Depuis vendredi soir, après la décision de la préfecture de police de Paris d'interdire le précédent spectacle de Dieudonné pour ses sorties antisémites, la police surveille les abords du théâtre de la Main d'Or "pour éviter les affrontement entre pro et anti-Dieudonné", a expliqué l'une des sources.

Peu avant 2 heures du matin, des policiers sur place ont remarqué deux jeunes sous le porche du théâtre parisien, après la représentation du polémiste, et ont décidé de les contrôler, selon l'une des sources. "L'un d'eux portait un couteau sur lui. Il s'agissait du fils de l'artiste Dieudonné" âgé de 15 ans, a précisé cette source. Il a été interpellé, conduit devant un officier de police judiciaire au commissariat du XIe arrondissement puis laissé libre et convoqué avec son père ultérieurement, a ajouté cette source.