Depuis 10 mois, Laurent Gérard se déshabille sur scène

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 23/02/2012 à 16H37
Laurent Gérard, dans son one man show "Gérard, comme le prénom" au théâtre des Mathurins

Laurent Gérard, dans son one man show "Gérard, comme le prénom" au théâtre des Mathurins

© Xavier Béjot

Laurent Gérard ajoute une corde à son arc. Après 15 ans de théâtre, cinéma et télévision, le comédien écrit et monte seul en scène avec « Gérard, comme le prénom », au théâtre des Mathurins jusqu’au mois de juin.

Les premières minutes sont plutôt surprenantes. Presque gênantes. Sur la petite scène du théâtre des Mathurins, Laurent Gérard se met à nu. Physiquement. A quelques centimètres seulement des premiers spectateurs. Mais très vite, c’est cette même intimité qui fait rire aux éclats. Tout en sincérité, le comédien partage avec humour son quotidien, ses rencontres.

Il y a d’abord son coiffeur, homosexuel et gaga de son chien. Puis Yvonne, sa mère bourgeoise crispée. Ou encore ce Belge libertin totalement déjanté, croisé dans un camp naturiste du Cap d’Agde. Des personnages certes déjà vus, mais que Laurent Gérard interprète avec beaucoup de justesse.

Laurent Gérard incarne une vingtaine de personnage dans "Gérard, comme le prénom"

Laurent Gérard incarne une vingtaine de personnage dans "Gérard, comme le prénom"

© Xavier Béjot

Avant même le moindre mot, et une infime part d’accessoires, le comédien incarne ses personnages. Gestuelle, expressions du visage : une vingtaine d’individus prennent vie sur scène en une heure et quart de spectacle. L’écriture est rapide, incisive. Les références et les jeux de mots s’enchaînent à un rythme soutenu.

Le comédien livre ses expériences. Il évoque ses ressentis. Les interrogations de ses amis sur sa part de féminité et sa sexualité. Les inquiétudes de sa famille à l’idée qu’il parle d’eux. Les regards inquisiteurs à l’égard de son physique. Pour un portrait sensible de la société.

Rencontre avec Laurent Gérard :

Pourquoi être passé au one man show, après 15 ans de théâtre, de cinéma, de télévision?

Ca me chatouillait depuis quelques années. Je prenais des notes sur tout ce qui me faisait rire, vibrer, sur tout ce que j’avais envie de dire. Après une trentaine de pièces au service du texte des autres, j’avais très envie de monter seul sur scène. C’est une expérience nouvelle et inédite pour le comédien que je suis. Je ne pourrai pas vous dire tout ce que j’ai appris en un an seul sur scène, par rapport aux quinze années précédentes avec des troupes.


Qu’est-ce qui vous inspire ?

C’est ma vie que je raconte à travers une vingtaine de personnages, de situation. J’ai voulu être très sincère, et très drôle. Mon spectacle confirme que les deux sont parfaitement compatibles. J’évoque tout un tas de choses assez personnelles : ma part féminine, mon corps, ma famille, surtout ma mère et mon nom. On peut être dans l’intime mais avoir envie de faire rire de ça.

En parlant de votre nom, vous abordez dans un sketch votre quasi homonymie avec l’imitateur Laurent Gerra. Pourquoi est-ce important pour vous d’en parler ?

C’est symbolique, parce que c’est un spectacle identitaire. En appelant mon spectacle « Gérard comme le prénom » c’est  un clin d’œil pour  tenter d’éviter la confusion avec l’imitateur. Qu’on n’a d’ailleurs pas évité tous les soirs. Mais les spectateurs qui se sont trompés sont repartis enchantés.


Vous évoquez aussi l’actualité, les candidats à la présidentielle par exemple. Au bout de 10 mois de tournée, est-ce que votre spectacle a évolué ?

Je me sens comme un artisan qui chaque soir peaufine, affine, améliore. J’ai dépassé la 150e et le spectacle continue d’évoluer chaque soir. Je touche à des petits détails pour gagner du rythme, de l’efficacité, de l’humour et avec, évidemment, des raisonnances sur l’actualité. Depuis mon arrivée au théâtre des Mathurins [ndlr : depuis le mois de janvier], j’ai rajouté des personnages.


Vous incarnez une vingtaine de personnages dans votre spectacle. Vous jouez beaucoup sur les mimiques, les expressions du visage pour les différencier. C’est une chose sur laquelle vous avez beaucoup travaillé ?

Ce spectacle a réveillé en moi un bonheur d’interpréter une multitude de personnages. Je ne savais pas que je pouvais le faire avec un  tel amusement d’enfant. Parfois ça m’échappe, mon visage se met au service des personnages malgré moi. Même si j’ai commencé à prendre conscience de mon expression et à la travailler maintenant avec plus de précision.

Identité, différence, sexualité, minceur, politique, bourgeoisie : autant de thèmes abordés dans votre spectacle et souvent liés à l’actualité. Peut-on rire de tout ? Vous imposez-vous des limites dans votre écriture ?

Je ne me suis pas mis beaucoup de limites. Encore moins censuré, ou privé. Je crois à l’exigence, à la qualité d’une écriture ciselée, métaphorique qui permet de dire beaucoup de choses, y compris quelques horreurs sans que ce ne soit jamais vulgaire. Et je ne m'en prive pas. On peut rire de tout mais avec intelligence.


Et pour la suite ?

Je continue d’écrire, même si j’espère que cette première aventure va perdurer. Quand on prend goût à cet exercice, c’est comme une bonne drogue dure. J’aime bien la sensation du seul en scène, de pouvoir être son propre auteur. C’est assez grisant.