Denis Podalydès se démultiplie dans "Les Derniers Jours de l'humanité"

Par @sophiejouve1 Rédactrice en chef adjointe de Culturebox, responsable de la rubrique Théâtre-Danse
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 29/01/2016 à 16H57
Denis Podalydès dans "Les Derniers Jours de l'humanité"

Denis Podalydès dans "Les Derniers Jours de l'humanité"

© Christophe Raynaud de Lage/Comédie-Française

"Les Derniers Jours de l'humanité" proposés par David Lescot au Théâtre du Vieux-Colombier prennent la forme d'un caf'conc emmené par un Denis Podalydès caméléon. Un spectacle étonnant, qui trouve sa juste place dans les commémorations de la Première guerre mondiale.

Au départ une gageure. Adapter en 1H45 la pièce monumentale de l'Autrichien Karl Kraus sur la Grande Guerre. Cette œuvre grinçante, drôle et désespérée censée durer 24H et donner vie à plus de 500 personnages, englobe tous les genres, car l'auteur se veut l'écho de ce qu'il a vu et entendu, dans la rue, les casernes, les bureaux ministériels… et le front.

Sur un immense miroir en fond de scène, qui reflète un public acteur et témoin, sont projetées des archives qui rendent le conflit oh combien palpable. Un pianiste joue en bord de scène, quand apparait Denis Podalydès un livre à la main, annonçant avec humour la couleur : "On en a pour un petit moment !"  
Bruno Raffaelli et Denis Podalydès

Bruno Raffaelli et Denis Podalydès

© Christophe Raynaud de Lage

Ciné-concert fantaisiste et débridé

On attendait une lecture on se retrouve dans un ciné-concert fantaisiste et débridé où Podalydès enchaine les rôles de crieur de journaux, badaud, journaliste au service de la propagande, curé ou officier cynique, tandis que l'Autriche entre en guerre.

On retrouve ici tout le talent de David Lescot à rendre l'histoire accessible, et concrète la verve corrosive de Kraus, pourfendeur véhément de la guerre. C'était déjà le cas pour "Ceux qui restent", récits d'enfants rescapés du ghetto de Varsovie ou plus récemment avec sa pièce sur le climat, "Les glaciers grondants".
Une mise en scène de David Lescot

Une mise en scène de David Lescot

© Christophe Raynaud de Lage/Comédie-Française

Sylvia Bergé, Bruno Raffaelli et Pauline Clément (nouvelle pensionnaire du Français) en plus de jouer différents personnages, chantent avec talent aux côtés de Denis Podalydès.

Passerelles entre passé et présent

Grâce à un joli travail d'éclairage, ils semblent sortir des archives filmées, comme s'ils revenaient à nous, passerelles entre passé et présent.
Pauline Clément, nouvelle recrue de la Comédie-Française

Pauline Clément, nouvelle recrue de la Comédie-Française

© Christophe Raynaud de Lage/Comédie-Française

David Lescot réussit un tour de force en tirant de cette œuvre monstre, la substantifique moelle, l'horreur de la guerre et l'humeur d'une époque.

Mais au vu du projet de l'auteur, au vu de ces "Derniers Jours de l'humanité" que Karl Kraus a écrit presque quotidiennement tout au long de la guerre, on se dit qu'une introduction nous rappelant tout cela, aurait été bien utile.