"Les saveurs du palais" : d'Ormesson et Frot dans les cuisines de l'Elysée

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 11/09/2012 à 16H15
Jean d'Ormesson et Catherine Frot dans "Les saveurs du palais"

Jean d'Ormesson et Catherine Frot dans "Les saveurs du palais"

© DR

Catherine Frot incarne Hortense Laborie, une cuisinière du Périgord qui se retrouve du jour au lendemain à la tête de la cuisine privée de l'Elysée. Femme à poigne et de caractère, elle parvient à s'imposer malgré la lourdeur du protocole et la "guerre" que lui mènent les chefs de la cuisine centrale. Dans le rôle du président de la République, conquis par les plats savoureux et authentiques d'Hortense, l'académicien Jean d'Ormesson fait ses débuts de comédien à 87 ans. Le film est inspiré d'une histoire vraie : celle de Danièle Mazet-Delpeuch, qui fut la cuisinière personnelle de François Mitterrand à l'Elysée de 1988 à 1990. (Catherine Frot et Jean d'Ormesson seront les invités du Journal de 20 heures de France 2, samedi 15 septembre)

 

 

Après "La conquête" et "L'exercice du pouvoir", le cinéma s'intéresse à nouveau à la politique et aux coulisses de l'Elysée. Mais cette fois, et c'est une première, Christian Vincent nous plonge dans les cuisines du palais présidentiel, un lieu stratégique où là aussi se jouent des guerres de pouvoir. 

Catherine Frot est très convaincante en femme "terrienne", au caractère bien trempé, qui troque son gîte et sa ferme du Sud-Ouest contre les salons dorés de la République. Et il en faut du caractère pour s'imposer dans cet univers machiste et faire fi des mauvaises langues qui la surnomment "la du Barry", en référence au foie gras, bien sûr, qu'elle mitonne comme personne, mais aussi à la favorite de Louis XV ! Car, si la cuisinière ne devient pas la maîtresse du président, elle parvient néanmoins à le conquérir grâce à sa cuisine de "bonne femme", chargée de souvenirs d'enfance, et sa proximité avec le chef de l'Etat suscite des jalousies. 

La tâche a dû être difficile et l'ambiance particulièrement pesante, car au bout de deux ans, la reine du foie gras, exténuée, a rendu son tablier et s'est exilée au bout du monde, en Antarctique, où elle a officié comme cuisinière sur une base scientifique. Une partie du film se déroule d'ailleurs là-bas, dans des paysages âpres et sauvages qui contrastent avec les salons feutrés de l'Elysée. 

Un président gourmand

Autre réussite du casting : avoir confié le rôle du président à Jean d'Ormesson, dont la subtilité et le raffinement sont tout à fait compatibles avec la fonction. Profitant du désistement de Claude Rich, initialement prévu pour le rôle, l'académicien concrétise enfin, à 87 ans, son rêve de jouer la comédie. Avec son regard bleu acier malicieux, il incarne un chef de l'Etat séduisant et séducteur, gourmand des nourritures terrestres et intellectuelles, très proche en somme de l'idée qu'on se fait de François Mitterrand. Ses quelques scènes avec Catherine Frot sont savoureuses, notamment celle où ils entament tous les deux une discussion passionnée sur les livres de cuisine, alors que tout le monde attend le président qui doit partir pour une mission importante. 

Mais c'est avant tout la cuisine qui tient le rôle principal. Du foie gras aux truffes, en passant par le magret de canard, le chou farci au saumon, les pommes sarladaises et le Saint-Honoré débordant de Chantilly, la nourriture tient la vedette, envahit l'écran et nous met l'eau à la bouche. Un conseil : choisissez une séance juste avant le déjeuner ou le dîner... Voilà un film qui met en appétit. 

 

Affiche du film

Affiche du film

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