Au TNP, Michel Raskine bouscule joyeusement le "Triomphe de l’amour"

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 06/02/2014 à 16H20
Clémentine Verdier (Léonide) et Marief Guittier (Léontine) © Michel Cavalca

Le metteur en scène Michel Raskine récidive dans sa lecture moderne de Marivaux avec « le triomphe de l’amour » au TNP de Villeurbanne. Il présente cette pièce de théâtre du XVIIIe siècle comme un conte cruel et une fable politique.

Deux publics très distincts dans la petite salle du TNP ce soir-là. Un public âgé habitué des grands textes, à l’oreille attentive à la préservation du patrimoine théâtral, et un grand nombre de collégiens prêts à tout entendre mais peu formés (déformés ?) par les codes scéniques. Lequel de ces deux publics allait triompher à l’issue de cette représentation de l’une des plus célèbres pièces de Marivaux ?

La question peut être amusante car l’histoire de ce triomphe de l’amour est bien celle d’une opposition entre deux générations. L’histoire d’une jeune princesse manipulatrice à souhait pour arriver à ses fins : accéder à son jeune amoureux en dupant tout son entourage. Ainsi elle manipulera un vieux philosophe et sa sœur retirés du monde qui ont élevé le jeune homme dont elle est éprise. Elle matera la concupiscence des valets, Dimas et Arlequin, afin de développer son pouvoir amoureux et politique sur cette assemblée.
Stéphane Bernard (Dimas), Prune Beuchat (Corine), Maxime Mansion (Arlequin), Clémentine Verdier (Léonide, alias Phocion)

© Michel Cavalca
Dans un décor très stylisé, en noir et blanc, Michel Raskine qui signe aussi les costumes, distingue ces deux mondes, de la jeunesse et d’un âge mûr et délaissé. Les jeunes en habits de jeunes, bonnets, casquettes et costumes de ville, les vieux en noir et accessoires rappelant le XVIIIe siècle, tricorne et bas noirs. Mais il réalise surtout une lecture limpide et contrastée du texte de Marivaux grâce aux interprètes exceptionnels qu’il a réunis. A commencer par Clémence Verdier dans le rôle de Léonide, princesse de Sparte à la fois travestie en homme et amoureuse stratège du jeune Agis (Thomas Rortais). Rôle énorme pour une jeune comédienne dont elle sort triomphante, alternant légèreté et autorité, charme et perversité.

L’humour est développé avec ce qu’il faut d’outrance stylisée façon commedia dell’arte pour Stéphane Bernard (Dimas) et un rien hip hop pour Maxime Mansion (Arlequin) faisant du rentre-dedans à Prune Beuchat (Corine, suivante de la princesse). Enfin les anciens déshonorés sont portés à merveille par Marief Guittier (Léontine) et Alain Libolt (Hermocrate). L’amour peut rendre ridicule, ils le montrent avec talent. Michel Raskine fait alterner un jeu classique avec des joutes modernes, virant en une sorte de vaudeville tragique qui débouche sur un happy end façon Jacques Demy.

Jeunes et plus anciens s’y retrouvent avec bonheur. Tous les publics sortent ravis de ces liaisons dangereuses avec l’amour, signées Marivaux-Raskine.
Clémentine Verdier (Léonide) et Thomas Rortais (Agis)

© Michel Cavalca
"Le Triomphe de l’amour" de Marivaux, mis en scène par Michel Raskine au TNP de Villeurbanne jusqu’au 21 février