Alice au pays des merveilles revisité pour les Célestins à Lyon

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 23/12/2012 à 18H06
Alice au pays des merveiles - Le thé chez les fous 

Alice au pays des merveiles - Le thé chez les fous 

© Elmar Stolpe

Lewis Carroll ne l'avait pas imaginé ainsi mais pourquoi pas. Fabrice Melquiot et Renaud Cohen nous proposent une Alice acrobate, tout droit venue de Chine. Une heure trente de spectacle où les corps volent, se tordent, roulent, dansent jusqu'au salut final. Un cirque-poème fantastique à découvrir absolument aux Célestins -Théâtre de Lyon jusqu'au 1e janvier puis en tournée en Europe.

Le dramaturge Fabrice Melquiot prévient : il ne s'agissait pas pour lui de raconter l'histoire d'Alice mais de l'évoquer. Et c'est bien là le problème des adultes qui chercheront à suivre le conte tel qu'ils le connaissent. Finalement, à force d'acrobaties et de tours de passe-passe, le spectateur oublie cette quête et se laisse emporter dans le monde merveilleux du cirque-poème.

Les tableaux se succèdent comme une invitation au voyage et à la découverte du monde d'Alice, de cette Alice venue de Chine et de la troupe de Tianjin. Un moment de rêverie où Lewis Carrol devient acteur, une sorte de Monsieur Loyal qui guide Alice d'une aventure à l'autre et ce faisant tient la main du spectateur qui aurait peur de s'égarer. Dix-huit tableaux féériques s'enchainent ainsi, pretextes aux multiples tours acrobatiques. 

Cette Alice contemporaine revisite les aventures de l’héroïne du chef-d’œuvre de Lewis Carroll, sous les néons d’une Chine électrisée. On assiste à la rencontre improbable d’Alice et des mandarins acrobates. Et c'est bien cette confrontation entre l'univers symbolique de Lewis Carroll et la Chine grouillante du XXIe siècle qui rend ce spectacle inclassable. 

Tout le talent de la mise en scène réside dans le fait d'avoir pu rendre visibles les transformations de l'héroine ; tantôt Petite Alice, tantôt Grande Alice au fil des aventures. Une dualité du personnage qui peut parfois troubler mais qui imprime un rythme particulier à l'histoire.

Dernier repère pour les puristes de l'oeuvre de Lewis Carroll, Hao Chan, qui interprète Petite Alice, est tout simplement incroyable. Au-delà de ses prestations acrobatiques, la jeune artiste semble s'amuser plutôt que de jouer la comédie. Et elle finit par ressembler à Alice telle qu'on l'imagine : curieuse, capricieuse ou joueuse. Pourtant, le pari n'était pas gagné car cette fillette asiatique est assez éloignée de l'image occidentale d'Alice, que ce soit celle de la couverture du livre de Lewis Carroll encore de l'Alice au long cheveux blonds à laquelle Disney nous avait habitués. Peu importe, la magie opère. Même la scène du thé chez les fous fonctionne parfaitement. Tout comme celle de Walt Disney qui aura marqué des générations d'enfants.

Alice et les drôles de rencontres 

Fidèle au roman de Lewis Caroll, Alice va de rencontres en découvertes. Autant d'occasions de vivre des moments d'angoisse ou d'éblouissement. Sa rencontre avec le chat du Cheshire est un de ces instants ou le temps s'arrête, où l'histoire marque une pause. Le jeune contorsioniste Bi Jinyi force l'admiration. Avec une facilité déconcertante et un constant sourire aux lèvres, il se livre à un numéro de contorsion absolument exceptionnel. On ne sait si on doit y croire, on se dit que ça y est , on est aussi au pays des merveilles, et que cet animal se joue de nous.

Le chat du Cheshire dans un numéro époustouflant

Le chat du Cheshire dans un numéro époustouflant

© France 3 / Culture box


La musique 

Si le talent des acrobates et la qualité de la mise en scène font à coup sûr de cette adaptation un spectacle réussi, négliger l'importance de la musique serait une erreur. Signé du compositeur Christian Boissel, la bande-son a été éxécutée par l'orchestre national d'instruments traditionnels de Tianjin. Ses sonorités sont une autre référence à la Chine d'aujourd'hui. Une création particulièrement présente, qui n'est pas là que pour accompagner le jeu mais bien pour le renforcer, voire l'imposer.

On se croirait par moment dans un film du réalisateur Hong-Kongais Johnnie To où l'ambiance sonore est également omniprésente. Une bande-son qui souligne parfois la violence d'une scène, comme l'évocation d'un pays en plein développement et qui ne laisse aucune chance au hasard. Et c'est bien le sentiment que l'on a en sortant de ce spectacle : un moment de poésie dont la réalisation ne laisse rien au hasard.