Chroniques d'une haine ordinaire, Desproges revisité avec bonheur par Didym

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 07/11/2012 à 10H27
Christine Murillo et Dominique Valadié

Christine Murillo et Dominique Valadié

© Eric Didym

Michel Didym met en scène son deuxième spectacle à partir des textes de Pierre Desproges. « Chronique d'une haine ordinaire » est en tournée en France en cet automne 2012. Composé de différents textes piochés dans l'oeuvre de l 'humoriste et finement articulés, il est interprété par deux comédiennes, Christine Murillo et Dominique Valadié.

S'emparer des textes de Pierre Desproges pour les faire dire par d'autres que lui reste toujours un exercice périlleux. Plusieurs émissions de télévison on achoppé sur  cette évidence : Pierre Desproges écrivait « dans sa voix ». Le rythme de ses phrases, le choix des mots, l'agencement du rythme, tout était fait pour sa propre musicalité. Il suffit de lire Desproges, on entend sa voix.
La bonne idée du spectacle mis en scène par Michel Dydim (qui affirme, mais comment le croire, qu'il n'avait jamais vu Desproges à la télévision!), aura été de les confier à deux comédiennes qui se les approprient sans les trahir.

Présentation du spectacle par le Théâtre des Célestins

Un duo étonnant

Christine Murillo et Dominique Valadié, deux anciennes de la Comédie Française, forment un duo étonnant. Leur interprétation à deux femmes de textes écrits pour un homme seul sonne juste à tous les moments. Dans un décor minimaliste et une mise en scène très légère, elles apportent une note de burlesque parfois inattendue. Quand l'une paraît emprunter une expression à Harpo Marx, l'autre évoque certains dessins humoristiques de Don Martin.

Une redécouverte

Le choix des textes est lui aussi très adroit. On en retrouve certains très connus, mais ce ne sont pas les plus nombreux. On est alors surpris de s'apercevoir que contrairement à ce que l'on croyait, on ne connaissait pas si bien que cela l'oeuvre de Desproges. Ce qui n'empêche pas de rire à certains textes très célèbres auxquels l'interprétation de Christine Murillo et Dominique Valadié donne une nouvelle jeunesse.

Déjà 25 ans

Mais le temps passe et Pierre Desproges est mort il y aura déjà bientôt 25 ans (étonnant, non ?). Certains de ses textes parlent d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. A Lyon, dans le magnifique théâtre des Célestins où le spectacle fait halte jusqu'au 10 novembre 2012, les noms de Pierre Mauroy, Charles Pasqua, l'évocation de prix en francs et certaines allusions à la France des années 80 passaient largement au dessus de la tête de spectateurs autour de la vingtaine. Didym a eu la bonne idée de s'abstenir de les mettre au goût du jour. Certains l'auraient osé.

L'un des textes de Pierre Desproges repris dans le spectacle théâtral

Malgré le temps

Dire que ce spectacle donne envie d'aller réécouter Desproges « dans son jus » ne sera pas faire injure aux deux comédiennes., Au contraire, par delà les années elles ont prouvé que la littérature desprogienne est bien armée pour affronter le temps qui passe. Et si jamais vous passez par la division 10 du cimetière du Père-Lachaise, pas très loin de la sépulture de Chopin, glissez à celui qui n'occupe pas la tombe portant son nom (il a été incinéré et ses cendres répandues là), que sa petite musique cynique et provocatrice a trouvé de nouvelles interprètes à sa hauteur.

Chronique d'une haine ordinaire. Textes de Pierre Desproges, mise en scène de Michel Didym avec Christine Murillo et Dominique Valadié .
Au théâtre des Célestins, à Lyon, du 6 au 10 novembre 2012. Du 15 au 18 novembre à Boulogne-Billancourt au Théâtre de l'Ouest Parisien.