Castellucci : le procès des catholiques intégristes a commencé

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 01/02/2013 à 17H05
"Sur le concept du visage du fils de Dieu" au festival d'Avignon

"Sur le concept du visage du fils de Dieu" au festival d'Avignon

© AFP/ A.C. Poujoulat

34 catholiques intégristes ont été jugés vendredi par le tribunal correctionnel de Paris pour avoir perturbé en octobre 2011 le déroulement d'une pièce qu'ils jugeaient "blasphématoire" au Théâtre de la Ville à Paris. Initialement prévu en mars 2012, le procès avait été reporté deux fois en raison de questions de procédure.

Les 34 prévenus, dont 18 étaient présents, encourent 3 ans de prison et 45.000 euros d'amende pour avoir "de manière concertée" et par "voies de fait, destructions ou dégradations" fait entrave à la liberté d'expression.

Les 22, 23 et 26 octobre 2011, ils avaient été interpellés après avoir interrompu au bout de moins d'une demi-heure la pièce de l'Italien Romeo Castellucci intitulée "Sur le concept du visage du fils de Dieu", en montant sur la scène où ils avaient prié et chanté des cantiques. Certains avaient utilisé des sifflets et lancé des boules puantes dans la salle de spectacle, en criant des slogans tels que "cathophobie, ça suffit" ou "à bas la République".

Le spectacle perturbé pendant une semaine
Durant une semaine, des centaines de manifestants portant crucifix, chapelets et bannières du Sacré Coeur s'étaient rassemblés devant le théatre à l'appel de mouvements tels que Civitas ou le Renouveau Français, afin de perturber le spectacle. Ils criaient à la "christianophobie" à cause des dernières minutes de la pièce où un visage géant du Christ semble souillé par des excréments, écho de la souffrance des deux personnages, un vieillard incontinent et son fils qui le lave et le change.

Selon l'un des avocats de la défense, Me Jerôme Triomphe, "la trentaine de prévenus" qui ont "de 25 à 67 ans" et comptent deux femmes, ont des profils très variés : étudiant, cadre supérieur, magasinier, réceptionniste, maquilleur, retraité...

A l'audience, les prévenus ont cherché à démontrer qu'ils ne s'étaient pas concertés pour monter leur action. La majorité a assuré ne connaître les autres prévenus que pour les avoir croisés dans leurs paroisses, nombre d'entre eux fréquentant Saint-Nicolas du Chardonnet, principal lieu de culte parisien des catholiques traditionalistes. Plusieurs ont dit avoir acheté leurs places "à la sauvette" parmi les manifestants, afin de se faire leur "opinion personnelle" sur la pièce. L'audience doit se poursuivre le 15 février.