Banco : le "Jeu des 1000 euros" en pièce de théâtre

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 20/12/2013 à 11H13
Le jeu des mille euros, mise en scène Bertrand Bossard

Le jeu des mille euros, mise en scène Bertrand Bossard

© Christophe Raynaud de Lage

"Chers amis, bonjour !": lorsque le comédien Bertrand Bossard lance son salut, un rire parcourt la salle. Pour un peu, on se croirait vraiment à l'enregistrement du Jeu des 1.000 euros de France Inter, dans l'euphorie du fameux "Banco, banco !"

Mais on est au théâtre, à Jeumont près de Maubeuge, où se joue la pièce "Le jeu des 1000 euros", avant de se poser deux semaines, du 10 janvier au 1er février au théâtre de la Commune à Aubervilliers, en proche banlieue de Paris.
"J'avoue que quand j'ai vu pour la première fois Bertrand Bossard dans mon rôle, j'étais troublé", reconnaît Nicolas Stoufflet, animateur du "vrai" Jeu des 1.000 euros depuis 2008. Enthousiasmé par le projet, Nicolas Stoufflet a beaucoup discuté pendant la gestation avec l'auteur Bertrand Bossard et a vu la pièce deux fois. Mercredi et jeudi, il a enregistré le jeu en public au théâtre de la Commune, où sera montée la pièce en janvier.

Un jeu des 1000 euros futuriste

Les similitudes sont frappantes: même rituel de questions bleues, blanches et rouges. Même petit instrument, le "métallophone", une sorte de xylophone qui rythme le passage des secondes. Dans le "vrai" jeu, c'est Yann Pailleret, l'homme de la logistique, qui bat la mesure, imperturbable.

Dans la pièce de théâtre, le métallophone sonne faux, les questions déraillent, les candidats confisquent la parole pour de longues envolées sur le romantisme allemand ou l'homme révolté, et la réflexion prend le pas peu à peu sur le rire.
Jeu des mille euros futiriste
"Je voulais qu'on reconnaisse le jeu, mais aussi qu'on soit déstabilisé", explique Bertrand Bossard. La pièce se déroule dans un monde futuriste, où le savoir est interdit et les esprits domestiqués. Deux survivants ressuscitent le "Jeu des mille euros", comme un acte de résistance dans une société lobotomisée.

La pièce commence sur un extrait de "2001 l'Odyssée de l'espace" et se termine par une ballade dans un cerveau géant, dans la pensée du philosophe Gilles Deleuze. Entre les deux, on rit, on répond aux questions bleues, blanches et rouges, on écoute un extrait sonore, différent dans chaque ville où est jouée la pièce. A Jeumont, commune frontalière à quelques kilomètres de Maubeuge dans le Nord, deux jeunes du conservatoire jouent "Le Clair de Lune à Maubeuge". La salle fredonne, ravie.

"Populaire mais pas populiste"

"La pièce permet une participation du public qui est finalement très rare au théâtre", constate Bertrand Bossard. Comme dans le "vrai" jeu, les spectateurs montent sur scène. Les comédiens dissimulés parmi les candidats se découvrent au fur et à mesure du jeu.

Pour Bertrand Bossard, le Jeu des mille euros est une "liturgie républicaine". "Populaire mais pas populiste", avance pour sa part Nicolas Stoufflet. Il défend "un jeu unique, qui garde une vivacité extraordinaire malgré son ancienneté". Pour preuve une audience record sur la tranche horaire, avec 1,2 million d'auditeurs. Depuis la création en 1958 par Henri Kubnick, l'émission a pourtant failli être supprimée à la retraite de son animateur vedette Lucien Jeunesse en 1995. Face au tollé des auditeurs, France Inter la relance avec Louis Bozon, qui parcourt la France jusqu'en 2008 et lance les émissions spéciales "jeunes". "Le savoir évolue. On ne pose plus autant de questions napoléoniennes aujourd'hui !"

Nicolas Stoufflet jure que "le niveau ne baisse pas", mais reconnaît que les jeunes sont "moins bons en géographie, meilleurs en sciences". L'esprit du jeu, lui, n'a pas changé: on ne vient pas pour l'argent mais pour tester sa culture. "C'est pas show-biz du tout, les gens viennent en famille, enfants, parents et grands parents", souligne Nicolas Stoufflet. "C'est une fête. Je n'ai en face de moi que des sourires".

Le jeu des 1000 euros
Mise en scène de Bertrand Bossard, avec Louise Belmas, Vincent Berger, Bertrand Bossard et Benjamin Farfallini
Du 10 janvier au 1er février 2014 au Théâtre de la commune à Aubervilliers