Avignon Off : La pièce posthume de Charb jouée sous haute surveillance

Par @Culturebox
Mis à jour le 16/07/2017 à 10H46, publié le 15/07/2017 à 16H47
Charb dans son bureau de Charlie Hebdo.

Charb dans son bureau de Charlie Hebdo.

© Richard Brunel / La Montagne / MaxPPP

Il a été annulé à Lille et refusé par plusieurs théâtre d'Avignon. Pourtant, le spectacle inspiré par le texte de Charb "Lettre aux escrocs de l'islamophobie qui font le jeu des racistes", a trouvé le moyen d'être joué au Off d'Avignon. La première des cinq représentations s'est tenue vendredi soir au Théâtre de l'Oulle sous haute surveillance.

"La salle a été fouillée ce matin par la brigade anti-terroriste, et les accès sont strictement surveillés",indique le directeur du Théâtre de l'Oulle Laurent Rochut. Un car de CRS est garé à proximitéde la place Crillon, très animée, et toutes les entrées du théâtre sont gardées. Deux vigiles embauchés par le théâtre procèdent à une double fouille des sacs, avant que les spectateurs puissent enfin s'assoir dans la petite salle de 194 places.
Affichette pour la pièce inspirée d'un texte de Charb à Avignon.

Affichette pour la pièce inspirée d'un texte de Charb à Avignon.

© Sophie Jouve / Culturebox

"Aux chiottes les religions"

Davantage qu'une véritable pièce, le spectacle propose une lecture par Gérald Dumont du texte de Charb, accompagné de vidéos et de dessins. Le public, acquis aux idées du dessinateur, rit aux dessins davantage qu'au texte plutôt austère, qui défend une laïcité intransigeante et pourfend toutes les religions.
 
"Aux chiottes toutes les religions", proclame un dessin projeté sur l'écran. Un autre dessin, "un débat sur la laïcité, c'est aussi chiant que la messe" déclenche les rires, alors qu'un débat est justement prévu à l'issue du spectacle.
"Je reconnais que les dessins peuvent être choquants pour certains, mais ça permet de poser des questions, même si c'est virulent", confie Jean, Avignonnais de 35 ans venu voir le spectacle.  "C'est essentiel pour la liberté d'expression que la pièce ait pu être jouée", renchérit Joris, 32 ans.

Dans le débat qui suit la représentation, Marika Bret retrace la carrière de Charb, depuis les 16 ans où il avait "deux rêves, rencontrer Cabu et entrer à Charlie Hebdo". Un hommage partagé avec émotion par la salle pleine de ce premier soir.
Le directeur du Théâtre de l'Oulle Laurent Rochut.

Le directeur du Théâtre de l'Oulle Laurent Rochut.

© Jérôme Rey/Photo PQR La Provence/MaxPPP

 

Parcours chaotique jusqu'à l'Oulle

Le Théâtre de L'Oulle s'est proposé en avril dernier après le refus de deux théâtres avignonnais pour accueillir la lecture du texte posthume de Charb, finalisé le 5 janvier 2015, deux jours avant l'attaque terroriste contre Charlie Hebdo dans laquelle il a été tué.

Le texte a été présenté de manière plutôt confidentielle une dizaine de fois dans des médiathèques, salles municipales ou centres culturels.

L'annulation d'une représentation par l'université Lille 2 en mars dernier "par crainte de débordements", selon son recteur, avait soulevé une polémique. D'autant que le spectacle n'a pas été retenu par les deux théâtres du Off approchés, la Manufacture et L'Entrepôt.

Les responsables du spectacle, le comédien et metteur en scène lillois Gérald Dumont et la directrice des ressources humaines de Charlie Hebdo Marika Bret avaient alors dénoncé une "censure sécuritaire".

Pour leur part, les directeurs des deux théâtres concernés ont invoqué des raisons artistiques et la faiblesse du dossier présenté. Le directeur de la Manufacture Pascal Keiser a nié fermement avoir cédé à une crainte de type sécuritaire, soulignant qu'il a programmé du 6 au 11 juillet une pièce sur les dernières heures du jihadiste Mohamed Merah ("Moi, la mort, je l'aime comme vous aimez la vie"), contestée depuis par les avocats de proches de victimes.

Mais pour Laurent Rochut, directeur de L'Oulle, "il était inconcevable que Charb ne trouve pas sa place dans le Off".