Décès d'André Courrèges, le couturier qui a révolutionné la mode

Par @Culturebox
Mis à jour le 11/01/2016 à 09H14, publié le 08/01/2016 à 17H36
André Courrèges (1967)

André Courrèges (1967)

© AFP

André Courrèges est mort à l'âge de 92 ans à son domicile de Neuilly-sur-Seine, près de Paris, a annoncé la maison Courrèges. Le couturier anticonformiste a symbolisé dans les années 1960 la révolution vestimentaire avec ses mini-robes, ses collants seconde peau, ses petites bottes blanches et son style futuriste.

André Courrèges est décédé "après un long combat de plus de trente ans contre la maladie de Parkinson", indique la maison dans un communiqué. Il s'est éteint dans son sommeil, a précisé sa nièce Perrine Durandeau.

Symbole de la révolution vestimentaire des années 1960 avec Pierre Cardin et Paco Rabanne, André Courrèges, qui était au départ ingénieur des Ponts et Chaussées, est devenu un styliste anticonformiste, a imposé la minijupe et a contribué à introduire dans la mode le vinyle et un blanc omniprésent, ses matière et couleur fétiches.
Courrèges au milieu de ses modèles en 1976

Courrèges au milieu de ses modèles en 1976

© Staff/AFP

Onze ans chez Balenciaga

André Courrèges est né en 1923 à Pau. Ce fils de majordome est passionné d'architecture et de peinture. Après ses études d'ingénieur, il monte à Paris, suit des cours à l'Ecole de la chambre syndicale de la couture parisienne et travaille pendant onze ans chez le couturier Balenciaga, qui lui apprend le métier. Il y rencontre sa femme.

Indissociable, le couple Courrèges, André et Coqueline, ouvre en 1961 sa propre maison de couture qui connaît vite un succès phénoménal. En 1963, Courrèges habille les femmes en pantalon. Il reprend en 1965 dans sa collection la minijupe, lancée en 1962 en Angleterre par Mary Quant. En 1968, il crée les pantacourts. Avec ses vêtements aux lignes pures et architecturées, il sait capter l'esprit du temps et marquer son époque en insufflant un vent de jeunesse et de futurisme en vogue.
André Courrèges 1969
"Le vêtement doit échapper aux conventions", jugeait le couturier, pour qui la mode n'était "pas un modèle mais un mode de vie". Pressentant les bouleversements à venir de la société à la veille de 1968, il a compris très tôt que les femmes ne sont plus cantonnées au rôle d'épouse : elles conduisent et gagnent leur vie.
Une minirobe de Courrèges en 1965

Une minirobe de Courrèges en 1965

© Sharok Hatami / REX / Shutterstock / SIPA


Des bottines plates pour se remettre en position de marche

Lui qui considérait "une journée de travail (comme) une épreuve sportive" a commencé par remettre les femmes en position de marche, délaissant les hauts talons pour des bottines plates. Ce qui l'a obligé à revoir "les proportions du  corps féminin", expliquait Valérie Guillaume dans "Courrèges" (Ed Assouline, 1998).
   
Chapeau sur la tête pour grandir la silhouette, le vêtement est arrimé aux épaules, le pied et la jambe sont couverts jusqu'à mi-mollet d'une botte ou d'une chaussette. "En utilisant les épaules comme point d'appui, je faisais ainsi décoller le vêtement du corps", disait-il.

Courrèges est aussi l'inventeur du collant "seconde peau" fait d'une seule pièce, allant des pieds aux bras, à glisser sous des robes chasubles ou à porter avec des blousons en vinyle. Sans oublier les célèbres lunettes blanches rondes à fentes horizontales.
Françoise Hardy habillée en Courrèges, en 1973

Françoise Hardy habillée en Courrèges, en 1973

© Cinello / SIPA


Courrèges veut rendre la couture accessible à toutes

Il va habiller des stars du cinéma et de la chanson comme Romy Schneider, Catherine Deneuve, Brigitte Bardot, Françoise Hardy, et aussi les femmes de présidents et les femmes politiques, de Jackie Kennedy à Claude Pompidou et Edith Cresson.

Le succès est tel qu'en 1966 et 1967, lassé d'être copié, André Courrèges  décide de ne plus défiler. Il va jusqu'à fermer sa maison pour mettre au point  sa "couture future", de la couture accessible à toutes grâce à une fabrication en série, début du prêt-à-porter.
   
En 1970, après la naissance de sa fille Marie, il crée une nouvelle ligne "hyperbole", pour les plus jeunes qui vient s'ajouter à "haute couture",  "couture future" et "Sport futur", ligne sportswear élaborée par ce grand sportif.

Deux ans plus tard, il ouvre une usine à Pau, un bâtiment futuriste à la  pointe de la technologie dont il dessine les plans, pour réaliser les collections. Cette même année, il crée les uniformes officiels des jeux Olympiques de Munich.

Des défilés qui sont de vrais concepts

Ses défilés sont de vrais concepts, avec l'installation d'une gigantesque bulle transparente dans le Jardin des Plantes à Paris en 1980. En 1985, il investit un grand hôtel de Tokyo pour un événement mode et musique au cours duquel les plus grands airs de la musique française sont interprétés par 130 musiciens.

André Courrèges avait pris sa retraite en 1994 pour se consacrer à la peinture et la sculpture, laissant sa femme poursuivre l'activité de la maison, qu'ils avaient finalement vendue en 2011. Elle a pris un nouvel essor avec l'arrivée à la direction artistique l'an dernier du duo Arnaud Vaillant et Sébastien Meyer.

"Toute sa vie, André Courrèges, avec Coqueline, n'a cessé d'avancer, d'inventer pour toujours devancer : un créateur visionnaire qui voyait déjà ce que serait le 21e siècle et qui croyait dans le progrès. C'est ce qui rend si moderne Courrèges aujourd'hui", ont déclaré Frédéric Torloting et Jacques Bungert, les co-présidents du groupe Courrèges.

Ses obsèques auront lieu lundi après-midi dans une église de Pau.

François Hollande a rendu hommage vendredi à un "créateur révolutionnaire" qui a "marqué de son empreinte la haute couture française".

Son portrait par E.Colin, J.Benzina et M.Renier :