La série "Thirteen Reasons Why" fait augmenter les recherches Google sur le suicide

Par @Culturebox
Mis à jour le 01/08/2017 à 16H07, publié le 01/08/2017 à 16H00
L'actrice Katherine Langford campe le personnage de Hannah Baker, une lycéenne qui s'est suicidée. La série est adaptée du best-seller de Jay Asher.

L'actrice Katherine Langford campe le personnage de Hannah Baker, une lycéenne qui s'est suicidée. La série est adaptée du best-seller de Jay Asher.

© Netflix

La série controversée "Thirteen Reasons Why", diffusée sur Netflix et qui raconte l'histoire d'une adolescente mettant fin à ses jours, a provoqué une nette augmentation des recherches sur internet sur le suicide et les moyens de se suicider.

Le constat vient d'une étude, parue lundi 31 juillet dans le Journal of the American Medical Association, Internal Medicine. Selon les scientifiques, la série de Netflix "Thirteen Reasons Why" a entraîné une hausse de 19% des recherches portant sur le suicide et les moyens de se suicider sur Internet. L'étude n'a pas observé l'évolution du nombre de suicides. Cet accroissement des recherches est préoccupant selon les scientifiques, qui exhortent Netflix à retirer sa série pour la modifier.

Entre 900 000 et 1,5 million de recherches supplémentaires

"Il y a eu entre 900.000 et 1,5 million de recherches supplémentaires sur le suicide durant les 19 jours ayant suivi la diffusion de la série", précise Mark Dredze, professeur de science informatique à l'université Johns Hopkins. Des requêtes telles "Comment se suicider" ont augmenté de 26% tandis que les mots clé "se suicider" étaient en hausse de 18% et "comment mettre fin à ses jours" de 9%. Des recherches sur "la prévention du suicide" ont fait un bond de 23%.

Les chercheurs ont analysé les tendances des recherches sur Google aux Etats-Unis entre le 31 mars, premier jour de diffusion de la série, et le 18 avril. Ils ont arrêté leur étude à cette date en raison du suicide en prison de l'ancienne vedette de football américain, Aaron Hernandez, le 19 avril, qui aurait faussé leurs travaux.

Les auteurs ont comparé les données recueillies avec celles des trois mois ayant précédé la diffusion de la série adaptée du best-seller de l'écrivain Jay Asher. "Thirteen Reasons Why" ("Treize raisons pourquoi"), produite par la chanteuse Selena Gomez, a rencontré un vif succès chez les jeunes. Elle montre un ami écoutant le journal enregistré par une adolescente avant qu'elle ne se suicide et dans lequel elle décrit ses difficultés.

Une campagne de sensibilisation pendant la diffusion de la série inutile ?

"Il n'est pas vraiment possible de savoir si certaines de ces recherches sur internet sont directement liées à des suicides mais de précédentes études ont mis en évidence un lien entre un accroissement de ces recherches sur les moyens de mettre fin à ses jours et l'acte lui-même", relève John Ayers, professeur à la faculté de santé publique de l'université d'Etat de San Diego.

La diffusion de "Thirteen reasons why" a coïncidé avec une sensibilisation aux moyens d'empêcher le suicide. Le compte Twitter de la série contient notamment un lien vers 13reasonswhy.info, avec numéros d'assistance à contacter et informations de prévention dans le monde entier.

Mais "nos résultats confortent les pires craintes des critiques de cette série selon lesquels elle a peut-être inspiré un grand nombre de personnes avec des idées suicidaires à passer à l'acte en recherchant des informations sur comment procéder", poursuit le chercheur.

Netflix, le diffuseur de la série, s'est défendu dans un communiqué : "Nous avons toujours pensé que cette série susciterait davantage de discussions sur ce sujet difficile et cette intéressante étude quasi-expérimentale le confirme." "Nous sommes intéressés par davantage de recherche sur le sujet et à utiliser tout ce que nous apprenons dans la préparation en cours de la seconde saison", a souligné la plateforme vidéo.

Respecter les directives de l'OMS

Les chercheurs estiment que les conséquences potentiellement néfastes de cette série auraient pu être évitées en suivant les recommandations existantes. "L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a publié des directives pour les médias afin d'éviter justement ce problème", explique Jon-Patrick Allem de l'université de Californie du Sud, qui a participé à l'étude.

L'OMS a notamment déconseillé de montrer le suicide lui-même ou de l'évoquer longtemps dans une série ou un film. Or "Thirteen reasons why" consacre 13 heures à une victime de suicide, montrant même l'acte avec de nombreux détails macabres, déplorent les auteurs de l'étude.

"Ces problèmes sont exacerbés par le fait que ces images en ligne soient accessibles pendant très longtemps et puissent être ainsi vues par un très grand nombre de personnes", relève Eric Leas, de l'université d'Etat de San Diego. De ce fait, "nous pressons Netflix d'arrêter la diffusion de la série et de la modifier pour se conformer aux recommandations de l'OMS avant de la rediffuser", conclut le professeur Ayers.