La mort du grand journaliste et documentariste Henri de Turenne

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 25/08/2016 à 13H40
Henri de Turenne le 16 mai 1951 à Paris, tenant son livre "Retour de Corée

Henri de Turenne le 16 mai 1951 à Paris, tenant son livre "Retour de Corée

© Intercontinentale / AFP

Le journaliste et documentariste Henri de Turenne, l'un des grands noms de la presse et télévision française, est mort mardi dans son sommeil à l'âge de 94 ans, a-t-on appris jeudi auprès du jury du prix Albert Londres, dont il était membre.

Journaliste de presse écrite à l'origine, Henri de Turenne, né le 19 novembre 1921 à Tours, avait débuté sa carrière à l'Agence France Presse, à Berlin puis à Washington dans l'immédiate après-guerre.

En 1951, ses reportages pour le Figaro pendant la guerre de Corée lui valent le prix Albert Londres, le plus prestigieux de la presse française. Il passe ensuite à France Soir, sous la férule du légendaire Pierre Lazareff, qu'il quitte en 1964 pour se consacrer à l'image. "Ce journal a été tué par la télévision", disait-il.

Pionnier des grands documentaires historiques

Après quelques reportages pour l'émission "Cinq colonnes à la Une", il lance son magazine de reportage, "Camera 3", puis invente le concept des grands documentaires historiques, basés sur des archives, avec les séries "La Seconde Guerre mondiale" et "Les grandes batailles".

François Mauriac répond à Henri de Turenne et Philippe Labro dans "Caméra 3" (6 juin 1967)

Sa série sur la guerre du Vietnam, produite avec Channel 4 en Angleterre et une chaîne de Boston aux États-Unis, lui vaut un Emmy Award.

"Mieux informer les gens pour les rendre plus tolérants"

"Pour moi la télévision, c'était atteindre le plus grand nombre. Mieux informer les gens pour les rendre plus tolérants. On se sentait vraiment une vocation, un peu comme des profs", avait coutume de dire celui qui, sur ses étagères, avait toutes les récompenses mais assurait qu'il s'agissait avant tout d'un "travail d'équipe".

Henri de Turenne figure parmi les 24 membres fondateurs de la Société civile des auteurs multimédia (Scam), qu'il a présidé de 1983 à 1987. Et c'est à son initiative que le prix Albert Londres a créé en 1985 son prix audiovisuel, dont le premier a été attribué à Christophe de Ponfilly.

"Henri, c'était l'élégance, l'érudition, la rigueur incarnées, même s'il n'aimait rien tant que l'audace en matière de journalisme, en écriture, en choix de sujet", a déclaré à l'AFP Annick Cojean, présidente du jury Albert Londres. "C'était l'ainé de notre jury (...) mais nous avions parfois l'impression que c'était le plus jeune d'entre nous tant il était fougueux, rétif à tous les formatages pouvant brider la liberté d'informer."

Quand Henri de Turenne comparait les mondes diplomatique et cinématographique (1958)...
Henri de Turenne, interviewé par France Roche, donne son analyse du monde du cinéma lors du festival de Cannes, le 8 mai 1958