Emmy Awards : record battu par "Game of Thrones", chef d'oeuvre d'ultra-violence à la télévision

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 19/09/2016 à 10H08
Game of Thrones, Kit Harington, 2011

Game of Thrones, Kit Harington, 2011

© Hbo / The Kobal Collection / AFP

"Game of Thrones", qui est devenu dimanche le programme de fiction le plus capé de l'histoire des Emmy Awards, captive le public depuis six saisons avec ses intrigues spectaculaires, son monde fantastique et surtout, sa violence extrême.

La saga a déjà récolté 38 Emmys depuis son lancement sur la chaîne à péage HBO en 2011. Elle dépasse donc la comédie "Frasier", qui détenait le record avec 37 Emmys. Dimanche, GoT a été sacrée meilleure série dramatique comme l'an dernier. En revanche, ses acteurs sont rentrés bredouilles. "Game of Thrones est l'un des plus grands exploits à la télévision sur tous les critères possibles" s'enthousiasme Jonathan Kuntz, professeur à UCLA School of Theatre Film and Television.

La série créée par David Benioff et D.B. Weiss, adaptée des romans de George R. R. Martin, "invente tout un monde, un peu comme 'Lord of the Ring' ou 'Harry Potter', parmi les plus fabuleuses fictions de l'ère moderne", ajoute-t-il. Son succès phénoménal tient à sa narration haletante, avec des personnages centraux brusquement éliminés, des caractères complexes, du surnaturel, du sexe, et une interprétation magistrale saupoudrée d'effets spéciaux maîtrisés. 

Reportage : N.Lemarignier,, S.Gripon, M.Robquin, A.Cosqueric

Violence débridée

Mais ce qui la définit aussi, c'est sa violence débridée : meurtres sanglants, torture, mutilations, décapitations, défenestrations, suicides, empoisonnements et aussi une brutalité sexuelle avec des scènes de viol qui ont choqué l'Amérique. "Le sexe et la violence jouent un rôle clé dans la série", remarque Jonathan Kuntz.

Pour lui, le fait que le monde de "Game of Thrones" soit fictif et situé dans un passé aux moeurs féodales et primitives permet aux scénaristes de donner libre cours à cette sauvagerie sans limites. Un peu comme dans le monde de gladiateurs dans la série "Spartacus". "En même temps ce n'est jamais gratuit, ça contribue à l'histoire, à la contruction des personnages", à leur quête de pouvoir et à leurs névroses", assure M. Kuntz. Le réalisme de ces scènes sanguinolentes doit beaucoup aux effets spéciaux mais les réalisateurs ont expliqué dans Time avoir utilisé de la vraie viande déchiquetée pour mieux évoquer à l'écran les corps massacrés.

Contamination des chaînes historiques

Les chaînes câblées payantes comme HBO utilisent la violence et le sexe depuis longtemps pour appâter les téléspectateurs, alors que le choix est presque sans limite. Dès 1997, "Oz", sur la vie dans une prison de haute sécurité, n'épargnait aux téléspectateurs ni les têtes fracassées ni les parties génitales arrachées.

Puis "Les Sopranos", sur la vie d'un chef mafieux en proie aux doutes existentiels, a ouvert au début des années 2000 une ère de séries de très grande qualité où la brutalité est constante: "Breaking bad" sur un professeur de chimie qui devient trafiquant de méthamphétamines, "The Wire" sur le trafic de drogue, les gangsters de "Boardwalk Empire", les tueurs en série de "Dexter"...

Cette férocité a contaminé les chaînes historiques. NBC diffuse "Hannibal" consacré au psychopathe, rendu célèbre par Anthony Hopkins dans "Le silence des agneaux". Le sous-genre des zombies et vampires connaît aussi un âge d'or avec le succès de "The Walking Dead", qui bat des records d'audience dans le monde entier.

"Ça parle d'intrigues politiques et de problèmes qui rappellent ceux d'aujourd'hui"

Ce déferlement de brutalité témoigne-t-il de celle de la société américaine? Pour Robert Thompson, professeur de culture populaire à l'université de Syracuse, "nous vivons dans une société violente mais depuis toujours". "La Bible, l'Iliade sont empreints de sauvagerie, Shakespeare était violent. Lady Macbeth n'arrive pas à laver le sang de ses mains", remarque-t-il.

Pour Jonathan Kuntz, si une série comme "Game of Thrones" tient en haleine des millions de spectateurs, c'est parce que son univers fantasmagorique évoque le monde d'aujourd'hui. "Ca parle d'intrigues politiques et de problèmes qui rappellent ceux d'aujourd'hui aux Etats-Unis et en Europe, comme des familles qui essaient de garder le contrôle du pouvoir, des conflits entre différentes ethnies, etc".

La campagne en toile de fond de la cérémonie des Emmy Awards

A moins de deux mois de la présidentielle américaine, le ton de la soirée était marqué de références à une campagne particulièrement acrimonieuse. Dans la séquence d'ouverture, l'animateur Jimmy Kimmel est monté dans la limousine conduite par... Jeb Bush, candidat républicain malheureux, qui a lancé "si on mène une campagne positive, les électeurs finissent pas faire le bon choix" avant d'ajouter: "c'était une blague Jimmy".

Le présentateur a aussi déclaré : "si ce n'était pour la télévision, est-ce que Donald Trump serait candidat à la présidentielle aujourd'hui? Non". Référence au passé de vedette de l'émission "The Apprentice" de Donald Trump, Kimmel a ajouté: "Nous n'avons plus besoin de regarder la téléréalité, nous la vivons".

Jill Soloway, créatrice de "Transparent" et de nouveau primée, s'en est pris bien plus violemment au candidat qu'elle a qualifié de "l'un des plus dangereux monstres de notre époque, un héritier d'Hitler".

Quant à Mark Burnett, producteur de "The Apprentice", et épinglé par Kimmel pour avoir popularisé Trump, il a répliqué, critiquant les médias qui parlent en boucle du magnat de l'immobilier: "combien de temps gratuit peut-on donner à une personne?". 

Le palmarès des 68e Emmy Awards

  •  Meilleure série dramatique : "Game of Thrones" (HBO)
  •  Meilleure comédie : "Veep" (HBO)
  •  Meilleure mini-série "The People v. O.J. Simpson: American Crime Story" (FX) 
  •  Meilleur acteur dans une série dramatique : Rami Malek, "Mr. Robot" (USA) 
  •  Meilleure actrice dans une série dramatique : Tatiana Maslany, "Orphan Black" (BBC America) 
  •  Meilleur acteur dans une série comique : Jeffrey Tambor, "Transparent" (Amazon)
  •  Meilleure actrice dans une série comique : Julia Louis-Dreyfus, "Veep" (HBO) 
  •  Meilleur acteur dans un téléfilm ou une mini-série : Courtney B. Vance, "The People vs O.J. Simpson" (FX) 
  •  Meilleure actrice dans un téléfilm ou une mini-série : Sarah Paulson, "The People v. O.J. Simpson" (FX) 
  •  Meilleur second rôle masculin dans une série dramatique : Ben Mendelsohn, "Bloodline" 
  •  Meilleur second rôle féminin dans une série dramatique : Maggie Smith, "Downton Abbey"