Bill Cosby ne témoignera pas à son procès pour agression sexuelle

Par @Culturebox
Mis à jour le 12/06/2017 à 17H22, publié le 05/06/2017 à 19H50
Bill Cosby à son arrivée au tribunal de Norristown, en banlieue de Philadelphie, le 5 juin 2017

Bill Cosby à son arrivée au tribunal de Norristown, en banlieue de Philadelphie, le 5 juin 2017

© Tracie Van Auken / Epa / MaxPPP

Le procès pour agression sexuelle de Bill Cosby s'est ouvert le 9 juin à Norristown, dans l'est des États-Unis, en présence de la star déchue du "Cosby Show" qui, à 79 ans, risque plus de dix ans de prison. L'acteur américain a confirmé le 12 juin qu'il ne témoignerait pas lors de son procès, une position déjà rendue publique avant l'ouverture des débats.

"Vous avez décidé de ne pas témoigner dans ce dossier ?", a demandé au comédien le juge Steven O'Neill, à la reprise des débats lundi 12 juin, après une première semaine très animée. "Oui", a répondu Bill Cosby. "Est-ce votre décision de ne pas témoigner?", a poursuivi le magistrat. "Oui", a déclaré l'accusé, sous les yeux de son épouse, présente pour la première fois à l'audience.

En procédure pénale américaine, l'accusé a le choix de témoigner ou non durant son procès, ce que le ministère public ne peut lui contester. Il est fréquent, aux Etats-Unis, que les mis en cause s'abstiennent de prendre la parole à l'audience.

Si une cinquantaine de femmes l'ont accusé, une seule plainte est recevable

L'ancien héros de l'Amérique en général, et de la communauté noire en particulier, doit répondre d'accusations d'agression sexuelle devant un jury venu de Pittsburgh. Depuis son inculpation, fin décembre 2015, le créateur et héros du "Cosby Show" a rejoint la liste désormais bien étoffée d'hommes célèbres mis en cause pour abus sexuels.

Elles sont une cinquantaine de femmes à avoir accusé, ces dernières années, William Henry Cosby Jr. Mais Andrea Constand, personnage central de ce procès, est la seule pour laquelle les faits ne soient pas prescrits pénalement.

Andrea Constand affirme avoir été agressée sexuellement par Bill Cosby, début 2004, lors d'une visite au domicile de l'acteur, dans la banlieue de Philadelphie. Pour parvenir à ses fins, l'humoriste l'aurait incitée à boire du vin et à ingérer des pilules. Le mélange l'aurait rendue, selon elle, incapable de se défendre.

Interrogé dans le cadre d'une procédure civile intentée par Andrea Constand, Bill Cosby avait reconnu, en 2005, lui avoir donné alcool et pilules, sans lui dire ce qu'elles contenaient, et s'être ensuite livré à des attouchements. Mais pour lui, il s'agissait d'une relation consentie, l'acteur insistant sur le fait que la jeune femme n'avait, à aucun moment, manifesté sa désapprobation.

La défense va tout faire pour discréditer la plaignante

En l'absence de témoin et d'élément matériel, tout est désormais suspendu au témoignage de cette Canadienne de 44 ans qui vit aujourd'hui à Toronto et ne s'est encore jamais exprimée publiquement sur l'affaire. "La confiance, la trahison, et l'incapacité de donner son consentement, voilà en quoi consiste ce dossier", a expliqué l'adjointe du procureur du comté de Montgomery, Kristen Feden, lors de son propos liminaire. "Elle ne pouvait pas résister, mais elle ne pouvait pas consentir non plus", a-t-elle ajouté, pour faire opposition aux assertions de l'accusé.

À l'appui du témoignage de l'accusatrice, le juge Steven O'Neill a accepté que soit appelée à la barre, durant le procès, une autre victime présumée de Bill Cosby. Elle affirme avoir été agressée dans des conditions similaires en 1996. Son nom n'a pas été rendu public.

L'accusation avait espéré pouvoir en appeler d'autres, mais le magistrat a refusé. "Aujourd'hui, avec votre aide, j'ai l'opportunité de réparer une injustice", a dit au jury Brian McMonagle, principal conseil de Bill Cosby qui, à l'audience, avait tourné sa chaise pour faire face au jury et non au juge. Pour lui, "une accusation infondée" est pire qu'une agression sexuelle. Plutôt qu'une célébrité, "j'espère que vous verrez seulement un citoyen présumé innocent", a-t-il exhorté.

Comme prévu, l'avocat de la défense a longuement pointé les incohérences dans les déclarations d'Andrea Constand au fil des différentes auditions. Après avoir assuré qu'avant ou après l'agression présumée, elle ne s'était jamais trouvée seule en présence de Bill Cosby, elle a admis plusieurs entrevues, parfois prolongées, notamment au domicile de la star. Brian McMonagle a également tenté de discréditer l'autre victime présumée qui doit témoigner à l'audience. Il a notamment assuré qu'elle avait eu une relation intime consensuelle avec Bill Cosby dès 1990, soit six ans avant les faits allégués.

Bill Cosby ne compte pas s'exprimer lors du procès

Lors de la seule interview qu'il ait donné depuis son inculpation, Bill Cosby a assuré qu'il ne témoignerait pas lors du procès, même si une prise de parole de l'acteur n'est "pas complètement écartée", selon un porte-parole.

Si à l'issue de ce procès, prévu pour durer deux semaines, le jury déclare Bill Cosby coupable d'un ou plusieurs des trois chefs d'accusation, l'acteur pourrait être condamné à passer, au minimum, dix ans derrière les barreaux.

Pour cet homme de 79 ans, cela équivaudrait probablement à finir ses jours en prison, ternissant à jamais son image et sa réputation. Mais même en cas de relaxe, les accusations devraient le poursuivre jusqu'à la fin de sa vie, d'autres procédures étant encore en cours au civil.