Le programme du Festival d'Avignon 2016 : des "Damnés" aux "Frères Karamazov", 40 spectacles dont 26 créations

Par @Culturebox
Mis à jour le 25/03/2016 à 17H25, publié le 24/03/2016 à 14H22
Olivier Py devant l'affiche du Festival d'Avignon le 24 mars 2016

Olivier Py devant l'affiche du Festival d'Avignon le 24 mars 2016

© BERTRAND LANGLOIS / AFP

Le Festival d'Avignon proposera du 6 au 24 juillet 40 spectacles dont 26 créations et plusieurs adaptations de chefs d'oeuvres, dont "Les Damnés" avec la Comédie-Française dans la Cour d'honneur (retransmis sur Culturebox) et "Les frères Karamazov" dans la Carrière de Boulbon, a annoncé jeudi son directeur Olivier Py.

Le retour de la Comédie-Française à Avignon

La 70e édition ouvrira sur le retour après 23 ans d'absence de la Comédie-Française, avec "Les Damnés" d'après le film de Visconti de 1969 adapté par le metteur en scène belge Ivo van Hove, réputé pour ses mises en scène spectaculaires mêlant vidéo et théâtre. "Le but d'Ivo van Hove est moins de raconter l'histoire que tout le monde connait, à savoir la montée du national socialisme en Allemagne et la corruption des grandes familles bourgeoises et des élites financières que d'essayer de comprendre ce qui se passe aujourd'hui", souligne Olivier Py. Guillaume Gallienne, Denis Podalydès, Sylvia Bergé, Elsa Lepoivre et Didier Sandre feront partie de la distribution. Un spectacle qui sera diffusé sur Culturebox.

La jeune compagnie de Thomas Jolly "La Piccola Familia" plongera dans l'histoire du festival fondé par Jean Vilar en 1947, avec un feuilleton donné tous les jours à la mi-journée dans le jardin Ceccano, où "La République de Platon" d'Alain Badiou avait attiré l'an dernier un public enthousiaste.

Trois jours de moins mais une plus grande jauge

Le plus grand festival de théâtre de France, et le plus important d'Europe avec le Festival d'Edimbourg, perd cette année trois jours, du fait du calendrier scolaire qui libère tard les lycées et gymnases qui hébergent de nombreuses pièces. Mais sa jauge sera plus importante (125.000 billets) grâce à la réouverture de deux lieux.

Olivier Py a tenu à rouvrir pour la 70e édition, le Parc des expositions et la Carrière de Boulbon, fermés l'an dernier par mesure d'économie. Boulbon, située à une quinzaine de km d'Avignon, accueillera à ciel ouvert "Karamazov" mis en scène par le jeune directeur du théâtre de Saint-Denis Jean Bellorini (34 ans).  

Marathon de 12 heure

Avignon se prête aux marathons théâtraux, comme le formidable "Henry VI" donné en 18 heures par Thomas Jolly il y a deux ans. Cette fois, c'est Julien Gosselin ("Les Particules élémentaires" en 2013) qui donnera en 12 heures le "livre-monde" du Chilien Roberto Bolano "2666" (8 au 16 juillet).

Parmi les grands thèmes du festival cette année, Olivier Py a évoqué "l'impuissance politique et la montée des populismes et des nationalismes, qui curieusement interpellent plus les artistes que les politiques". Plusieurs pièces, outre "Les Damnés", abordent le retour des "vieux démons" de l'Europe.

La montée des populismes

Le Polonais Krystian Lupa, qui avait enchanté Avignon l'an dernier avec "Des arbres à abattre" revient cette année avec "Place des héros", du même Thomas Bernhard. "Place des héros", conçue pour les 50 ans de l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne, avait fait scandale en proclamant qu'il "y a aujourd'hui plus de nazis à Vienne qu'en 1938."

Le Russe Kirill Serebrennikov s'attaque aux "Âmes mortes" de Gogol, (20- 23 juillet), critique féroce de la médiocrité humaine, laissé inachevé par l'écrivain décédé en 1852.

Après un focus argentin l'an dernier, Avignon présente un focus Moyen-Orient (deux pièces de Beyrouth, une de Damas, une de Téhéran), même si on pourrait parler aussi de "focus belge" avec 6 spectacles, a observé Olivier Py.

L'Israélien Amos Gitai donnera une version théâtre de son film "Le Dernier Jour d'Yitzhak Rabin" avec Hanna Schygulla (10 juillet dans la Cour d'honneur). L'Espagnole radicale Angelica Liddell, habituée du festival, revient avec l'histoire d'un célèbre cannibale japonais. "On peut s'attendre au pire", a plaisanté Olivier Py.

Beaucoup de collectifs

Parmi les découvertes de cette édition, beaucoup de collectifs, comme les Grecs du "Blitztheatregroup" ou des Belges "FC Bergman", qui montent un spectacle monumental autour de l'accrochage dans un musée d'une crucifixion de Rubens (Parc des expositions).

Avignon accueille cette année 34 artistes qui ne sont jamais venus, pour certains inconnus en France comme l'Autrichienne Cornelia Rainer ("Lenz"), ou débutants comme la jeune Maëlle Poésy qui monte une pièce sur la démocratie de Kevin Keiss ("Ceux qui errent ne se trompent pas").

Sidi Larbi Cherkaoui avec "Babel" dans la Cour d'honneur

La danse est toujours très présente avec 7 spectacles. La chorégraphe Marie Chouinard vient pour la première fois. Le très populaire chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui revient à Avignon (il vient de participer au très réussi "Iolanta/Casse-Noisette mis en scène par Tcherniakov à l'Opéra Garnier), où il avait créé son "Tempus Fugit" en 2004 avec le spectacle "Babel" donné depuis 2010 dans le monde entier, et qui sera recréé spécifiquement pour la Cour d'honneur du 20 au 23 juillet.

En clôture, le chanteur pop canado-américain Rufus Wainwright donnera l'opéra "Prima Donna" (créé en 2009), avec Cindy Sherman.