Tension à Athènes autour d'une pièce sur un Christ gay

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 13/10/2012 à 15H26
Une image du Christ rédempteur (image prétexte).

Une image du Christ rédempteur (image prétexte).

© Fabio Goncalves/AFP

Une pièce américaine décrivant Jésus Christ comme un homosexuel a provoqué des tensions en Grèce entre un groupe néo-nazi et des militants de la liberté d'expression qui l'accusent d'intimidation.

Montée à New York en 1998, Corpus Christi, écrite par Terrence McNally, met en scène Jésus et les apôtres tous décrits comme des homosexuels vivant dans le Texas d'aujourd'hui.

"Une nuit de terreur" rapporte un témoin
Des protestataires ultra orthodoxes manifestaient devant le théâtre depuis plusieurs jours, et jeudi, le parti néonazi Aube dorée, représenté au Parlement, a envoyé quelques-uns de ses membres en renfort, y compris certains de ses députés, pour bloquer les portes du théâtre et en empêcher l'accès. "C'est une pièce blasphématoire", a lancé aux journalistes présents le député Ilias Panagiotaros. La représentation de la première n'a pu avoir lieu. 

Selon des vidéos mis en ligne sur internet, M. Panagiotaros s'est livré à des attaques verbales contre les Albanais et les homosexuels. Le metteur en scène de la pièce controversée, Laertis Vassiliou, est né en Albanie.

"Ca a été une nuit de terreur", a raconté l'écrivain Pétros Tatsopoulos, député de la gauche radicale Syriza, le principal parti d'opposition. "Les membres de l'Aube dorée ont bloqué les portes pour empêcher les comédiens de sortir et nous empêcher d'entrer", a-t-il dit à la télévision Mega.

La police grecque accusée de fermer les yeux
Le journal britannique The Guardian rapportait vendredi le témoignage de Manolis V,  un journaliste grec, qui dit avoir été attaqué par les manifestants jeudi sans que la police ne réagisse. "La police est près de nous. Je crie "Ils me frappent, allez vous faire quelque chose ?", a-t-il écrit sur Twitter. "Je m'écarte afin de prendre du recul. Un député connu de l'Aube Dorée me suit. Il me cogne au visage par deux fois et je tombe à terre. Là, je perd mes lunettes. Le député de l'Aube Dorée me donne des coups de pieds. Les policiers sont juste à côté mais ils tournent le dos". Comment, dans ces conditions, se sentir d'aller ensuite porter plainte auprès de la police ?

Toujours selon le Guardian, lorsque quatre manifestants ont été embarqués par la police, le député de l'Aube Dorée Christos Pappas est monté à bord du car de police et en a sorti un des protestataires arrêtés. Comme le montre une vidéo sur internet, aucun policier n'a tenté de l'arrêter. 

Autrefois groupuscule marginal, Aube dorée est sorti de l'ombre lors des élections législatives récentes où il a obtenu 400.000 voix, soit près de 7% des électeurs, et 21 sièges, sur un programme anti-immigration et sécuritaire. Il est depuis régulièrement fait état d'intimidations de ce groupe néo-nazi, agissements sur lesquels la police grecque est accusée de fermer les yeux.

Ce parti a envoyé des commandos de ses militants habillés de noir sur les marchés pour intimider les marchands à la sauvette étrangers, s'est aussi livré à des manoeuvres d'intimidation contre ses opposants politiques, et est soupçonné d'être derrière la multiplication des agressions physiques contre des immigrants à travers le pays.