Renaissance du "Masa" : les arts du spectacle à nouveau à l'honneur à Abidjan

Par @Culturebox
Mis à jour le 02/03/2014 à 10H46, publié le 01/03/2014 à 13H18
Samedi, lors du concert d'ouverture du "Masa" à Abidjan

Samedi, lors du concert d'ouverture du "Masa" à Abidjan

© ISSOUF SANOGO / AFP

On l'appelle le "Masa" : le Marché des arts du spectacle africain, festival important de danse, musique et théâtre à l'échelle du continent africain, a débuté samedi, à Abidjan, pour une semaine. Sa réouverture consacre, pour la Côte d'Ivoire, un renouveau culturel après plus d'une décennie de crise.

Coup d'envoi du festival des arts vivants, le "Masa", samedi, à Abdjan : plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées, dans le stade Houphouët-Boigny d'Abidjan, le plus grand du pays, pour assister à un concert géant, rassemblant des têtes d'affiche africaines, dont les Ivoiriens Magic System ou les Nigérians de P-Square. 

Une fête africaine
Trois heures de retard et de pénibles coupures d'électricité ne sont pas venues à bout de la bonne humeur des spectateurs, chauffés à blanc par une manifestation d'une ampleur rare en Côte d'Ivoire. "C'est une très bonne occasion pour les jeunes de se retrouver et cultiver la paix et l'entente", a salué Mabintou, une informaticienne d'une trentaine  d'annéees venue avec sa fille et des amis pour voir P-Square, "son groupe  favori". "C'est la fête", s'est réjoui Ismaël, un ferrailleur de 22 ans. "Tout le  monde vient ici. Il y a des Burkinabè, des Maliens, des Sénégalais... Et tout  le monde s'amuse."
Renaissance

C'est un rendez-vous culturel important en Côte d'Ivoire. Créé en 1993 à Abidjan sous l'impulsion de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), le Marché des arts du spectacle africain, le "Masa", est une biennale dédiée aux professionnels africains de la danse, du théâtre et de la musique, qui vise à faciliter aux artistes l'accès au marché international.

La septième et avant-dernière édition de l'événement date de 2007, il y a sept ans déjà. Mais, selon Yacouba Konaté, son directeur général, "déjà depuis 2001, ce n'était pas la joie. Les acheteurs ne venaient  plus. En 2005, il n'y a pas eu de Masa. Et à partir de 2007, ça a été très très  préoccupant". 

La Côte d'Ivoire est entrée en 2000 en grave crise politique, dont les violences postélectorales de 2010-2011, qui ont fait plus de 3.000 morts, ont constitué l'épilogue. "Tout était arrêté" dans le pays, témoigne Maurice Bandaman, le ministre ivoirien de la Culture. Mais "tout a repris", "les investissements, les infrastructures", se  félicite le ministre. "Il était donc normal que le Masa reprenne."

Redorer le blason de la Côte d'Ivoire

Ce nouveau départ se fait avec ambition. Le budget, financé par l'Etat ivoirien, le district d'Abidjan, l'OIF ainsi que divers organismes internationaux et partenaires privés, est conséquent : 1,3 milliard de FCFA (2 millions d'euros).
   
Alors que 24 groupes avaient fréquenté la première édition du festival, 63  s'y retrouveront pour ce 8e opus, soit 450 artistes et 1.500 festivaliers, selon M. Bandaman. Pour ce dernier, l'enjeu est également diplomatique : "la Côte d'Ivoire redore son  blason. (...) Elle reprend sa place au sein du concert des Nations".

Le patron du festival, Yacouba Konaté, va plus loin. Le Masa, "l'une des principales vitrines  sociales" et de "diplomatie culturelle" de la Côte d'Ivoire, doit permettre de montrer que le pays "a changé de logiciel", abandonnant celui de "la violence"  pour s'"engager" dans "l'harmonie". 

Un événement qui s'affiche plus populaire cette année

Depuis quelques jours le siège du festival grouille de monde. Les réunions se succèdent pour parfaire les préparatifs. Les artistes et les techniciens défilent. La tension est perceptible. Le défi de taille. Le Masa revient avec des innovations, observe Yacouba Konaté. Aux  disciplines habituelles (théâtre, danse) ont été ajoutés le conte, l'humour et  la mode, selon l'organisateur. Le festival s'ouvrira aussi à l'art anglophone et lusophone. 
Le groupe ivoirien "Magic System" (ici en 2011) est attendu au Masa. 

Le groupe ivoirien "Magic System" (ici en 2011) est attendu au Masa. 

© SIA KAMBOU / AFP
Un effort a également été fourni pour rendre l'événement "populaire", quand il concernait davantage un petit monde de programmateurs culturels lors des éditions précédentes. La huitième édition du Masa a débuté samedi par le grand concert du stade Houphouët-Boigny. Les organisateurs ont misé, pour drainer les foules, sur les prestations des P-Square et des Magic System et du malien Salif Keita, mais aussi du congolais Koffi Olomidé, de l'ivoirien Meiway et d'autres grands noms de la musique africaine qui se produiront ailleurs à Abidjan, ainsi qu'à Grand-Bassam (près d'Abidjan) et Bouaké (centre).

Espoirs suscités

Nash, une rapeuse ivoirienne, espère être repérée par des promoteurs de  spectacles lors de sa prestation en live. Kader Touré, un comédien ivoirien évoluant en France dans la compagnie "Les  voix du caméléon", se montre plus sceptique : "avant, le Masa était un marché d'opportunités pour les artistes qui  venaient. Mais on ne sait pas ce que le Masa d'aujourd'hui va être",  observe-t-il, critiquant l'organisation pour l'accueil et le voyage des troupes. Et d'espérer "qu'il y aura des programmateurs, des directeurs de salles et  que nous repartirons avec des contrats". D'après Yacouba Konaté, 215 promoteurs culturels, dont 50 Africains, sont  attendus. Le Masa, au-delà de son cadre ivoirien, pourrait même "traduire l'avènement du temps des festivals en Afrique", s'enthousiasme-t-il.