Mouvement des intermittents: les spectateurs au rendez-vous des festivals

Par @Culturebox
Publié le 28/07/2014 à 13H59
Les intermittents installent une bannière "Culture en danger" au théâtre de la ville à Paris en juin 2014

Les intermittents installent une bannière "Culture en danger" au théâtre de la ville à Paris en juin 2014

© MIGUEL MEDINA

Après plusieurs annulations spectaculaires en juin, les grands festivals de l'été sont au rendez-vous, bien que ponctués de grèves et d'actions des intermittents en colère contre la nouvelle convention chômage. Comme en 2003, date de la dernière crise des intermittents, le mouvement a démarré en juin à Montpellier.

Le Festival d'Avignon a ouvert avec une journée de retard à cause de la grève lancée par la CGT-Spectacle et la Coordination des intermittents et précaires le 4 juillet. Douze représentations ont été annulées (sur 289) lors des journées de grève des 4, 12 et 24 juillet. La perte s'élève selon son directeur, Olivier Py, à 300.000 euros et pourrait affecter l'édition 2015.
Le festival lyrique d'Aix-en-Provence a dû annuler une seule représentation et la perte estimée autour de 100.000 euros ne devrait pas avoir d'impact sur 2015, selon son directeur, Bernard Foccroulle.
 
A Montpellier, quasiment toutes les représentations du "Printemps des comédiens" (3 au 29 juin) ont été annulées, soit 400.000 euros de perte de billetterie, selon son directeur, Jean Varela. Toutefois, de nombreuses compagnies qui se sont mises en grève "assument et ne sont donc pas payées", ce qui permettra d'afficher une situation comptable "moins catastrophique", selon lui. Montpellier Danse a pu donner 38 représentations sur 48, affichant une perte de 40.000 euros.
La ville de Toulouse évalue les pertes liées au festival Rio Loco, rendu gratuit par les intermittents, à 573.000 euros. Le Festival de Marseille a également été touché.
           
Une vaste concertation mise rapidement en place
 
Mais le gouvernement, sans doute instruit par la crise de 2003 qui avait coûté cher (23 millions pour la seule ville d'Avignon) a pris la mesure de la menace. Dès le 19 juin, Manuel Valls annonçait l'ouverture d'une vaste concertation et la compensation par le gouvernement de la mesure la plus pénalisante de la nouvelle convention chômage, le "différé d'indemnisation" qui repoussait le versement des allocations.
Dès lors, la grève visait à maintenir la pression sur le processus de concertation en juillet. La situation dans le spectacle vivant est également très différente de celle de 2003, avec une fragilité plus grande des compagnies dans un contexte de crise économique. C'est pourquoi les 1.000 troupes présentes dans le "Off" du festival d'Avignon, où les programmateurs viennent faire leur marché, ont décidé de jouer. Les directions des festivals ont aussi su négocier des prises de paroles des intermittents, évitant le va-tout de la grève. Après Avignon, elle s'est déplacée en fin de semaine dernière au festival de rue de Chalon-sur-Saône, où 40% des spectacles du Off ont été annulés, et 15% dans le In. Dans les musiques actuelles, peu de manifestations ont été perturbées et celles qui l'ont été, comme Les Nuits de Fourvière ou Jazz à Vienne, ont été peu affectées.
           
Le public au rendez-vous
 
Pas découragé par les menaces de grève, le public a été au rendez-vous. Plusieurs records de fréquentations sont même tombés: 175.000 personnes pour Solidays, 139.000 spectateurs payants pour le Hellfest, 135.000 festivaliers pour le Main Square rallongé d'un jour pour ses 10 ans, 102.000 pour les Eurockéennes, 92.000 pour les 30 ans des Francofolies.
           
Cette année exceptionnelle s'explique par la présence simultanée de quatre phénomènes de scène francophones: Fauve, Shaka Ponk, Détroit et bien sûr Stromae.
           
La saison des festivals va se poursuivre jusqu'à la fin août à un rythme plus paisible, avec trois grosses manifestations: La foire aux vins de Colmar (8-17 août), le festival du théâtre de rue d'Aurillac (20-23 août) et Rock en Seine (22-24 août).
           
De nouvelles perturbations ne sont pas à exclure. La CGT a déposé un préavis pour l'ensemble du mois et l'issue du conflit reste incertaine. La concertation a suspendu ses travaux jusqu'en septembre, et doit accoucher d'une proposition d'ici décembre.