Le Châtelet revisite Monteverdi, en rock et en anglais

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 26/05/2012 à 12H20
Pop'pea au Théâtre du Châtelet - De gauche à droite, Benjamin Biolay, Carl Barât, Achilles 'AC' Charrington, Anna Madison, Marcus 'Matic Mouth' Smith

Pop'pea au Théâtre du Châtelet - De gauche à droite, Benjamin Biolay, Carl Barât, Achilles 'AC' Charrington, Anna Madison, Marcus 'Matic Mouth' Smith

© Marie-Noëlle Robert - Théâtre du Châtelet

Des chanteurs pop-rock, dont Benjamin Biolay, s’emparent d’un chef-d’œuvre du baroque, « Le Couronnement de Poppée » de Monteverdi, qui devient « Pop’pea » sur la scène parisienne du Châtelet, à partir de mardi

Bien calé sur une moto qui tangue, épaisse veste de cuir sur le dos, Benjamin Biolay incarne Othon, qui chante son amour pour la belle Poppée. Mais il découvre que Néron, interprété par Carl Barât, le sulfureux chanteur des Libertines, lui a ravi son amante.

Sénèque, condamné à se donner la mort par Néron, est interprété par Marc Almond, une des stars de la new wave avec son groupe Soft Cell.

La scène, comme un vidéo-clip, est projetée sur un écran géant où défile le paysage. Un orchestre rock accompagne le chanteur qui vient d’entonner la première mélodie d’un des plus célèbres opéras baroques, « Le Couronnement de Poppée ».

"Le livret, même s'il a été traduit en anglais, c'est au mot près le livret italien", explique Benjamin Biolay. "On chante tout en direct en anglais. Dans un anglais très classique, très chiadé", ajoute-t-il.

Cette adaptation, c’est le directeur du Théâtre du Châtelet, Jean-Luc Choplin, qui en a eu l’idée.

Le livret a été réécrit en anglais
Le compositeur américain Michael Torke a adapté la partition originale de Claudio Monteverdi, en gardant les mélodies d'origine, tandis que l'écrivain britannique Ian Burton réécrivait le livret de Gian Francesco Busenello.

L’orchestration est de Peter Howard, qui a été le batteur des Clash pendant deux ans.
Quand aux costumes, extravagants, ils ont été confiés au couturier de Lady Gaga, Nicolas Formichetti.

"Michael Torke nous a donné une structure de base avec des mélodies",  raconte Peter Howard. "Nous avons alors essayé de comprendre les émotions contenues dans chaque aria pour les insuffler dans un univers sonore contemporain afin que le public puisse se trouver rapidement en empathie avec le spectacle", assure-t-il

Des mélodies universelles, pour Peter Howard
"Les mélodies de Monteverdi contiennent ces émotions de base, animales, comme l'amour, la colère, la  jalousie, la haine, que nous partageons tous », souligne Peter Howard.

Pour Benjamin Biolay, qui a reçu une formation académique au conservatoire  comme tromboniste et joué dans des orchestres classiques, "ce n'est pas une  idée farfelue d'avoir fait cela". "En fait, la construction harmonique avec la  basse continue, c'est assez rock", juge-t-il.

Une opinion partagée par Valérie Gabail, la seule chanteuse lyrique du groupe. "Je pense que la musique pop est héritée de cette écriture-là",  dit-elle, expliquant : "On se sert de Monteverdi qui swingue déjà d'emblée. C'était un précurseur."

"Pop'pea" au Théâtre du Châtelet, du 29 mai au 7 juin