La Salle Wagram remonte sur le ring des nuits parisiennes

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 30/04/2012 à 14H55
Salle Wagram à Paris

Salle Wagram à Paris

© DR

Des plafonds tapageurs aux lustres éclatants, la salle Wagram a retrouvé ses vingt ans. Car, avant d’emballer Maria Callas ou d’étourdir Marcel Cerdan, la célèbre salle parisienne de spectacle avait connu ses plus belles heures sous le règne de Napoléon III. Samedi 29 avril 2012, elle accueillait l'élection de "Miss France Black" avant de renouer avec les combats de boxe qui ont fait une partie de sa légende.

Salle Wagram - affiche

Salle Wagram - affiche

© DR

 

D’Austerlitz à Wagram

Située à quelques pas de l’Arc de triomphe, alors en cours d’édification à la gloire de l’Empereur Napoléon 1er, la salle de spectacle voit le jour en 1815. Nous sommes au lendemain de la défaite de Waterloo, le soleil d’Austerlitz a pâlit pour les armées impériales, et un ancien grognard de Bonaparte, Gustave-Louis Dourlans alias le Sergent Doudou, choisit la voie de la reconversion. Il investit le fruit de ses rapines récoltées sur les champs de bataille européens et ouvre sa guinguette dans un quartier situé au-delà des barrières d’octroi, et donc en zone franche, là où ventes et consommations d’alcool ne sont pas taxées.  Il baptise le lieu à son nom « le bal Dourlans ». Son fils « Louis », puis son petit-fils « Gaston-Louis » en assureront le succès. L’ambiance de relative insouciance qui accompagne la Restauration et le Second Empire, jusqu’à la défaite de 1870, va grandement participer à la prospérité de ce lieu de détente. Il est  rebaptisé « Salle Wagram » en 1865 après les travaux d’agrandissements de l’architecte Adrien Alphonse Fleuret qui lui donne sa forme actuelle et son clinquant.

 

 

- Une acoustique de rêve -

C’est l’acoustique exceptionnelle du lieu qui fera sa renommée auprès des mélomanes. A partir de 1958, la compagnie EMI/Pathé Marconi décide d’y réaliser la plus part de ses enregistrements d’opéras dont ceux confiés à Maria Callas.

« Je veux vivre dans le rêve » tiré de « Roméo et Juliette » interprété  par Maria Callas - 1961 - Enregistrement EMI à la salle Wagram :

 

Par la suite, les plus grands noms de la musique classique s’y succèderont Herbert Von Karajan, Seiji Ozawa, Daniel Barenboïm, Léonard Bernstein, Mstislav Rostropovitch, mais aussi les grandes figures du jazz comme Sidney Bechet, Louis Amstrong ou Django Reinhardt. 

 

- De la croche à la cloche -

Aux sonorités musicales, se mêlent dès le début du 20ème siècle les coups de gong des grands rendez-vous pugilistiques. C’est notamment ici, qu’en 1900 se joue le célèbre combat entre Charles Charlemont et Victor Castérès, les deux principaux artisans de la boxe française, anciennement savate, qui cherchent à prouver la supériorité de leur technique sur celle de la boxe anglaise. Plus tard, Marcel Cerdan et Georges Carpentier feront valser le public de Wagram aux sons de leurs gants de cuir.

Combat de "Savate" ou boxde française en 1969 à la Salle Wagram :

 

- Du K.O des champions aux chaos de l’histoire -

Une vocation musicale, un destin sportif mais aussi une histoire politique. La salle Wagram n’a pas toujours été un lieu de plaisir et de détente, elle a aussi accompagné les heures sombres de notre histoire, comme en 1942 où la salle abritait une exposition servant la propagande anti-bolchévique de l’occupant nazi ou un discours du président de Vichy. 

 

Clin d'oeil de l'histoire, la salle Wagram accueillait le samedi 29 avril 2012 la première élection de Miss Black France, un concours de beauté organisé avec le soutien du C.R.A.N., le Conseil représentatif des associations noires de France.

 

- Un nouveau sillon à tracer -

Avant de remonter sur le ring, sous l’impulsion de Brahim Asloum et des frères Acariès, pour tenter de redevenir le « Temple de la boxe » qu’elle fût jadis, la salle Wagram s’était faite, ces dernières années, une spécialité d’accueillir les foires aux collectionneurs de disques vinyles, avec parfois des thématiques très osées.