Joey Starr, acteur, nous fait revivre les grands discours politiques

Par @sophiejouve1 Rédactrice en chef adjointe de Culturebox, responsable de la rubrique Théâtre-Danse
Mis à jour le 11/03/2017 à 16H35, publié le 08/03/2017 à 18H03
Joey Starr dans "Eloquence à l'Asssemblée"

Joey Starr dans "Eloquence à l'Asssemblée"

© Sidney Caron

Joey Starr est sur scène à Paris, au Théâtre de l’Atelier, pour faire entendre les grands discours prononcés à l’Assemblée Nationale. Le combat contre la misère, la morale de ceux qui gouvernent, la paix… Autant de thèmes auxquels le chanteur-comédien donne une puissante résonance en ces temps de campagne électorale.

En fond de scène une tribune, un micro. Mais Joey Starr démarre bille en tête en bord de scène, prêt à bondir, éructant en bon révolutionnaire sur "La pureté du peuple face à la corruption des élites". Il est Robespierre, il sera avec conviction et sans forcer un Victor Hugo menaçant lors de la discussion de la Loi Falloux sur l’instruction publique : "Vous ne voulez pas le progrès, vous aurez la révolution", un touchant Abbé Grégoire prônant "L’unité de la langue pour créer une nation" ou encore Jaurès, jeune député de 26 ans contesté pour son pacifisme, assassiné à la veille de la Première Guerre mondiale.
Joey Starr 3 © Sidney Caron

Force et pédagogie

Avec force et pédagogie, sans manuscrit sur lequel s’appuyer, tenant la salle, Joey Starr donne à entendre ces textes de grandes plumes engagées, certains politiques, d’autres qui se sont frottés au suffrage universel tout en faisant de la littérature.

C’est le metteur en scène Jérémie Lippmann qui a eu l’idée de proposer à Joey Starr cet exercice qui l’a tout de suite emballé. Dans la salle, on reconnait Béatrice Dalle, Muriel Robin, Tomer Sisley et bien sûr des fans du chanteur. Car c’est là toute l’ambigüité de son statut, beaucoup sont venus voir Joey Starr plutôt que d’écouter le contenu de ce qu’il défend. C’est d’ailleurs lorsqu’il fait des clins d’œil à son public, qu’il perd le fil, un bref instant. Car le revoici totalement investi dans un vibrant plaidoyer pour la liberté de la presse de son compatriote martiniquais, Aimé Césaire. Césaire dont il reprendra aussi un texte lucide sur le respect que les autorités métropolitaines doivent aux peuples d’outre-mer.
Joey Starr dans "Eloquence à l'Assemblée" au Théâtre de l'Atelier à Paris.

Joey Starr dans "Eloquence à l'Assemblée" au Théâtre de l'Atelier à Paris.

© Sidney Caron

On entendra aussi Olympe de Gouge pleine d’une ironie amère dans sa défense de la condition des femmes et à laquelle la Convention refusera de donner la parole en la faisant d’ailleurs guillotiner, et puis Simone Veil avec sa loi sur l’avortement, texte qu’on est intéressé de réentendre mais qui n’est pas vraiment dans le fil rouge du spectacle. 

Un grand respect des textes

Joey starr termine sur ces mots de Victor Schœlcher, martiniquais lui aussi : "L’insurrection est le plus sain des devoirs… Le peuple a le droit de reprendre par la force ce qui lui a été pris par la force." "C’était ma première, j’ai pas eu le temps d’avoir les biquettes", conclut avec humour le chanteur. Quant à nous, nous avons été sensibles à cet exercice difficile où l’on n’attendait vraiment pas Joey Starr et qu’il assume avec une volonté de convaincre et un très grand respect des textes défendus.

Pendant cette heure à cheval entre la politique et la littérature, on pensait aussi au récent spectacle d’Abd al Malik slamant sur Albert Camus, et aussi à Kery James avec son spectacle citoyen sur les banlieues. Il est frappant qu’à l’heure où les candidats à l’Elysée sont extrêmement discrets sur le registre de la culture, ce soit des rappeurs qui montent au front en s’appuyant sur les grands penseurs de la liberté.