Jérôme Deschamps quitte l’Opéra-Comique sur de délicieux "Mousquetaires au Couvent"

Par @Culturebox
Mis à jour le 15/06/2015 à 15H54, publié le 15/06/2015 à 11H42
 Anne-Catherine Gillet (Simone) / Ronan Debois (Rigobert)

 Anne-Catherine Gillet (Simone) / Ronan Debois (Rigobert)

© Pierre Grosbois

« Les mousquetaires au couvent » sont connus de tous les amoureux de l’opérette, mais pas forcément leur auteur. Nommons-le d’entrée : Louis Varney. Varney n’est pas Mozart mais sa partition est bien jolie, et même un peu plus !

L’ami Deschamps, outre la mise en scène, s’est octroyé le rôle du gouverneur de Touraine, cousin de Richelieu et qui veut enfermer ses nièces au couvent. Il y est très drôle, l’affublant d’un accent paysan très « Famille Deschiens » mais il chante aussi, quelques phrases ! On salue l’exploit car on a eu le bonheur de tenir ce même rôle il y a quelques années.
Jérôme Deschamps (le Gouverneur) / Les Cris de Paris

Jérôme Deschamps (le Gouverneur) / Les Cris de Paris

© Pierre Grosbois

Un moment de grâce dans la carrière de Varney
Ces « Mousquetaires », de 1880, étaient une commande du directeur des Bouffes-Parisiens, Louis Cantin, qui venait de monter « La fille de madame Angot » et « Les cloches de Corneville » et allait juste après proposer « La Mascotte » Soit quatre bijoux de l’opérette française, certifiés non-Offenbach ! De leurs auteurs (Lecocq, Planquette, Audran), Varney est resté le moins connu. Mais il y a, même chez les bons faiseurs, des moments de grâce qui les transcendent, c’est ce qui est arrivé à Varney ici : airs charmants, orchestrations enlevées, variété des climats (il ose le pastiche du grand opéra dans le trio « C’est une femme », ou de l’oratorio dans la belle « Prière »). Ce n’est pas pour autant une œuvre décousue, car, plus qu’un univers personnel, Varney s’attache à trouver le ton exact qui convient à chaque situation.
Les Cris de Paris

Les Cris de Paris

© Pierre Grosbois

Jérôme Deschamps trouve le juste rythme

Les deux jeunes nièces (Marie, la timide et Louise, la fine mouche), après bien des quiproquos et avec l’aide de la spirituelle aubergiste Simone, du bon abbé Bridaine et de faux capucins, trouveront l’amour… et le pardon de leur oncle. Les mousquetaires, ce sont les deux héros, Narcisse de Brissac, joli garçon cherchant les bonnes fortunes et les occasions de bien boire, et Gontran de Solanges, soupirant extasié, façon Christian dans « Cyrano », de la jolie Marie. L’air de l’abbé Bridaine, le désopilant sermon de Brissac sur l’amour, le ravissant quintette de l’Echelle, la romance de Marie, sont les plus célèbres moments d’une partition (et d’une histoire) que Deschamps, tout en s’amusant, respecte vraiment, trouvant constamment, dans la finesse de la mise en place, dans la joliesse des gags, dans les discrets clins d’yeux à aujourd’hui, le juste rythme, vif sans être agité, de cette joyeuse aventure. Aventure mâtinée d’un discret anticléricalisme bon enfant, très « Troisième République », que Deschamps n’esquive pas mais qui est prétexte  à de très amusantes trouvailles.  
Sébastien Guèze ( Gontran de Solanges) / Marc Canturro (Narcisse de Brissac)

Sébastien Guèze ( Gontran de Solanges) / Marc Canturro (Narcisse de Brissac)

© Pierre Grosbois

Des interprètes à la hauteur                            

Interprètes à la hauteur: Marc Canturri, Brissac plein de charme, le magnifique Gontran de Sébastien Guèze qui réussit, avec beaucoup d’humour et d’une voix splendide, à gommer ce que son personnage pourrait avoir de mièvre. Anne-Catherine Gillet en Simone emporte le morceau avec une imparable présence. Anne-Marine Suire, issue de l’Académie de l’Opéra-Comique, est une bien charmante Marie dont la voix manque encore de rondeur et de moelleux. Ce moelleux qu’a la Louise d’Antoinette Dennefeld, avec la beauté, les aigus, le piquant et l’abattage : belle découverte. Comparses très bien, dont la toujours impayable Doris Lamprecht en sœur Opportune. Petit (à peine) bémol sur l’abbé Bridaine de Franck Leguérinel : le chanteur, très sûr, n’est pas en cause, son premier acte est très réussi mais le jeu, ensuite, manque de précision, peut-être (c’est notre seule réserve) parce que Deschamps, dans sa mise en scène, ne « sort » aucun personnage du lot, faisant confiance, pour cela, à ses interprètes, alors que les « leaders » de l’histoire devraient  bien être Brissac et Bridaine.  
Anne-Marine Suire (chanteuse de l’Académie de l’Opéra Comique) 

Anne-Marine Suire (chanteuse de l’Académie de l’Opéra Comique) 

© Pierre Grosbois

L'Orchestre de l'Opéra de Toulou entre vivacité et lyrisme

Chœur (« Les cris de Paris ») très bien. Le chef, Laurent Campellone, à la tête d’un Orchestre de l’Opéra de Toulon rond de son et aux belles individualités, trouve toujours le ton juste, sans une once de vulgarité, entre vivacité et lyrisme. Quelques décalages cependant mais la partition de Varney, on le sait pour l’avoir vécue, est rythmiquement difficile! Coup de chapeau final à la costumière, Vanessa Sannino, pour sa formidable idée d’habiller nos mousquetaires comme si c’étaient des cartes à jouer sorties d’ « Alice au pays des Merveilles » Cela ajoute encore au côté « grand livre d’images » pour lesquels ces « Mousquetaires au Couvent », version Deschamps, se verront accorder l’indulgence divine et l’éternelle reconnaissance des pécheurs que nous sommes, nous, si heureux spectateurs et si faibles humains !  
  
« Les Mousquetaires au Couvent » à l’Opéra-Comique
De Louis Varney, mise en scène de Jérôme Deschamps
Les 15, 17, 19 et 23 juin en soirée, le 21 juin en matinée
1 Place Boieldieu, Paris II
Réservation : 01 42 44 45 40