Bras de fer entre Guy Bedos et Nadine Morano au tribunal de Nancy

Par @Culturebox
Publié le 07/09/2015 à 19H28
Face à face entre Nadine Morano et Guy Bedos le 7 septembre 2015 à Nancy.

Face à face entre Nadine Morano et Guy Bedos le 7 septembre 2015 à Nancy.

© Jean-Christophe Verhaegen / AFP

Une peine d'amende (dont le montant n'a pas été fixé) a été requise lundi devant le tribunal correctionnel de Nancy contre Guy Bedos pour avoir injurié lors d'un spectacle Nadine Morano, ancienne ministre de Nicolas Sarkozy. Alors que cette dernière a dit s'être sentie attaquée en tant que femme, l'accusé a récusé toute misogynie. Le tribunal a mis sa décision en délibéré au 14 septembre.

A l'issue de deux heures d'audience, le procureur a estimé que l'humoriste âgé de 81 ans avait franchi les limites de la liberté d'expression en qualifiant de "conne" et de "salope" l'actuelle députée européenne Les Républicains.  

Le 11 octobre 2013, le comédien donnait un des derniers spectacles de sa carrière à Toul (Meurthe-et-Moselle), ville dont Nadine Morano était alors conseillère municipale de l'opposition UMP, lorsqu'il a prononcé les propos litigieux qu'on lui prête.

Guy Bedos récuse toute misogynie

"L'humour est la politesse du désespoir", a rappelé Guy Bedos pour sa défense, en récusant toute misogynie. "Je suis totalement féministe. Ce n'est pas dans mon habitude d'attaquer les femmes, mais des les défendre", a assuré l'humoriste qui concède avoir pu déraper sous l'effet d'une "colère noire" lorsqu'une partie du public - des partisans de Nadine Morano - l'a sifflé, la représentation étant offerte par la municipalité socialiste pour l'inauguration d'une salle.

"En cinquante ans, c'est la première fois de ma vie où une partie de la salle m'a injurié", a-t-il assuré.

Nadine Morano l'accuse de se draper derrière son statut d'humoriste

De son côté, Nadine Morano a dit son "émotion" en face d'un artiste qu'elle a "aimé", avant d'attaquer : "Je ne veux pas qu'il y ait deux catégories en France. Celui des hommes qui, parce qu'ils ont le statut d'humoriste, ont le droit d'injurier les femmes et d'autres qui, parce qu'ils n'ont pas ce statut, se font condamner".

Pour Me Alain Behr, l'un des avocats nancéiens de l'ancienne ministre, M. Bedos a "profité de la protection que lui procurait son costume de bouffon pour insulter Mme Morano", dénonçant la "bordée d'injures", dont elle avait été victime ainsi que la "volonté de Guy Bedos de mépriser et d'humilier Nadine Morano devant son public" à Toul où elle était alors conseillère municipale de l'opposition UMP.

La députée européenne, qui réclame 15.000 euros de dommages et intérêts qu'elle souhaite verser à des associations de lutte contre les violences faites aux femmes, a également estimé que Guy Bedos faisait preuve à son encontre "d'une animosité personnelle qui va au-delà de l'engagement politique."

La défense de Bedos dénonce une instrumentalisation

L'un des avocats de l'humoriste, Me Stéphane Cherqui, a dénoncé une "instrumentalisation de toute cette affaire", soulignant que "toute une kyrielle de personnalités (avaient été) égratignées dans le spectacle de M. Bedos ".

Pour son avocat, Guy Bedos n'a fait que brocarder "la Nadine Morano que tout le monde connaît", celle qui fait régulièrement le buzz avec des déclarations maladroites, à l'instar de ces propos sur sa "meilleure amie, (...) plus noire qu'une Arabe" lors d'un entretien télévisé.

A une journaliste qui lui demandait à l'issue de l'audience si Mme Morano avait "manqué d'humour", Guy Bedos a répondu : "Un peu", avant de lâcher, non sans ironie, être "désolé d'avoir fait tant de peine à Nadine Morano". Il risque une peine d'amennde maximale de 12.000 euros. Verdict le 14 septembre.