Après 7 ans d'absence, Valérie Lemercier revient seule en scène : trash et drôle

Par @Culturebox
Mis à jour le 24/09/2015 à 19H49, publié le 24/09/2015 à 17H21
Valérie Lemercier au festival de Cannes en mai 2015

Valérie Lemercier au festival de Cannes en mai 2015

© BERTRAND LANGLOIS / AFP

C'est avec un spectacle sobrement intitulé "Valérie Lemercier"que la grande humoriste revient seule en scène. Avant de s'installer en octobre au théâtre du Châtelet elle présente en avant-première son one-woman show au Radiant de Caluire. Sept ans après, la comédienne ravive de truculents souvenirs et convoque de nouveaux personnages fictifs et réels. Un régal parfois trash et surtout très drôle !

Un nouveau spectacle avec toute la famille française et quelques cousins d'Amérique, c'est la petite réunion improbable à laquelle Valérie Lemercier nous convie pendant une heure et demie. Avant de passer plus d’un mois sur la scène du théâtre du Châtelet, la comédienne s’est offert une mise en jambe de trois jours devant le public lyonnais du Radiant de Caluire. Un "rodage" en bonne et due forme qui affiche presque  complet pour ce cinquième one-woman-show. Et malgré le trac apparent des débuts et l’angoisse de la première, la comédienne a gagné le coeur de la salle.

"Une galerie de personnages à la sauce twitter"

Valérie Lemercier puise son inspiration chez les gens qu’elle rencontre, les corps qu’elle croise, les voix qui la touchent, et par une savante dextérité, elle réussit à faire naître des personnages truculents et poétiques. Ces drôles d’oiseaux nous parlent un peu de nous mais surtout des autres. Et c’est pour ça qu’on rit. Comme une tendre Madeleine de Proust, la comédienne fait revenir ses personnalités favorites. La Renardière s’installe dans la salle au milieu et interpelle très très fort et sans aucune gêne sa copine "Bénè" , et nous voilà plongés dans un bain au vitriol jouissif. Oui, ça pique et ça gratte mais au final ça ne fait pas vraiment mal...
En fine observatrice du monde, l’humoriste raconte des tranches de vie pas toujours drôles et met en scène ses personnages sans jugement péremptoire ou leçon de morale.

La Renardière revient !

Bonne nouvelle, la grande bourgeoise au langage châtié qui laisse (volontairement) échapper des mots très grossiers revient après plus de 20 ans d’absence pour le plus grand plaisir du public. Avec son grand saladier transparent, La Renardière fait désormais les courses chez Lidl et s’énerve contre ses nombreux enfants aux noms improbables très mal élevés et franchement faignants "Porcherie 5 étoiles, va !"

La jeune fille névrosée, de plus en plus attachante

Qu’on se le dise, c’est un peu notre personnage préféré. La jeune adolescente, fille d’une psychanalyste et d’un artiste poilu nous touche parce que l’on devine une légère inspiration personnelle.
Hyperactive, surdouée, égocentrée et hystérique, elle cumule pourtant tout pour nous taper sur les nerfs ! C’est tout l’inverse qui se passe. On s’attendrit en regardant la sale gosse pousser sa baby-sitter à aller voir dans le cabinet de sa mère. Avec cette gamine, on passe de l’autre côté du miroir Lemercier. Et l’imaginaire fait son chemin. Indiscrète et curieuse, la petite effrontée décrit avec brio les très gros soucis de couple des patients de sa mère : "Le problème avec l’amour c’est que c’est beaucoup de souffrance, c’est pour ça que moi j’ai décidé de ne jamais commencer" affirme-t-elle.

"Je veux donner au public le plaisir d’être comme une petite souris, dans l’intimité des gens, et de pouvoir traverser des milieux totalement différents. Pouvoir jouer des hommes, des femmes, des enfants" confiait récemment Valerie Lemercier.

Décapiteuse de la langue française

La langue dans la bouche de Valérie Lemercier c’est un peu comme un Larousse qui serait passé dans une essoreusse à haute pression. La comédienne décapite tous les tics de langage. Car si le physique compte, la voix et la diction font au moins 80% des personnages du spectacle. Chaque vocabulaire est étudié à la loupe, la belle grande femme sur le plateau s’empare d’accents venus de sa campagne rouennaise pas si lointaine et incarne ses personnages jusque dans l’interprétation vocale. Les jeunes cadres s’expriment en 140 signes à la manière d’un réseau social, les grandes bourgeoises appellent Sixtine, Pierre-Louis et autre Quitterie avec une patate chaude dans la bouche et les filles de la campagne mettent des "vouimmm" à chaque bout de phrase. Quant à Valérie Lemercier, complètement "Gueudin" (dingue), n'a pas pris une ride de langage avec son verlan des années 80. A la galerie de personnages très décrits, l’humoriste ajoute son écriture ciselée et pointue. Alors parfois les mots filent plus vite que la tête et la langue fourche.
La linguistique c’est vraiment son truc, en fin de spectacle Valérie Lemercier convoque même un certain académicien aux yeux très bleus qui vient lui exprimer tout le bien qu’il pense de "son spectacle très drôle".


"J'aime provoquer"

"Il faut dire les choses" dit l'un des personnages de ce nouveau spectacle. Petites gens venues de la campagne, adolescentes en mal d'image, grands-pères obsédés sexuels, suicide, euthanasie, nouvelles modes alimentaires toutes les névroses passent dans la moulinette Lemercier. Elle égratigne sans concession ses concitoyens et la société contemporaine faite d’habitudes superficielles et volatiles. "C’est pas en bouffant du Galak devant Youtube qu’on va vous trouver sur un billet de 50 balles" hurle La Renardière à ses enfants exaspérants.
Les mots qu’elle choisit sont volontairement très crus "J’aime provoquer, il faut parler de tout et surtout de ce qui fâche" déclare la comédienne à l'humour caustique et sarcastique. "Ca continue de surprendre mais ça ne choque pas, car ces propos ne sont jamais vulgaires ni graveleux" nous confie une spectactrice présente dans la salle le soir de la première et d’ajouter :  "Ça passe parce que c’est elle".


Humour décalé et trivial

C’est un fait, à 51 ans, Valérie Lemercier n’a toujours pas dépassé le stade anal. La petite fille qui ne veut pas grandir fait flirter le scatologique et la sexualité sans complexe. Elle déclarait d’ailleurs au journal de France 2 que son mot préféré était "Caca".

Elle ose tout sur scène. Une farandole de personnages qui évoquent aussi bien la vie quotidienne que les questions les plus sérieuses.

"Femme de théâtre et de danse"

Avant d’entrer dans la salle du Radiant, les vigiles nous rappellent qu’aucune caméra n’est autorisée. Valérie Lemercier n’a jamais accepté aucune captation de ses shows, et nul DVD ne conserve en boîte les spectacles de cette artiste atypique. "Je trouve que ça abîme, c’est une intrusion", explique la comédienne. "Le théâtre c'est sacré, on est très libre, on n’est jamais censuré. Je ne me lasse pas de jouer, je ne m'ennuie pas de mon métier" disait-elle à Augustin Trapenard sur France Inter.
Valérie Lemercier et Gad Elmaleh lors de la remise des Césars au Théâtre du Châtelet en 2010

Valérie Lemercier et Gad Elmaleh lors de la remise des Césars au Théâtre du Châtelet en 2010


La publication des textes de Valérie Lemercier sera disponible dès la fin septembre.  "Il n'y aura pas d'autre trace" affirme-t-elle.

"La beauté n'est pas vraiment compatible avec le rire. J'ai un physique de théâtre" déclarait-elle à Libération il y a 20 ans. Un joli physique de scène hérité des années de danse classique si l’on en croit sa forme olympique qui n’a rien à envier aux jeunettes qu’elle dépeint.
 
A nos côtés, le petit grand-père (80 ans au bas mot) n’a pas perdu une miette du spectacle et nous fait habilement remarquer que malgré les applaudissements chaleureux  n’y a pas eu "la standing ovation". Valérie Lemercier radieuse au Radiant a remercié le public pour cette première nationale.

"Valerie Lemercier" est au Théâtre du Châtelet à Paris du 1er octobre au 8 novembre 2015.
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