Festival du conte d'Aubenas : "Parler est un besoin, écouter est un art"

Par @Culturebox
Mis à jour le 11/06/2013 à 16H39, publié le 11/06/2013 à 15H39
Chloé Gabrielli, conteuse et responsable du Festival de Contes en Ardèche

Chloé Gabrielli, conteuse et responsable du Festival de Contes en Ardèche

© Capture d'écran Culturebox

Jumelé avec la 28e édition de "Paroles en festival" (le festival du Conte de Lyon mené tambour battant par Agnès Chavanon), le 8e festival de Contes en Ardèche, emmené par sa fille Chloé Gabrielli, s'est achevé samedi. L'occasion de revenir sur cet art millénaire transmis de génération en génération et de rencontrer l'une de ces passeuses d'histoires qui nous font tant rêver.

"Parler est un besoin, écouter est-un art", nous enseigne Chloé Gabrielli, conteuse professionnelle rattachée au terroir ardéchois. Être conteur, c'est trouver son propre style, sa propre manière de raconter les histoires pour enter en communion avec son public. Conter, c'est avant tout permettre au spectateur d'accéder à un univers merveilleux, dans lequel il pourra projeter une part de lui-même.

Susciter cette imagination au quotidien, par le biais de sa seule parole, voilà le rôle des quelques mille passeurs d'histoires qui emplissent notre pays de leurs récits merveilleux. Une équipe de France 3 a rencontré Chloé Gabrielli pour mieux comprendre ce métier méconnu et pourtant si essentiel. 

Reportage de B. Bourgeot, N. Ferro, F. Gramond  
Susciter l'imaginaire

A l'heure où les images s'impriment en continu sur notre rétine, le conte a un véritable rôle à jouer. Il ne nous prémâche pas le travail et c'est nous seuls qui détennons les clefs de notre imaginaire. Le conte transmet la mémoire du monde à travers des histoires ancestrales ou plus récentes qui permettent de s'évader de notre quotidien. Une fois le réel altéré, on accède à une nouvelle dimension où tout est possible.

Ces histoires nous nourrissent, et sont constitutives de notre identité collective. En Ardèche, elles sont profondément ancrées dans la ruralité du territoire et nous parlent des hommes. Mais Chloé Gabrielli ne se limite pas à un répertoire "local" très sensible à une nature environnante qui prend forme et vit à travers ses contes. En bonne conteuse, elle cherche sans cesse à se renouveler en collectant de nouvelles histoires et nous fait voyager dans de nombreuses contrées. Souvenez vous des sagesses et malices de Nasreddine, qui nous amènent du côté de l'Orient. 
Chloé Gabrielli pour son spectacle "Contes de l'arbre qui cache la forêt" en 2012

Chloé Gabrielli pour son spectacle "Contes de l'arbre qui cache la forêt" en 2012

© AMAC
Le conte n'est pas l'art de l'enfance

Malheureusement, le conte reste un art méconnu, souffrant encore bien souvent d'un a priori quant à son public. Si le conte nourrit l'imaginaire, il n'est pas réservé aux enfants. C'est même tout le contraire. Depuis de nombreuses années, les conteurs se battent contre cette image véhiculée par les livres pour enfants et les versions "soft" du "Petit chaperon rouge" de Charles Perrault. Saviez-vous qu'il existe pour ce conte plus d'une centaine de version à travers le monde ? Et toutes ne sont pas aussi "bien-pensantes". Il y a aussi des versions bien plus cruelles, érotiques et même très sanglantes qui feraient faire à nos chères têtes blondes de vilains cauchemars.
Agnès Chavanon et Chloé Gabrielli

Agnès Chavanon et Chloé Gabrielli

© DR
On pourrait dire que si, d'une certaine manière, le conte est l'enfance de l'art (puisque toute forme d'art résulte en premier lieu des traditions orales populaires), il n'est en aucun cas l'art de l'enfance. On n'y retrouve pas son âme d'enfant en se rappelant avec nostalgie les histoires de notre maman le soir avant de dormir. C'est notre âme d'adulte qui est touchée, puisant dans nos propres expériences. Autrement dit, la maturité joue un rôle dans la perception du récit et dans l'appropriation de l'histoire par le spectateur. La parole est d'or. Il ne reste plus qu'à apprendre à écouter.