Même après le Brexit, Edimbourg met à l'honneur la culture européenne

Par @Culturebox
Publié le 12/08/2016 à 12H13
La compagnie australienne Red Kangaroos, le 1 août 2008, au Fringe Festival (Edimbourg).

La compagnie australienne Red Kangaroos, le 1 août 2008, au Fringe Festival (Edimbourg).

© ED JONES/AFP

Près de deux mois après le vote britannique en faveur du Brexit, le Fringe Festival et festival international d'Édimbourg (du 5 au 29 août, en Ecosse) revendiquent plus que jamais ses racines européennes qui alimentent sa programmation artistique depuis bientôt 70 ans.

Les mêmes rues médiévales placardées d'affiches, la même agitation festive qui ne cesse qu'à une heure avancée de la nuit, la même lutte acharnée pour attirer coûte que coûte les spectateurs. Du 5 au 29 août, le Royal Mile d'Édimbourg ressemble à s'y méprendre à la rue de la République d'Avignon, l'autre capitale européenne des arts de la scène. Le festival international d'Edimbourg et le Fringe, les équivalents nordiques du festival d'Avignon créés en 1947, affichent une programmation bien plus éclectique.

Lorsque le Festival International a été créé, "l'idée d'un festival d'arts multiformes avec laquelle nous sommes désormais familiers était totalement inconnue", rappelle à l'AFP Fergus Linehan, son directeur. "Plutôt que de se focaliser sur la célébration d'une région ou d'une forme d'art, le Festival International célébrait l'internationalisme. Et pour être honnête, l'Européanisme en particulier", ajoute-t-il.

Une programmation pour refléter la culture européenne

De l'opéra italien "Norma", qui met à l'honneur Cecilia Bartoli, au "Richard III" du metteur en scène allemand Thomas Ostermeier en passant par "Shake", adaptation en français de "La Nuit des rois" de Shakespeare, la programmation du Festival International se veut le reflet d'une culture européenne dont la défense s'est imposée au sortir de la Seconde Guerre mondiale. "On savait dans quels abysses le nationalisme avait plongé l'Europe et il y avait un réel besoin de trouver une structure de célébrations qui ne se  réclamait ni de la religion, ni de la nation", explique le directeur.

Cette identité européenne est également perceptible dans les plus de 3.000 spectacles qui jalonnent le "Fringe" (littéralement "la marge"), le plus grand festival d'arts au monde. L'année dernière, près de 2,3 millions de billets ont été vendu, quand la fréquentation globale du Festival International en 2015 est estimée à plus de 435.000 spectateurs.

La crainte de "l'après-Brexit"

"Le Fringe a commencé comme quelque chose d'anarchique, une sorte de réponse à l'ordre établi", assure Shona McCarthy, sa directrice exécutive depuis peu, qui met également en avant son caractère international. Une proposition artistique et un lieu pour l'accueillir : il n'en faut pas plus pour pouvoir prétendre participer au Fringe et Shona McCarthy entend bien "s'assurer que l'après-Brexit en particulier n'est pas une barrière à la participation internationale" dans le festival, même si ce dernier ne bénéficie d'aucun financement européen direct, pas plus que le Festival International.

Parmi les cinq spectacles sélectionnés par l'Institut français d'Écosse dans le cadre du Fringe, on trouve aussi bien "Le Journal d'un fou" de Gogol, joué en anglais par le comédien français Antoine Robinet, que "Les bâtisseurs d'empire" de Boris Vian par la compagnie turque "Hayal perdesi", la première pièce jouée dans cette langue à Édimbourg. Et au cas où des doutes subsisteraient sur les convictions de la capitale écossaise, qui a voté à 75% en faveur du maintien dans l'UE le 23 juin, un message sur la vitrine de la fameuse pâtisserie Maxime affiche clairement la  couleur : "Proud to be European" ("Fier d'être européen").

"Nous sommes intimement liés à l'Europe culturellement"

"Le Brexit m'inquiète beaucoup", affirme Fergus Linehan, estimant qu'une "bonne partie des discours autour de ce vote constitue une attaque des valeurs" de son festival. "Nous sommes intimement liés à l'Europe culturellement, nous ne pouvons pas nous en démêler. Nous allons, par exemple, avoir un orchestre anglais jouant du Bach. Non pas que cela semble vraiment imposant mais ça existe bel et bien et cela a été établi de haute lutte. Mais j'ai l'impression que le Brexit prend cela pour complètement acquis", poursuit-il. Sans aller jusqu'à jouer du Bach, l'acteur et chanteur écossais Alan Cumming a lui aussi tenu à rendre hommage à ses racines européennes, interprétant en français dans le texte, "La complainte de la butte", classique de la chanson d'Outre-Manche.