Disparition d'Antoine Bourseiller, un défricheur du théâtre

Par @Culturebox
Mis à jour le 22/05/2013 à 18H32, publié le 22/05/2013 à 17H48
Antoine Bourseiller

Le comédien, metteur en scène et directeur de théâtre et d'opéra Antoine Bourseiller est décédé mardi à 82 ans à Arles à la suite d'une opération. Cet artiste, père de la torera Marie Sara, était épris de textes très écrits, voire poétiques, passant avec aisance de la mise en scène de théâtre à celle d'opéras.

Adepte d'un théâtre poétique, inventif et politique
Né à Paris, élevé au Maroc, Antoine Bourseiller suit à Paris des études de philosophie, puis une formation dramatique au cours Dullin, avant d'être élève-stagiaire au Théâtre national populaire (TNP) de Jean Vilar.
Balade en Avignon avec Antoine Bourseiller

Il signe son premier spectacle au Poche-Montparnasse en 1954 avec deux pièces de Patrice de La Tour du Pin, puis obtient en 1960 le premier prix du concours des jeunes compagnies avec "Mélissa" de Nikos Kazantzakis.


Dès lors il se fait connaître en dirigeant des petites salles comme le Studio des Champs-Elysées (1960-1963), le Poche-Montparnasse (1964-1966), où il présente dans des mises en scène inventives, des pièces peu jouées : "Dans la jungle des villes" (Brecht), "Axel" (Villiers de l'Isle-Adam), "Va donc chez Törpe" (Billetdoux), "Victimes du devoir" (Ionesco), "Le Métro fantôme" de Leroi Jones.

Au cours de ces années effervescentes, cet artiste épris de textes élaborés, adepte d'un théâtre poétique, inventif et politique, n'a cessé d'accumuler succès et dettes.

Pionnier de la décentralisation
Il est finalement nommé en 1966 directeur du Centre dramatique national du Sud-est à Aix-en-Provence, puis à Marseille, où il fonde un Centre d'études théâtrales, décentralise, diversifie et multiplie les activités artistiques. 

En 1982, Antoine Bourseiller, très critique envers le théâtre où selon lui "règne l'anarchie et l'amateurisme en dehors de quelques-uns", passe à la mise en scène lyrique, après deux succès remportés à Angers ("Mireille" et "Carmen" 
en 1980-81). Il montera également "Don Carlos" de Verdi en 2005. Nommé pour quatre ans à la direction du grand-théâtre Opéra de Nancy, renouvelé jusqu'en 1996, il saura mener l'institution à son plus haut niveau.

Grand admirateur de Genet
Devenu conseiller artistique du théâtre de Tarascon, il avait fêté ses 50 ans de carrière en montant à Nice la dernière pièce inachevée de Genet, "Le Bagne" (2004). Une autre pièce du même auteur, Notre-Dame-des-Fleurs, sera 
l'une de ses dernières mises en scène en 2010 au Théâtre national de Nice. 
Il avait un projet de lectures de textes de Jean Genet avec Actes Sud et venait de terminer un court-métrage de fiction, "La fille de Staline", a précisé son éditrice chez Actes Sud, Myriam Anderson. Antoine Bourseiller avait 
publié un texte autobiographique, "Sans relâche", chez Actes Sud en 2008.

Il était le beau-père du comédien et écrivain Christophe Bourseiller, fils de son épouse la comédienne Chantal Darget, avec qui il a eu une fille, la torera Marie Sara. Il avait eu auparavant une fille, Rosalie Varda, avec la cinéaste Agnès Varda pour qui il avait joué dans "Cléo de 5 à 7" en 1962. 
Antoine Bourseiller dans "Cléo de 5 à 7" d'Agnès Varda