Pour Millepied à Garnier, "La nuit s'achève" avec Bel et Robbins

Par @sophiejouve1 Rédactrice en chef adjointe de Culturebox, responsable de la rubrique Théâtre-Danse
Mis à jour le 15/02/2016 à 15H42, publié le 10/02/2016 à 19H07
"La nuit s'achève" de Benjamin Millepied

"La nuit s'achève" de Benjamin Millepied

© François Guillot/AFP

Après une semaine un peu électrique qui a vu Benjamin Millepied démissionner et son remplacement par Aurélie Dupont, l’Opéra Garnier propose un programme en trois parties diversement apprécié par le public. Il rassemble une création de Millepied lui-même, au titre prémonitoire : "La nuit s’achève", l’entrée au répertoire des "Variations Goldberg" de Jerome Robbins et une création de Jérôme Bel.

Bel nous offre trois moments décalés et poétiques

"Tombe" fait référence au décor du deuxième acte de Giselle où le prince Albrecht vient se recueillir sur la sépulture de la jeune fille et se met à danser avec son fantôme. C’est devant ces peintures ultra romantiques que Jérôme Bel à décidé avec malice de réinventer le pas de deux, lui qui nous avait habitué à travailler dans un total dépouillement.

Il a demandé aux danseurs d'imaginer des duos avec un ou une partenaire qui n'aurait jamais pensé monter sur la scène de Garnier. Cela donne trois savoureux moments, décalés et poétiques, qui interrogent sur la fonction de danseur et de chorégraphe tout en rendant hommage à l’art du ballet. 

D'abord c'est Grégory Gaillard, coryphée, qui fait découvrir les coulisses et les ors de la salle à la caissière de son super marché, avant de danser avec elle sur la musique de son iphone.

"Tombe" de Jérôme Bel, avec Sébastien Bertaud et Sandra Escudé

"Tombe" de Jérôme Bel, avec Sébastien Bertaud et Sandra Escudé

© Benoîte Fanton / Opéra national de Paris

Suivront Sébastien Bertaud, habillé en Prince Albrecht, qui danse avec une Giselle en fauteuil roulant, et l’hommage de Benjamin Pech à une dame de 84 ans, fidèle admiratrice toujours assise au premier rang. Mais Sylviane n’est pas là, elle est hospitalisée. On assistera à sa dernière séance de travail projetée sur grand écran. 

C’est un moment d’intense émotion de la voir si fragile, si confiante lorsque son partenaire la soulève dans ses bras. Douze ans après son documentaire théâtrale sur Véronique Doisneau, sujet dans le corps de ballet qui racontait sa vie de danseuse, c'est la deuxième commande de l'Opéra à l'agitateur Bel.

Il y a ceux qui aiment, comme nous, et ceux qui crient à la démagogie et à la non danse. Ils étaient majoritaires ce soir là à Garnier.

Six jeunes danseurs pour "La nuit s'achève" de Millepied 

Le temps fort de la soirée est bien entendu "La nuit s’achève", la dernière création de Benjamin Millepied (deux autres sont prévues la saison prochaine) sur la sonate pour piano Appassionata de Beethoven, jouée live par Alain Planès. 

Une pièce pour six danseurs, des jeunes pour la plupart, que Millepied à mis sous le feu des projecteurs dès son arrivée. Trois couples lancés dans une course poursuite où s’épanchent les cœurs. Léonore Baulac et Florian Magnenet étincellent dans cette danse fluide, élégante et extrêmement sensuelle.
Léonore Baulac et Florian Magnenet dans "La nuit s'achève"

Léonore Baulac et Florian Magnenet dans "La nuit s'achève"

© Benoîte Fanton / Opéra national de Paris

Manque un crescendo dramaturgique pour coller à la partition qui évoque si bien les remous de la passion (Car l'on sait combien une des obsessions de Millepied est dans cette osmose entre la danse et la musique). 

"La Nuit s’achève" sur des applaudissements fournis, que Millepied viendra savourer sur scène entouré de ses danseurs.
Benjamin Millepied applaudi sur la scène de l'Opéra

Benjamin Millepied applaudi sur la scène de l'Opéra

© Benoîte Fanton / Opéra national de Paris

Des pas de deux d'une inventivité folle chez Robbins

"Les Variations Goldberg" de Robbins, dernier volet de ce triple programme, ont beau être un peu longuettes, elles ont le mérite de démontrer la belle musicalité des danseurs de l’opéra et le lignage entre la danse baroque et la danse néo-classique. 

La trentaine de danseurs, étoiles ou issus du ballet, enchainent les sauts, les alignements, avec une précision et une rapidité d’exécution exemplaire. Dans la seconde partie, Amandine Albisson et Audric Bezard, Myriam Ould-Braham et Matthias Heymann, brillent dans des pas de deux d’une inventivité et d’une difficulté folles. 
Myrian Ould-Braham et Matthias Heymann

Myrian Ould-Braham et Matthias Heymann

© Benoîte Fanton / Opéra national de Paris

Un programme, au finale, typique du directeur de la danse démissionnaire dont il faut rappeler qu'il est encore l'ordonnateur de la saison prochaine : Millepied aime ainsi mélanger dans une soirée des chorégraphes qu'il admire et qui ont été à la source de son inspiration, en prenant grand soin de mélanger les générations. Ça peut expliquer l'accueil mitigé des amateurs de ballet, car les admirateurs du grand Robbins ne sont pas toujours ceux qui aiment les expériences de Jérôme Bel. Mais tous seront au moins d'accord sur l'excellence de la troupe.